Expulser les campements, entraver la fraternié, affamer les exilé.e.s : les autorités publient un nouvel arrêté de la honte interdisant les distributions alimentaires aux personnes exilées

Calais, le 10 septembre 2020

Le Préfet du Pas-de-Calais a publié un « arrêté prefectoral portant interdiction de distribution de denrées en certains lieux du centre ville de Calais en prévention de risques sanitaires et de risques liés à la salubrité ».

Cet arrêté est honteux. En accusant les distributions alimentaires, et par là-même les personnes exilées et les associations, de présenter des risques sanitaires et des risques liés à la salubrité, le Préfet manipule la réalité.

Faut-il encore une fois dire que ce ne sont pas les distributions alimentaires qui créent des risques sanitaires et des risques liés à la salubrité mais que c’est l’absence de prise en charge dignes des personnes exilées présentes sur le littoral par les autorités qui nous poussent à organiser ces distributions ?

Faut-il encore une fois dire que ces risques sont provoqués par l’Etat, qui a organisé tout l’été des évacuations forcées de campements et la pose de grillages sur ceux-ci, suite auxquelles les personnes expulsées, hagardes, cherchaient désespérément un nouvel endroit pour s’installer et se sont retrouvées en centre-ville ?

Cet arrêté est honteux. Il contrevient au principe de fraternité, pourtant à valeur constitutionnelle, en entravant les actions de citoyens et de citoyennes guidés par la volonté d’apporter leur aide et de subvenir aux besoins des personnes exilées présentes à Calais.

Ainsi, cet arrêté prévoit que les personnes et associations qui s’impliqueraient dans ces distributions alimentaires soient poursuivies. C’est sans attendre, et dès ce matin, que 6 bénévoles de l’association Salam ont écopé de procès verbaux et d’amendes pour avoir proposé un petit déjeuner aux personnes exilées qui survivent actuellement dans le centre-ville de Calais, pour avoir aidé des personnes qui avaient faim.

Cet arrêté est honteux. Il va avoir pour conséquence de compliquer l’accès à un repas pour des personnes en errance en centre-ville, et qui ne bénéficient que des distributions alimentaires des associations indépendantes pour assouvir leur faim. En parallèle, l’action des autorités n’est pas suffisante : encore hier, en marge de la distribution alimentaire organisée par l’Etat en périphérie de Calais, plusieurs dizaines de personnes n’ont pu obtenir de panier repas, parmi lesquelles des femmes et des enfants.

Chaque jour, nos associations rencontrent des personnes exilées qui n’ont accès qu’à un repas par jour ou aucun et nous confient avoir faim.
Cet arrêté met en danger la vie de personnes exilées. Nous demandons depuis des années aux autorités de prendre réellement en considération les propositions des associations et des personnes exilées afin d’organiser un accueil digne et respectueux sur le littoral. Dans l’attente de celui-ci, nos associations ne dérogeront pas aux principes d’humanité les plus fondamentaux et continueront de soutenir les personnes dans le besoin.

Une grande mobilisation est prévue le 26 septembre à Calais en faveur des droits fondamentaux et de la dignité humaine. Un appel national à été lancé en faveur d’un accueil digne des personnes en exil.

Restaurant Afghan dans un campement de « La Lande » 2015
Illustration Loup Blaster

Quand les autorités s’acharnent à détruire et harceler

Nouvelle expulsion des personnes exilées à Calais.
L’indécence n’a plus de limite. Alors qu’au côté des associations, les personnes exilées, dénoncent les conditions dramatiques dans lesquelles elles (sur)vivent, encore aggravées par les évacuations forcées du mois de juillet, et qu’un jeune homme exilé qui vivait à Calais a trouvé la mort mercredi, la seule réponse apportée aujourd’hui par les autorités consiste en une nouvelle expulsion brutale et forcée.

Au petit matin du 21 août 2020, un dispositif policier disproportionné a été mis en place pour expulser le camp dit « BMX » où vivaient cent personnes, dont douze femmes et cinq mineur.e.s qui, bien que vivant sur les lieux, n’étaient pas mentionné.e.s par l’huissier sur l’ordonnance d’expulsion.

Ce n’est que jeudi après-midi que cette ordonnance d’expulsion a été affichée.
Elle avait pourtant été émise le 27 juillet par le premier vice-président du tribunal de Boulogne-sur-Mer à la suite d’une requête de la commune de Calais en date du 24 juillet. On ne peut que s’interroger quant à la diligence de la justice à autoriser une procédure qui ne permet pas aux habitant.e.s de terrain de se défendre et de faire entendre leurs voix.

En effet, comme pour les précédentes expulsions du 10 et 30 juillet, le même huissier n’a pas « réussi » à recueillir les identités de quiconque, car « ils parlent un dialecte que je ne maîtrise pas », selon ses propres mots. Cet échec, tout relatif, permet donc au juge d’ordonner l’expulsion sans audiencer l’une des parties et donc sans délai.

Les personnes exilées se sont regroupées au fond du campement avec leurs quelques affaires espérant que là, elles seraient laissées en paix.
Cette nuit, elles ont veillé : E., un érythréen d’une vingtaine d’années témoigne aux associations présentes : «Nous espérons qu’ils nous laisseront, nous n’avons nul part où aller. On va attendre la police, nous voulons parler avec elle.»

Ce vendredi matin vers 6h45, ce sont donc pas moins de sept cars de CRS, autant de cars de police nationale, quatre cars de gendarmerie mobile, des voitures, des motos de police et divers véhicules de la PAF, ainsi que des huissiers, des membres de la préfecture et des employé.e.s de l’OFII, qui accompagnaient les quatre cars prévus pour emmener de force soixante-dix personnes exilées en CAES.

Les forces de l’ordre ont commencé par contrôler spécifiquement les personnes blanches présentes lors de l’opération avant de les repousser, parfois rudement, loin du périmètre de l’expulsion, afin que ne puisse pas être constaté le déroulement de celle-ci. La présence sur les lieux d’un camion de nettoyage laisse peu de doute quant au devenir des affaires que les exilé.e.s n’ont pas pu emporter. Tentes, duvets, nourriture ou encore bicyclettes, ont été une fois de plus ramassés, confisqués et seront probablement détruits.

Les personnes exilées seront probablement de retour dans les heures ou les jours qui viennent, encore plus épuisées mais aussi, face à cette violence des autorités, plus déterminées à tenter le passage vers le Royaume-Uni. Coûte que coûte.

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Les premières associations signataires : 
La Cabane Juridique – Le Secours Catholique du Pas-de-Calais – Utopia 56 – Human Right Observer

Contacts : 
Bastien (Cabane Juridique) : +33763078975
Pierre (Utopia 56) : +33643981758
Philippe (Secours Catholique) : +33613534696
Chloé (Human Rights Observers) : +33618495386

Policier fort appliqué à la tâche, devant des femmes érythréennes chassées de leur lieu de (sur)vie.
Un associatif pensif face à l’acharnement et à l’inefficacité de la politique de non accueil.
Photos Victor Léon

⚠️Danger : expulsion imminente

Ce jeudi 20 août, un avis d’expulsions a été affichés sur le campements dit « BMX », rue Jean Rostand à Calais. Les personnes s’étaient réfugiées sur ces parcelles aux abords du stade de l’épopée après le 10 juillet, suite à la destruction et la condamnation de leur campement rue des Huttes.

Environ 80 personnes venues d’Érythrée habitent aux abords du stade, dont plusieurs femmes et au moins un enfant de moins de 10 ans.

La police sera-t-elle sur les lieux à 4h30, 6h, 9h ou pas du tout ?
Où dormiront-elles demain soir ? auront-elles été éloignés de force où simplement jetés dans la rue? Une administration leur aura-t-elle proposé une solution en accord avec leur projet migratoire? Seront-elles en sécurité où toujours à Calais, sans tente ni sac de couchage, les objects utiles à l’organisation d’un campement, partis dans une benne?

Les personnes exilées attendent aussi ces réponses…

Dessin : Hannah Kirmes Daly – 2016
https://hannahkirmesdaly.com/

Encore un mort – Nos frontières tuent.

Un jeune homme soudanais est décédé hier, mercredi 19 aout, en tentant la traversée sur une petite embarcation. Un rassemblement en sa mémoire et en hommage à toutes victimes de la frontière se tiendra ce jeudi à 18h30 sur le parvis du parc Richelieu à Calais.

Les autorités s’empressent de récupérer l’information pour relayer l’habituel discours de lutte contre les passeurs, faisant mine d’ignorer que la mort est le fruit direct de leur politique : les conditions de vies inhumaines et le harcèlement constant policier épuisent physiquement et mentalement les personnes, nourrissant l’urgence de quitter calais par tout les moyens, ce qui pousse les personnes à la mer.

Quand aux médias, ils participent à la mise en scène morbide de la frontière, à l’affut de la moindre histoire comme un essaim de moustique chassant l’informations ne prenant même pas le temps de vérifier l’âge de la personne décédée.

Rassemblons nous en la mémoire de ce jeune homme à 18h30.

LES ASSOCIATIONS D’AIDE AUX PERSONNES EXILÉES SAISISSENT LA DÉFENSEURE DES DROITS ET LES NATIONS UNIES SUR LA SITUATION À CALAIS

Ce vendredi 14 août 2020, les associations qui viennent en soutien aux personnes exilées (sur)vivant à Calais saisissent aujourd’hui la Défenseure des droits ainsi que 7 rapporteurs spéciaux des Nations unies relatifs aux droits humains afin de les alerter sur les conditions de vie inhumaines dans lesquelles sont maintenues les personnes exilées. Elles appellent ces institutions, à dénoncer les exactions récurrentes commises par les pouvoirs publics et à intervenir auprès d’eux afin de les faire enfin cesser.

Si les conditions dans lesquelles vivent les personnes exilées sont indignes depuis longtemps, force est de constater que depuis la fin de l’état d’urgence sanitaire, le 10 juillet dernier, et la nomination de Gérald Darmanin à la tête du ministère de l’intérieur, la situation des exilé.es à Calais n’a fait que se détériorer. Les près de 1200 hommes, femmes et enfants sans-abris présentes à Calais ont vu leurs conditions de vie profondément dégradées ces dernières semaines. En cause, les « évacuations » brutales de plusieurs gros campements ensuite grillagés, les 10 et 30 juillet dernier, et la réduction dramatique des services vitaux que sont les distributions alimentaires, l’accès aux douches ou encore aux points d’eau qui les accompagne.

Les saisines envoyées ce jour par une coalition d’associations s’appuient sur 65 témoignages partagés entre le 10 juillet et le 12 août 2020 par des personnes exilées, des membres d’associations et des habitant.es. Elles dénoncent les violations du droit à l’eau, à l’assainissement, à la santé ainsi qu’à l’alimentation. Une des personnes exilées présentes à Calais déclare ainsi « J’ai faim et soif tous les jours. J’ai froid toutes les nuits. Je me sens très faible physiquement. L’un de mes amis est tombé très malade à cause de la situation. Pendant 3 jours, il avait des vertiges, il avait chaud puis froid et il tremblait sans arrêt. »

Dans cette saisine, les associations alertent également sur les évacuations forcées, les expulsions croissantes de terrains où survivent les personnes exilées ainsi que sur les violences physiques, les confiscations d’effets personnels (tentes, duvets, téléphones, etc.) et les interpellations qui en découlent. Sur ce sujet, A. témoigne ainsi « Si on se retrouve tout seul pour aller chercher de l’eau ou de la nourriture, des agents de CRS nous gazent le visage. Ça me brûle les yeux, ça me fait pleurer et les CRS rigolent devant moi. »

Les femmes seules, avec enfants, les familles et les mineurs non accompagnés, dont les besoins sont pourtant spécifiques, sont soumis aux mêmes traitements dégradants. En juillet, plusieurs dizaines de femmes, d’enfants et 194 mineurs non accompagnés ont ainsi été rencontrées par les associations dans des situations de grande détresse. Un.e bénévole dit ainsi « J’ai pu parler avec une femme le 12.07 qui était enceinte et m’a dit qu’elle avait très peur de « mal faire les choses avec son bébé », elle voulait prendre une douche, elle m’a répété plusieurs fois « je veux juste être propre ».

De nombreux témoignages de membres d’associations reviennent également sur les intimidations (contrôles d’identités répétés sans motif, propos menaçants, etc.) dont ils et elles font l’objet de la part de la police lorsqu’ils viennent en aide aux personnes exilées, privant ainsi ces dernières d’un soutien déjà fragile.

Les institutions saisies aujourd’hui ont déjà formulé des recommandations claires pour que les droits fondamentaux de toutes et tous soient respectées à la frontière franco-britannique. Le Défenseur des droits a ainsi déjà dénoncé les évacuations massives organisées par l’État qui n’apportent aucune solution durable : « les opérations d’évacuation sont présentées par les autorités publiques comme des opérations de mises à l’abri visant à offrir aux personnes exilées vivant dans des campements insalubres et soumises à la pression des filières de passeurs, des conditions d’accueil dignes. Or, dans la mesure où ces mises à l’abri sont souvent non durables et constituent un cadre où peut s’opérer un contrôle de la situation administrative, elles contribuent en réalité à la création de nouveaux campements. »1

Les juges du Tribunal administratif de Lille et du Conseil d’État avaient eux aussi déjà, en 2017 et 2018, ordonné à l’État de garantir au minimum un accès à ces besoins vitaux que sont l’eau et l’hygiène (douches et latrines) et à une information sur les droits. En 2018, le Président de la République lui-même avait demandé que soient mises en place des distributions de nourriture.

Quelques années seulement après ces décisions, il est incompréhensible que les personnes exilées présentes à Calais se retrouvent de nouveau dans une situation de dénuement la plus extrême.

Associations signataires :

  • Auberge des migrants
  • Cabane juridique
  • Calais Food Collective
  • Collective Aid
  • Help Refugees
  • Human Rights Observers
  • Médecins du Monde
  • Project Play
  • Refugee Women’s center
  • Salam Nord Pas-de-Calais
  • Secours catholique Nord Pas-de-Calais
  • Terre d’errance
  • Utopia 56

    Contacts presse
    Tiphaine Roux pour la Cabane juridique +336.07.97.03.53
    Chloé Smidt-Nielsen, pour Human Rights Observers +336.18.49.53.86
    Juliette Delaplace, pour le Secours catholique Nord Pas-de-Calais +336.30.06.75.99

Photo : Abdul Saboor

Action Bain Public

Aujourd’hui des personnes solidaires se sont mobilisées pour dénoncer les restrictions d’eau et d’accès à l’hygiène pour les personnes exilées à la frontière anglaise.

Les soutiens ont symboliquement pris une douche sur la place d’Armes en face du marché et ont affichés des pancartes pour interpeller les Calaisien.nes, leur proposant de venir à leur rencontre pour discuter et recueillir leurs impressions.
Quelques chants et revendications ont été joyeusement scandé « de l’eau et des douches pour tout le monde ! », sous l’oeil de la police, attentive à faire respecter les limites d’un périmètre qu’elle avait accordé. Si les forces de l’ordre ont laissé l’action se dérouler, le Général De Gaulle par contre, s’est vu retirer sa pancarte manu militari.
Les personnes solidaires ont alors gaiement couru au travers d’un mur de carton symbolisant la frontières, avant de se disperser tranquillement.

En effet, depuis le confinement (voir ici) et le 10 juillet (et ici), la situation sanitaire s’est dégradée à Calais pour les personnes à la rue et dans les jungles en périphérie.
L’accès à l’eau potable, aux sanitaires et aux douches s’est restreint :


– d’une part les personnes ont été dispersées et éloignées des points d’eau.
Aujourd’hui, hommes et femmes doivent marcher en moyenne 1h pour remplir des jerricans qu’ils auront à porter en pleine canicule. 

– d’autre part l’état a diminué ses services, par l’intermédiaire de La Vie Active, qui ne permet pas un accès suffisant à l’hygiène et à l’eau pour près de 1500 personnes.
Après avoir stoppé son activité pendant 10 jours, les services ont été rétablis mais de manière limitée : si une navette fait de nouveau des allez et retour vers des douches et qu’un camion vient distribuer de l’eau, c’est seulement depuis des lieux précis et une plage horaire très restreinte. 

Ce dispositif ne permet de prendre en charge qu’une petite partie de la population et l’accès à l’eau est donc très inégal pour les personnes.
Ce manque d’hygiène touche tout le monde, aussi bien des hommes que des femmes, des adolescents et de jeunes enfants. 

Au vu de l’inefficacité passée et présente de cette politique visant à éloigner les personnes de Calais, nous continuons de nous interroger quant à l’obstination de l’état à user de cette stratégie violente. Celle-ci ne fait qu’augmenter la précarité mais n’a jamais diminué le nombre de personnes à Calais. Elle n’empêche pas non plus les passages vers l’Angleterre. 

Photos : Abdul Saboor

Evacuations des campements du bois Dubrulle et de l’hôpital :

30 juillet 2020 : 

Il ne restait qu’une centaine d’exilés à l’arrivée de la police ce matin au Bois Dubrulle, déserté de ses occupants. Refusant d’être éloignés de force, marqués par la violence de l’expulsion du 10 juillet dernier, une majorité d’occupant.e.s a préféré « s’auto-expulser » et sauver de la destruction leurs duvets, leurs tentes et leurs effets personnels.

Les exilés encore présents, désorientés et hagards ont été poussés dans des cars par un imposant dispositif policier (11 cars de CRS, renforcés de quelques cars de gendarmerie mobile) venu encercler les huit hectares du bois.

Selon les associations, hier encore, ce sont plus de 800 personnes qui s’abritaient dans ce lieu malgré l’absence d’eau et de sanitaires. Parmi elles une quarantaine de femmes, dont certaines enceintes, et une dizaine d’enfants en bas âge. Indistinctement ces personnes ont été frappées par cette nouvelle évacuation forcée, désorientées et résignées face à la précarité de leurs conditions de vie.

Les personnes ont alors cherché à se réfugier ailleurs, beaucoup sont allés à proximité de l’hôpital  de Calais et de campements existants. Mais la police a poursuivi le démantèlement des lieux de vie du bois Dubrulle par une expulsion des habitants de la zone de l’hôpital, exacerbant encore les bouleversements générés par l’instabilité. Trois bus ont donc quitté Calais en direction des CAES, mais de nombreuses personnes restent en errance dans les rues et les parcs du centre ville. 

L’évacuation du 10 juillet et la visite du ministre de l’intérieur le 12 ont marqué la suppression des services vitaux tels que l’accès à l’eau, à la nourriture, à l’hygiène et aux soins, qui n’ont pas été rétablis depuis. Pourtant le nombre de personnes exilées sur le territoire Calaisien n’a pas diminué malgré les dispersions successives. Les personnes reviennent et reviendront. 

Rayon de soleil dans le bois désert. Crédit photo Matt Payne : @imagesbymattpayne

Menace d’expulsion et anticipation

Mercredi 29 Juillet : comme il y a trois semaines, un arrêté d’expulsion vient d’être placardé au bois Dubrulle (voir ordonnance ci-dessous), on peut donc s’attendre à une nouvelle destruction de campements dès demain matin.

La menace d’une évacuation circule parmi les exilé.e.s qui anticipent : certains déplacent déjà leurs tentes et s’installent le long des routes. L’attente est presque aussi violente que l’expulsion elle même, elle maintient la tension et le stress : la plupart des personnes ne dorment plus, se réveillent chaque nuit. 

Ce harcèlement intense est une stratégie visant à épuiser les exilés qui sont déjà fatigués, poussés à bout physiquement et mentalement. Les privations de nourriture, d’eau, d’hygiène (beaucoup de personnes n’ont pas pu se laver ni changer de vêtements depuis plusieurs semaines) et de sommeil affectent leur santé et favorisent l’apparition de maladies.

On peut donc facilement imaginer le peu d’attrait que constituent les bus gérés par cette même autorité, qui les prive déjà de leurs droits fondamentaux et de leur dignité.

! Attention ! Risques de traitements inhumains et dégradants

15 jours après la séquence médiatique autour de la venue de Gerald Darmanin et de son homologue Britannique Priti Patel, les exile.e.s sont de retour à Calais. 

Si au moins 500 personnes ont été éloignées de force, la plupart sont revenues ou bien ne sont jamais parties. Les Centres d’Accueil et d’Examen des Situations (CAES) – structures présentées par les autorités comme “LA solution” pour délocaliser les personnes – servent avant tout à donner l’illusion d’opportunités administratives. 
Mais les personnes y étant emmenées de force, elles ne s’y sentent pas en confiance ni en sécurité pour prendre des décisions importantes pour elles, et reviennent donc systématiquement dans les jungles de Calais et Grande Synthe.

Chassées des précédents lieux depuis la « grande expulsion » mise en scène pour la visite des ministres, la situation est aujourd’hui sordide, indigne. 
Plusieurs centaines de personnes se voient nier l’accès aux ressources primaires que sont l’accès à l’eau et à des sanitaires décents. Des distributions d’eau sur certains lieux de vie notamment la zone industrielle des Dunes ont cessé et les latrines ne sont plus accessibles, ni les navettes pour les douches. Certaines rapportent ne pas avoir pu prendre de douches depuis plusieurs jours voire plusieurs semaines.

Pareille situation s’était déjà produite en juillet 2017 et 2018, les associations avaient saisi la justice. Le Conseil d’État avait alors confirmé que « l’absence de latrines, de points d’eau potable et de douches dans ce secteur révèlent une carence de nature à porter une atteinte grave et manifestement illégale à la dignité des personnes présentes dans les campements » ce qui avait obligé l’état et la mairie de Calais à mettre en place un minima de services.

Par ailleurs les destructions de campements se poursuivent à raison de plusieurs fois par semaine, les rendant extrêmement précaires, les tentes et sacs de couchages étant toujours en nombre insuffisant. tttt

Ces actions ne font pas pour autant disparaître les personnes du territoire, mais les place dans des conditions de survie déshumanisantes, affectant leur état de santé physique et mentale. Cette traque est la seule stratégie adoptée par l’état français depuis 30 ans, quitte à s’asseoir sur les droits humains les plus élémentaires. 

Ou peut-être que les autorités ne considèrent simplement pas ces personnes comme appartenant encore au genre humain ?

Photo d’un campement saccagé, au retour d’une famille sur les lieux

Du côté du CRA de Coquelles : l’acharnement

Dans le centre de rétention de Coquelles, un enfermement sans précaution ni but, mais pas de confinement

La Cabane Juridique, Calais, le 19 mars 2020 – Actualisé le 21 mars 2020

Malgré l’annonce du Président de la République le 16 mars 2020 exhortant chacun à réduire ses déplacements au plus strict minimum pour limiter la propagation du coronavirus, aucune mesure ne semble avoir été prise dans le centre de rétention administrative de Coquelles, alors que les conditions de promiscuité favorisent largement sa dissémination.

Le 17 mars 2020, 65 personnes étaient enfermées dans le centre de rétention, pour 51 places actuelles (le centre étant en travaux depuis le 24 février, réduisant sa capacité de 28 places). Entre respect des normes et volonté de détenir un maximum de personnes, un choix a été fait, puisque des matelas sont installés dans une des salles communes pour pallier le manque de lit. Aucune mesure de précaution ne semble avoir été prise pour éviter la propagation du virus à l’intérieur du centre. Pas d’équipement de protection distribué : ni gants, ni masque, ni mise à disposition de gel hydroalcoolique ou savon supplémentaire, que ce soit pour les retenus, les policiers de la Police aux Frontières ou le personnel médical et de nettoyage intervenant dans le centre de rétention. L’organisation des repas reste inchangée : les retenus sont appelés à heures fixes dans le réfectoire et s’attablent par groupe de quatre sans aucune précaution sanitaire imposée ni simplement proposée.

Si la suppression du droit aux visites a été annoncée aux retenus, aucune communication supplémentaire n’a été effectuée. Depuis lundi 16 mars, 2 personnes retenues dans le centre ont été emmenées à l’hôpital suite à la détection de symptômes similaires à ceux du coronavirus. Suite à leur départ, toujours aucune communication. Toutefois, l’une d’elles est rentrée au centre de rétention. Visiblement déclarée saine, on l’a pour autant installée avec ses trois co-retenus sur des matelas dans une salle commune pour « aseptiser »la chambre par « principe de précaution ». Quel principe de précaution s’applique quand une personne présentant des symptômes est de retour dans un espace confiné tel qu’un centre de rétention ? « Nous ne savons rien, nous voulons être libérés, nous nous sentirions mieux protégés dehors »nous rapporte une personne retenue. Le climat est tendu au sein du centre de rétention, oscillant entre la peur et l’incompréhension.

Le 17 mars 2020, une dizaine de personnes ont entamé une grève de la faim dans le centre pour dénoncer le manque d’information et de mesures face à la pandémie. L’une d’elles a perdu connaissance après 48 heures, alors que d’autres ont été contraints de s’alimenter : « on ne nous donne plus nos médicaments si nous ne mangeons pas ».Voici au moins une mesure appliquée : soumettre l’accès aux médicaments à la condition de la cessation d’une grève de la faim dérangeante, afin d’occulter la situation actuelle.

Entre le 14 et le 20 mars, alors que nombreux pays avaient déjà fermé leurs frontières avec l’Europe et la France, et malgré cette absence de perspective d’éloignement, 18 personnes supplémentaires ont été placées dans le centre de rétention de Coquelles. Ce sont 18 personnes de plus dans un centre où les conditions semblent réunies pour la propagation du coronavirus.

Et pourtant, le 16 mars 2020, la cour d’appel de Paris avait dégagé un chemin vers la libération des retenu.es en adoptant une décision de remise en liberté fondée sur un double constat : d’abord, qu’en l’état de fermeture des frontières européennes, les perspectives d’éloignement hors du territoire français étaient « fortement compromises », et d’autre part, que la situation sanitaire au sein du centre de rétention entraînait « des risques de contamination accrus dans un contexte de pandémie mondiale due au coronavirus ».Ce chemin s’est toutefois avéré cahoteux. A Coquelles, si le centre de rétention se vide enfin petit à petit suivant cette jurisprudence, la préfecture du Pas-de-Calais a décidé de faire appel de décisions de libération prises par le juge des libertés et de la détention en première instance. Et pire, cet appel a obtenu gain de cause, puisque, en guise de réponse, la cour de Douai a qualifié le centre de rétention « d’espace de confinement »adapté à la crise sanitaire actuelle. Cette décision ordonnait alors le maintien en rétention de personnes déjà libérées et pour la plupart, sans document d’identité… Suivant ces remises en libertés, il était tentant de penser à la fermeture prochaine du centre de rétention de Coquelles. Mais encore une fois, cet espoir se gâche le 20 mars 2020 avec le placement de deux nouveaux arrivants, démontrant le peu d’intérêt de la Préfecture pour la protection des personnes qu’elle a décidé de retenir, ainsi qu’aux garanties pourtant spécifiquement prévues par la loi.

Enfin, la peur de la propagation du virus n’a pas empêché la France de transférer 2 personnes de nationalité algérienne et une personne de nationalité congolaise (RDC) vers leur pays d’origine en début de semaine. Les liaisons entre la France et l’Algérie avaient bien été coupées, mais la France n’a visiblement pas peur d’affréter des avions pour expulser. Notre Président, Emmanuel Macron, annonçait pourtant lundi soir que « tous les voyages entre les pays non-européens et l’Union Européenne seraient suspendus pendant 30 jours ».Les frontières de l’UE, épicentre de la pandémie mondiale, ont bien été fermées à l’entrée, ce qui ne semble malheureusement pas éviter le renvoi de potentiels porteurs du virus dans ces pays de retour.

L’association en charge de l’accompagnement juridique des personnes entrant dans le centre de rétention de Coquelles a dû se retirer physiquement du centre par précaution sanitaire. Les salariées de l’association tentent d’assurer, comme elles le peuvent, une permanence à distance, mais l’exercice effectif des droits est grandement affecté.

Oubliés de l’urgence, les retenus font l’objet d’un double abandon : s’ils ne peuvent plus bénéficier d’un accès à leurs droits du fait de l’urgence sanitaire (comme celui d’accéder à un avocat ou simplement à un conseil juridique), ils sont d’autant plus exposés aux dangers qui en résultent, contraints à se confiner dans un lieu soumis à des entrées continues, sans la possibilité d’appliquer des mesures de protection individuelles.

Enfin, il est temps de s’interroger sur la légalité même de la rétention administrative dans un tel contexte, comme cela a été dénoncé par la Contrôleure Générale des Lieux de Privation de Liberté dans son dernier communiqué de presse. Elle estime, en effet, que « la mesure de rétention elle-même se trouve dépourvue de fondement juridique » dès lors que « dans un contexte de réduction drastique des vols internationaux, la perspective de reconduite des personnes retenues est mince, voire illusoire », et recommande en conséquence de« procéder sans délai à la fermeture temporaire des centres et locaux de rétention administrative ».

La Contrôleure est encore plus critique en soulignant qu’en l’absence de mesures de protection spécifique, « l’Etat manque à son obligation de protéger à la fois ses agents et les personnes qu’il a lui-même placées sous sa garde ».

Le Président de la République affirmait lundi soir : « Chacun d’entre nous doit à tout prix limiter le nombre de personnes avec qui il est en contact chaque jour ». Nous n’aurions pas si bien dit, fermons les centres de rétention administrative !


Un petit aperçu de la situation dans d’autres Centres de Rétention : 

 Vincennes : 

https://www.facebook.com/Assfam-aux-centres-de-r%C3%A9tention-de-Paris-Vincennes-418076064981919/

 Lesquin : 

https://www.lavoixdunord.fr/728897/article/2020-03-19/le-coronavirus-vide-presque-totalement-le-centre-de-retention-de-lesquin

Cornebarrieu : 

https://france3-regions.francetvinfo.fr/occitanie/haute-garonne/toulouse/coronavirus-liberation-personnes-etrangeres-retenues-au-centre-retention-cornebarrieu-pres-toulouse-1803272.html

Bordeaux : 

https://www.tvlibertes.com/actus/confinement-des-juges-ordonnent-la-liberation-des-migrants-en-attente-dexpulsion-des-centres-de-retention-de-bordeaux-toulouse-et-rouen

 

Pour plus d’informations : 

https://www.lacimade.org/presse/face-a-la-crise-sanitaire-lenfermement-administratif-des-personnes-etrangeres-doit-immediatement-cesser/

https://www.mediapart.fr/journal/france/170320/sans-papiers-en-retention-les-remises-en-liberte-sintensifient?onglet=full

https://www.infomigrants.net/fr/post/23526/coronavirus-en-france-en-centre-de-retention-des-conditions-aux-antipodes-des-preconisations

https://www.streetpress.com/sujet/1584466767-liberer-tous-etrangers-sans-papiers-retenus-dans-cra-migrants-coronavirus-epidemie-expulsions

 

La CGLPL recommande de procéder sans délai à la fermeture temporaire des centres et locaux de rétention administrative : 

Situation sanitaire des prisons et centres de rétention administrative : le CGLPL demande la prise de mesures pour la protection des personnes privées de liberté