Expulsions vers le Soudan : quelques joies

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Les tentatives d’expulsion vers le Soudan se sont multipliées ces derniers mois, les expulsions effectives aussi, mais les libérations aussi, parfois très rapides, lors des premiers recours qui sont faits au début de l’enfermement en centre de rétention, ou plus tardivement, parfois de haute lutte.

Quelques exemples de personnes pour lesquelles nous avions lancé une alerte ces derniers mois, et qui ont été libérées.

Ainsi, Monsieur Yousouf, arrêté à Ouistreham (qui est le port maritime de Caen, avec des liaisons ferry vers le Royaume-uni) et enfermé au centre de rétention de Rennes pour être expulsé vers le Soudan. Il a été libéré parce qu’il a demandé l’asile lorsqu’il était au centre de rétention, et que le préfet n’a pas fait les démarches nécessaires au maintien de l’enfermement pendant la durée d’examen de sa demande.

Le parcours de Mohamed Yacoub témoigne de l’acharnement particulier de la préfecture du Pas-de-Calais. Accueilli dans un foyer pour mineurs, donc reconnu comme tel, il choisit de reprendre la route vers le Royaume-uni. Arrêté à Calais, il se déclare majeur, croyant être libéré plus vite. Il est placé en rétention pour être expulsé vers le Soudan. Pour contourner la jurisprudence des tribunaux du Pas-de-Calais qui annulent les décisions d’expulsion vers les pays comme le Soudan, il est transféré au centre de rétention de Oissel, près de Rouen, où les tribunaux jugent différemment. Malgré tout, il est finalement libéré. La préfète du Pas-de-Calais, passant par-dessus la décision du tribunal, prend un nouvel arrêté de placement en rétention et l’envoie cette-fois à Plaisir, dans les Yvelines. Le tribunal administratif de Versailles annule ce nouvel arrêté au nom de l’autorité de la chose jugée par le tribunal de Rouen. Mohammed Yacoub est donc libre, et choisit de demander l’asile en France.

À Marseille, Ahmad Ali, qui avait échappé à l’expulsion en refusant d’embarquer dans l’avion (voir ici et ), vient d’obtenir l’asile en France. Il est encore poursuivi pour ce refus d’embarquement (voir ici et ), qui est un délit en droit français (« soustraction à une mesure de reconduite à la frontière »), mais sa reconnaissance comme réfugié met en lumière à la fois la légitimité de ses craintes en cas d’expulsion, qui l’ont conduit à refuser d’embarquer, et l’illégitimité de son placement en rétention alors qu’il venait d’arriver en France et n’avait pas eu matériellement le temps ni la possibilité de demander l’asile.

Un message que font circuler les personnes qui le soutiennent :

« Pour celles et ceux qui ont suivi l’affaire de «Ali Ahmad», soudanais  rencontré par Al Manba au CRA de Marseille où la France tentait de  l’expulser après lui avoir réfusé le droit a une demande d’asile dans  des conditions avec au moins une façade équitable, cherchant a  l’expulser par deux fois au Soudan puis à le condamner pour refus  d’obtempérer à une décision de justice, maintenu sous contrôle  judiciaire dans l’attente du rendu de son jugement le 19 juin (la  procureure ayant requis 3 mois fermes, 10 ans d’interdiction de territoire & placement en CRA à la levée d’écrou en vue d’une nouvelle  expulsion) …

Ce même «Ali Ahmad» vient d’être reconnu réfugié par la CNDA !

La CNDA fait un pied de nez à toutes ces décisions obtues des juges  administratifs et judiciaires, à l’OFPRA expéditive en centre de  rétention,

La poursuite pénale va sans doute en prendre conséquence et tomber …

Un peu d’espoir, et un encouragement à continuer à se mobiliser et  soutenir les personnes même dans les impasses les plus profondes de  cette république,

HURRIYA ! »

 

Wilhelm Hammershol : Intérieur.

Paris : rassemblement le 2 juin porte de la Chapelle

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Pas plus que les précédentes, l’expulsion le 9 mai dernier des campements de la porte de la Chapelle à Paris, près du camp « humanitaire » (voir ici et ) mis en place par la mairie et l’État, n’a réglé quoi que ce soit. Les capacités d’accueil sont insuffisantes, la volonté d’accueil n’est pas au rendez-vous (voir ici, ici et ). Les droits des personnes ne sont pas respectés, et dès le soir de l’expulsion des exilé-e-s dormaient dans les mêmes parages dans des conditions encore plus précaires.

Alors que les interpellations se multiplient en lien avec les Centres d’Accueil et d’Orientation (CAO – voir ici, ici, ici et ), le règlement européen Dublin III (voir ici, ici, ici, ici, ici et ), la situation des exilé-e-s à la frontière britannique, le collectif Solidarité Migrants Wilson invite à un rassemblement « revendicatif et festif » vendredi 2 juin de 18h à 23h porte de la Chapelle.

 

https://www.facebook.com/events/715311468648525/

« RASSEMBLEMENT LE 2 JUIN PORTE DE LA CHAPELLE

Nous invitons tous les Parisien.ne.s et les banlieusard.e.s, toutes les associations et les collectifs d’aide aux migrants à nous rejoindre
vendredi 2 Juin à partir de 18H00 à La Porte de la Chapelle
pour un rendez-vous revendicatif et festif.
Nous préparerons en musique le dîner tous ensemble avec les réfugiés.

Nous souhaitons interpeller les candidats aux élections législatives, les médias et l’opinion sur la situation à la Porte de la Chapelle, reflet des insuffisances et des drames qu’on retrouve sur tout le territoire.

Faites passer le mot à toutes les personnes sensées de votre entourage et à vos amis, tous les musiciens et les artistes sont les bienvenus quel que soit leur style, et toutes les petites mains pour cuisiner.
Venez surtout avec tout votre cœur et l’ouverture pour rencontrer et échanger 🙂

Tous ensemble, nous interpellerons les pouvoirs publics et demandons aux candidat.e.s aux législatives de se joindre à notre rassemblement et préciser de quelle manière ils comptent contribuer à faire appliquer les points suivants :

– La prise en charge par les autorités publiques de l’accueil des enfants et adultes migrants dans le respect de la dignité et des droits humains.

– Un plan d’urgence pour cet été, pour assurer les besoins élémentaires (nourriture hébergement et accès aux soins) et éviter des morts.

– L’application réelle du droit d’asile (Possibilité de déposer effectivement sa demande d’asile en France, l’arrêt des renvois vers des pays où l’intégrité des personnes n’est pas garantie. La remise en cause des accords de Dublin)

– Le respect des lois par ses représentants (la loi sur la protection des mineurs n’est pas appliquée et à Paris des centaines d’enfants et d’adolescents ne sont pas pris en charge. La Convention de Genève, et les accords de relocalisation, entre autres ne sont pas respectés)

– L’arrêt de la criminalisation de la solidarité sous quelque forme que ce soit. Les procès de personnes aidant les migrants se multiplient ainsi que les interdictions de distribution de nourriture. A Paris, les personnes distribuant la nourriture sont régulièrement soumises à des intimidations. »

 

Photo : collectif Solidarité Migrants Wilson.

Lettre des associations au nouveau président de la république

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À partir de 2002, dans la suite de la fermeture du Centre de Sangatte, la mise en spectacle de la destruction des bidonvilles s’est voulu l’illustration d’une politique de « fermeté » à l’encontre des « indésirables », personnes ou populations dont le gouvernement s’arrogeait le droit de décider qu’elles n’avaient pas à être là. Politique qui masquait le recul des politiques de solidarité et le développement du mal-logement.

En 2012, le changement de majorité a débouché sur la circulaire du 26 août 2012, qui proposait une méthode de préparation en amont et d’accompagnement des personnes vers le logement et une meilleure intégration lors des expulsions de bidonville. Était créée la DIHAL (Direction Interministérielle à l’Hébergement et à l’Accès au Logement), chargée de coordonner la mise en œuvre de cette politique.

Vous pouvez télécharger la circulaire du 26 août 2012 ici.

Une circulaire n’est qu’indicative, elle ne peut pas être invoquée devant les tribunaux comme une loi ou un décret. Dans les faits, elle n’a que rarement été appliquée, et au-delà de l’affichage la politique menée est restée la même.

Un nouveau président de la république vient d’être élu. En se basant sur une déclaration qu’il leur avait faite, à dire vrai succincte, des associations l’interpellent sur une politique à mener respectueuse des personnes et de leurs droits.

 

« Lettre ouverte au Président de la République : « plus d’expulsion sans solution ! »

L’association Terre d’errance a pris l’initiative d’une lettre ouverte au nouveau Président de la République, concernant les expulsions passées et à venir, revendiquant la nécessité de solutions alternatives à l’expulsion systématique des bidonvilles et des squats. Cette lettre a été co-signée par plusieurs associations nationales et locales.

Monsieur le Président,

Dans votre réponse du 20 avril dernier à l’interpellation du Collectif National Droits de l’Homme Romeurope concernant les expulsions de bidonvilles et de squats, vous écriviez ceci :

« Nous privilégions une approche pragmatique. D’une manière générale, les bidonvilles et squats n’ont pas vocation à perdurer. Les conditions d’hygiène y sont souvent indignes et représentent une menace pour la santé de ses habitants. Dans certains cas, les relations tendues avec le voisinage viennent ajouter troubles à l’ordre public. Toutefois, la destruction sans solution alternative est une méthode aussi hypocrite que coûteuse et inefficace. Il revient donc à la puissance publique, en lien avec les habitants, les riverains et les associations de trouver des solutions avant chaque destruction ou évacuation, pour que celle-ci ne se traduise pas par la création simultanée d’un nouveau camp. »

Désormais, ce n’est plus au candidat mais au Président que l’interpellation s’adresse. Comment s’organiser pour que nouvelles expulsions n’aient plus lieu, sans solution adaptée et avec la même inefficacité, reproduisant autant de nouveaux bidonvilles aux mêmes endroits ou presque ?

A Calais depuis la destruction du bidonville en octobre dernier et à Grande-Synthe depuis l’incendie du mois de mars, la situation est inédite : il est interdit de donner une tente aux personnes sans abri qui sont pourtant plusieurs centaines.

A Norrent-Fontes, 70 personnes sont actuellement menacées d’expulsion d’un bidonville, sans solution adaptée. Or, leur situation illustre parfaitement l’hypocrisie que vous relevez. Ce bidonville existe depuis presque 20 ans, il a été installé par la mairie et identifié par les services de la préfecture et plusieurs députés. Les femmes et les hommes qui y vivent ont été reconnu-e-s par le Juge judiciaire dans le respect de leurs droits fondamentaux. En effet, le Tribunal de Grande Instance de Béthune ainsi que la Cour d’Appel de Douai ont rendu des décisions motivées refusant l’expulsion de leur lieu de vie. Or, depuis quelques jours, diverses visites des forces de l’ordre et des services de l’État nous font craindre d’éventuelles édictions d’un arrêté préfectoral d’expulsion. Un tel arrêté, qui serait donc pris aux mépris des décisions judiciaires protégeant les exilé-e-s et leurs libertés fondamentales, constituerait un véritable détournement de pouvoir et, surtout, comme vous l’avez indiqué, une hypocrisie coûteuse et inefficace puisqu’à ce jour il n’y a aucune solution alternative d’accueil de ces exilé-e-s de passage dans le Calaisis.

Ailleurs, au moins quinze bidonvilles et squats sont menacés de destruction et plusieurs centaines d’hommes, femmes et enfants craignent une expulsion : à Champs sur Marne, plus de 90 personnes sont visées par une expulsion prévue ce jeudi 18 mai,

  • à Choisy Le Roi, 80 personnes redoutent l’expulsion d’un jour à l’autre
  • à Sucy en Brie, 30 personnes seront bientôt expulsées du squat où elles vivent,
  • à Alfortville 15 personnes pourraient être expulsées dès la fin de l’année scolaire,
  • à Rungis, une expulsions de 180 à 200 personnes est annoncée pour la fin de l’année scolaire
  • à Evry, 80 familles sont menacées par un arrêté municipal édité le 9 mai 2017,
  • à Osny, un foyer de 11 personnes ainsi qu’un autre de 4 personnes, toutes ressortissantes de l’union européenne pourraient subir une expulsion le 23 mai,
  • à Triel sur Seine, ce sont 42 familles qui redoutent d’être expulsées,
  • à Villeneuve Saint Georges la municipalité vient d’émettre un arrêté d’expulsion qui concerne une centaine de personnes,
  • Aix, Arles, St Denis, Lille et Ronchin, des expulsions sont annoncées.

Monsieur le Président, comment justifier un tel acharnement à détruire des abris de fortune qui seront reconstruits dans des conditions plus difficiles encore ? Les exemples de Steenvoorde, Calais ou Dieppe, l’ont récemment illustré, ainsi que vous le dénonciez tout à fait justement dans votre réponse au Collectif National Droits de l’Homme Romeurope.

C’est pourquoi, Monsieur le Président, nous vous demandons un moratoire sur toutes les expulsions de bidonvilles et de squats, afin de ne pas empirer la précarité des personnes et de donner les délais suffisants aux élus, aux services de l’État, aux habitant-e-s et aux organisations associatives de se pencher ensemble sur les difficultés des situations pour tenter d’y trouver des réponses adaptées et respectueuses des droits fondamentaux.

Comptant sur votre approche nouvelle et dans l’attente de votre réponse, nous vous prions de recevoir, Monsieur le Président, l’expression de notre très haute considération,

Voir la décision de la Cour d’Appel de Douai du 6 avril 2017 sur le bidonville de Norrent-Fontes.

Le 19 mai 2017

Organisation signataires :

- Organisation nationales

  • Fondation Abbé Pierre
  • GISTI
  • Gynécologie Sans Frontière

- Organisation locales ou régionales

  • ACC Minorités Visibles
  • Aide Migrants Solidarité (AmiS) Téteghem
  • Arras Solidarité Réfugiés
  • l’Auberge des Migrants
  • la Brique
  • Carrefour des Solidarités du littoral Nord
  • Collectif Romeurope 94
  • ECNou
  • Itinérance Cherbourg
  • Ligue des Droits de l’Homme de Dunkerque
  • Ligue des Droits de l’Homme Hauts de France
  • MRAP du Littoral Dunkerquois
  • Planning Familial 62
  • Salam Nord Pas de Calais
  • Secours Populaire Français, comité de Vendin/Oblinghem
  • Terre d’Errance (Norrent-Fontes)
  • Terre d’Errance Steenvoorde »

 

CAO et Dublin – Appel d’Embrun – grèves de la faim à Embrun et Bordeaux

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À Embrun, vingt-et-un exilés hébergés au Centre d’Accueil et d’Orientation (CAO – voir ici, ici, ici et ) pour contester la menace de leur expulsion vers le pays responsable de leur demande d’asile selon le règlement européen Dublin, généralement le pays de leur entrée dans l’Union européenne.

Le mouvement de soutien (voir ici et ) élargit ses perspectives par un appel aux associations et collectifs investis sur le sujet en France et en Europe à rejoindre leurs revendications, par une lettre au nouveau président de la république, tandis que la préfecture des Hautes-Alpes reste fermée au dialogue et tente de disperser les grévistes de la faim en les transférant dans d’autres centres.

À Bordeaux, des demandeurs d’asile en procédure Dublin hébergés au CAO de Mérignac ont été enfermé au centre de rétention de Bordeaux suite à leur arrestation lorsqu’ils se rendaient à des convocations en préfecture. Ils sont onze maintenant en grève de la faim.

Un rassemblement a eu lieu aujourd’hui à midi devant la préfecture. Une lettre ouverte est envoyée à la préfecture et une pétition circule :

https://www.change.org/p/monsieur-le-pr%C3%A9fet-de-la-gironde-pour-que-les-exil%C3%A9s-du-cao-de-m%C3%A9rignac-puissent-demander-l-asile-en-france

 


 

Embrun :

Vous pouvez télécharger l’Appel d’Embrun ici.

Vous pouvez télécharger la lettre au président de la république ici.

 

« -Appel d’Embrun-

La Cimade 05 – Réseau Hospitalité 05 – Réseau Welcome 05 – Réseau Éducation Sans Frontières 05 – Tous Migrants – Icare 05 – Chemins Pluriels – Solidaritat Ubaye – Collectif Aspres sur Buech – Collectif Guillestre – Un toit, un Droit – Association
Bonvenon – Article 1er- Collectif de Solidarité avec les Réfugiés de Sisteron – Collectif Ensemble – La pastorale des migrants du diocèse de Gap.

Depuis de nombreux mois, nous sommes témoins des faits suivants :
⁃ reconduites forcées aux frontières de migrants et de mineurs isolés se trouvant sur le sol
français vers l’Italie.
⁃ reconduites forcées de migrants dits « dublinés » souhaitant demander l’asile vers d’autres pays européens.
⁃ militarisation des frontières
⁃ application d’un « délit de solidarité » envers les citoyens solidaires

Aujourd’hui :
⁃ À leur initiative, 21 migrants font la grève de la faim à Embrun depuis le 10 mai, suite à
la notification pour deux d’entre-eux d’expulsion le 23 mai vers la Norvège. Ils
revendiquent que la procédure Dublin soit levée pour l’ensemble de leur groupe
⁃ La santé mentale de nombreux migrants et demandeurs d’asile est mise à mal en raison
de l’incertitude quant à leur sort et l’angoisse d’être rejetés vers ce qu’ils ont du fuir
⁃ Des migrants se trouvent à nouveau en errance en France ou dans le pays où ils sont
renvoyés car sans solution de statut
⁃ Des mineurs isolés sont livrés à eux même dans les rues

Au final, le règlement de Dublin aboutit à la fabrique de clandestins.

Il est temps que la société civile européenne dise STOP à ces entraves aux droits qui sont au fondement de notre pays et de la construction européenne.

Nous appelons toutes les associations et autres collectifs nationaux qui luttent en faveur du respect des droits humains fondamentaux à s’unir et à solliciter de concert le nouveau gouvernement pour :
⁃ L’arrêt et l’annulation de toutes mesures d’expulsion au prétexte des accords de
Dublin ;
⁃ Le droit pour toute personne contrainte de fuir son pays de trouver asile dans le
pays de son choix.

Nous appelons les associations et autres collectifs européens qui luttent en faveur du
respect des droits humains fondamentaux à s’associer à notre requête auprès de leur
gouvernement respectif, car cette requête est celle de l’Europe dans son ensemble.

À Embrun, le 18 mai 2017 »

 

« Communiqué n°3 de l’Inter collectifs Migrants Alpin (1)

Malgré nos attentes, nos demandes argumentées, notre mobilisation, la grève de la faim des 21 personnes soudanaises et érythréennes engagée depuis le 10, l’entretien entre 2 responsables du collectif Icare (Embrun) et le secrétaire général de la préfecture n’a rien donné.

La Préfecture ne démord pas de ses injonctions envers les grévistes sommés de cesser leur grève de la faim et de son obstination à appliquer le règlement, gommant au passage sa responsabilité et son pouvoir discrétionnaire en matière de « dédublinage ». Aucune prise en compte de nos demandes ni de celles des grévistes. Pire, nous avons appris par ailleurs que 6 migrants, dont plusieurs grévistes, seront transférés demain à Gap à 10h.

Par conséquent, l’Inter collectifs décide d’appeler à un rassemblement dans le calme et la dignité demain matin dès 9h devant le CAO d’Embrun pour exprimer notre soutien aux grévistes et à l’ensemble des personnes en demande d’asile qui subissent les effets délétères des politiques actuelles.

D’autres initiatives seront engagées rapidement.

Nous appelons tous les collectifs de France, d’Italie et des autres pays européens à s’associer à ce combat pour le droit de toute personne contrainte de fuir son pays de trouver asile dans le pays de son choix et à soutenir la lutte pour la dignité et la vie en paix des 21 personnes en grève de la faim

Nous appelons le nouveau gouvernement à prendre en compte les demandes des milliers de citoyens engagés dans nos collectifs, à annuler toutes mesures d’expulsion engagées au prétexte des accords de Dublin, et à engager sans tarder une large concertation pour établir le droit pour toute personne contrainte de fuir son pays de trouver asile dans le pays de son choix.

(1) La Cimade 05 – Réseau Hospitalité 05 – Réseau Welcome 05 – Réseau Éducation Sans Frontières 05 – Tous Migrants – Icare 05 – Chemins Pluriels – Solidaritat Ubaye – Collectif Aspres sur Buech – Collectif Guillestre – Un toit, un Droit – Association Bonvenon – Article 1er- Collectif de Solidarité avec les Réfugiés de Sisteron – Collectif Ensemble – La pastorale des migrants du diocèse de Gap – Collectif Réfugiés du Vaucluse »

 


 

Bordeaux :

« Rassemblement devant la Préfecture (entrée principale côté Tram)
Vendredi 19 mai 2017, 12h

Pour exiger leur libération et le traitement de leur demande d’asile en France. »

Pétition de soutien :

https://www.change.org/p/monsieur-le-pr%C3%A9fet-de-la-gironde-pour-que-les-exil%C3%A9s-du-cao-de-m%C3%A9rignac-puissent-demander-l-asile-en-france

 

La lettre ouverte au préfet :

« Bordeaux, le mercredi 17 mai 2017

A Monsieur le Préfet de la Gironde

Objet : URGENT : demande de réexamen de la situation des personnes hébergées en CAO

Dix jeunes demandeurs d’asile, de nationalité soudanaise, sont actuellement retenus, dont certains depuis plus de huit jours, au Centre de Rétention Administrative (CRA) de Bordeaux.

Ces personnes sont toutes issues du Centre d’Accueil et d’Orientation (CAO) de Mérignac, transféré désormais à Bordeaux Ravezies.

Elles se sont présentées volontairement à leur rendez-vous aux guichets de la Préfecture, où elles ont été interpellées et conduites au CRA. D’autres, convoquées ces prochains jours aux guichets de la Préfecture, pourraient subir le même sort.

Ces jeunes sont enregistrés dans le cadre de la procédure d’asile « Dublin » car ils sont passés par l’Italie. Pourtant ces jeunes déclarent qu’ils ont été contraints de donner leurs empreintes en Italie. Tous y ont vécu dans des conditions difficiles et certains ont été victimes de mauvais traitements et/ou de violences.

Etant hébergés et encadrés par un CAO, dispositif créé par l’État afin de prendre en charge les centaines de personnes vivant dans les rues de Calais ou de Paris qui souhaitaient déposer en France une demande d’asile, nous ne comprenons pas la décision de les transférer en Italie et encore moins cette mesure de privation de liberté.

D’autres personnes hébergées en CAO ont été « dédublinées » et ont eu la possibilité d’accomplir toutes leurs démarches et procédures de demande d’asile en France.

Les personnes actuellement retenues au CRA de Bordeaux sont fragiles et désespérées de voir que leur accueil en CAO débouche sur une privation de liberté et leur renvoi en Italie.

Monsieur le Préfet, l’ensemble des signataires de ce courrier, représentant un large public de citoyens sensibles à la cause des personnes souhaitant se réfugier en France, au nom de l’égalité de traitement et de motifs exceptionnels et humanitaires, sollicitent de votre bienveillance :
– que ces jeunes retenus ne soient pas renvoyés en Italie
– qu’ils soient libérés du CRA de Bordeaux
– qu’ils puissent faire leur demande d’asile en France
– que ceux qui ont des rendez-vous ces prochains jours à la Préfecture ne soient pas à leur tour retenus et qu’ils puissent eux aussi effectuer leur demande d’asile en France.

Veuillez agréer, Monsieur le Préfet, nos salutations respectueuses.

RESF 33 – ASTI Bordeaux – La Cimade – Association ARTS (Accueil Réfugiés Talence Solidarité) – AC!Gironde – EELV Aquitaine – UJFP Aquitaine – Ensemble ! Gironde – FSU33 – Médecins du Monde Délégation Aquitaine – Rénovation – AREVE. »

 

André Lhote : Entrée du bassin à flot, à Bordeaux.

Destructions d’abris à Grande-Synthe – possible rafle à Calais

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Alors que la formation du gouvernement et la campagne législative accaparent l’attention des médias, la répression se durcit à la frontière britannique.

À Grande-Synthe, les exilé-e-s n’ont pas disparu avec l’incendie du camp de réfugié-e-s de la Linière (voir ici et ). Les conditions de vie sont simplement devenues beaucoup plus précaires et les personnes plus vulnérables. La pression policière est forte, des patrouilles à cheval ont même été mises en place pour débusquer les exilé-e-s dans les dunes et les bois.

http://www.lavoixdunord.fr/160111/article/2017-05-09/la-police-cheval-pour-dissuader-les-migrants-de-s-installer-au-puythouck

Aujourd’hui jeudi en fin d’après-midi, la police a saccagé les abris précaires et détruits les couvertures des quelques deux cents cinquante personnes qui dormaient dans le bois de Puythouck à Grande-Synthe https://goo.gl/maps/TJYXcqVR7yv . Des familles ont été hébergées par la mairie. Pour les autres, la vie est juste plus dure. Le temps est à la pluie.

http://www.lavoixdunord.fr/164883/article/2017-05-18/un-campement-de-fortune-du-puythouck-ou-survivaient-des-migrants-evacue

Selon plusieurs sources, des places auraient été réservées dans des centres de rétention partout en France par le ministère de l’intérieur pour des exilé-e-s de Calais. Une importante rafle serait donc en préparation.

 

Viktor Vasnetsov : Le Chevalier à la croisée des chemins.

 

Mobilisation autour des CAO – Dublin – suite (2)

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Les exilé-e-s et leurs soutiens continuent de se mobiliser contre les placements en procédure Dublin et les expulsions vers le pays responsable de la demande d’asile selon le règlement européen Dublin III, et concernant les personnes hébergées en Centre d’Accueil et d’Orientation (CAO – voir ici, ici, ici et ).

Au Vigan et à Nîmes (Gard), une manifestation est prévue le jour où un demandeur d’asile est convoqué en préfecture : vendredi 19 mai, à 10h à la sous-préfecture du Vigan, à 14h à la préfecture de Nîmes. Et une pétition de soutien continue à circuler.

https://www.change.org/p/préfet-non-au-transfert-en-italie-de-nour-eddin

D’autres mobilisations sont prévues le 15 mai à Mende, le 20 à Saint-Jean–du-Gard, Alès et Nîmes, le 21 à Nîmes, le 27 à Alès.

À Auxerre (Yonne) une manifestation est également prévue le 19 mai à 17h devant la préfecture. Les exilés avaient publié en janvier une Lettre à l’intention des autorités françaises.

À Sisteron (Alpes-de-Haute-Provence), le Collectif de Solidarité avec les Réfugiés diffuse une lettre publique au préfet.

On nous signale par ailleurs que des exilés qui avaient été envoyés en CAO dans le département du Nord suite à l’incendie du camp de réfugié-e-s de Grande-Synthe commencent à recevoir des arrêtés de transfert, prélude à leur expulsion vers d’autres pays européens dans le cadre du règlement Dublin III.

 


 

Le Vigan et Nîmes :

https://www.change.org/p/pr%C3%A9fet-non-au-transfert-en-italie-de-nour-eddin/u/20282327

« GRANDE JOURNEE DE MOBILISATION
VENDREDI 19 MAI 2017

Nour Eddin ne peut pas repartir en Italie
Alors qu’il en vient et souhaite rester ici.

10 H Sous-Préfecture du Vigan
Rassemblement de soutien
Remise des pétitions signées

12 H 15 départ groupé du Vigan
depuis l’ancienne gare (com.com.)

14 H Préfecture de Nîmes
accompagnement de NourEddin

C’est la première tentative d’application
de la procédure Dublin au CAO du Vigan

Notre mobilisation peut faire en sorte
qu’il n’y en ait plus jamais d’autre

signez la pétition :

https://www.change.org/p/préfet-non-au-transfert-en-italie-de-nour-eddin »

 


 

« Mobilisations Gard / Cévennes : amplifions la lutte contre les expulsions !

https://cevennessansfrontieres.noblogs.org/post/2017/05/10/journees-de-soutien-en-cevennes/

Alors que sur l’ensemble du territoire les procédures d’expulsion des personnes en Centres d’accueil et d’orientation (CAO) se multiplient, de nombreuses actions sont organisées pour s’y opposer : courriers à destination des préfectures, rassemblements, manifestations, ou grèves de la faim (1)…

C’est le cas dans le Gard et les Cévennes où différents collectifs agissent et se mettent en lien afin de renforcer le mouvement de soutien contre les expulsions.

Plusieurs initiatives sont prévues dans les prochains jours, d’autres sont à venir :

Mercredi 17 mai : Rassemblement à Mende pour protester contre l’expulsion d’Hafizullah Safi, rendez-vous devant la Cathédrale à 17h30

Vendredi 19 mai : Rassemblement à 10h devant la Sous-préfecture du Vigan en soutien à Nour Eddin, menacé d’être expulsé depuis le Cao du Vigan

Samedi 20 mai :
– à Saint Jean du Gard de 8h30 à 12h30 : Petit déjeuner de soutien aux familles accueillies, échanges et table d’infos sur la place du marché
– à Alès : Foire aux livres en soutien à Resf : de 10h à 18h à la bourse du Travail, quartier Rochebelle
– à Nîmes : Marche de soutien à tous les réfugiés, de la place Séverine jusqu’à la préfecture, départ 14h

Dimanche 21 mai : Fête afghane à Nîmes dès 12h (fraternité protestante – 7 rue Antoine Delon)

Samedi 27 mai : Cantine sans frontières à Alès dès 12h à la Rétive

(1) : 21 jeunes demandeurs d’asile du CAO d’Embrun (Hautes Alpes) se sont mis en grève de la faim pour protester contre l’ expulsion prochaine de deux de leurs camarades (voir ici : https://blogs.mediapart.fr/serge-betton/blog/120517/menace-dexpulsion-de-migrants-dans-les-hautes-alpes) »

 


 

Auxerre :

L’appel à manifester le 19 mai :

http://demandeursdasileen89.over-blog.com/2017/05/manifestation-le-19-mai-a-auxerre-contre-les-oqtf-et-dublin-dans-l-yonne.html

La lettre des demandeurs d’asile soudanais :

http://demandeursdasileen89.over-blog.com/2017/03/un-appel-des-demandeurs-d-asile-soudanais-d-auxerre.html

« Lettre à l’intention des autorités françaises,

Des demandeurs d’asile soudanais d’Auxerre, janvier 2017

Avant la guerre civile, nous vivions tranquillement dans notre pays. Puis les guerres se sont déclenchées partout dans notre province du Darfour et nous sommes devenus les victimes à la fois du gouvernement et des milices armées, et jusqu’à ce jour nous n’avons pas trouvé la paix car, malgré tous les appels au secours que nous avons lancés, nous avons perdu nos familles, nos proches.

Nous avons dû quitter la terre de nos aïeux en laissant derrière nous tous nos biens, tout ce qui nous est cher pour trouver un endroit pour continuer à vivre comme des êtres humains et nous sommes parvenus en Libye avec l’espoir d’y trouver refuge, de pouvoir y vivre et y travailler.

Mais là-bas aussi, la vie s’est révélée impossible du fait de la guerre entre les milices qui n’ont aucun sens de l’humanité. La vie y était tellement terrible que même dire les souffrances que nous avons endurées nous est impossible.

Alors, nous avons tenté de venir en Europe où nous avions l’espoir de trouver protection, la possibilité de vivre, et le respect des droits de l’Homme dont nous avions toujours entendu parler.

Mais venir en Europe est très dangereux, il faut prendre des risques, parcourir plus d’un millier de kilomètres en barque. Nous n’avions donc qu’une alternative : soit rester en Libye dans ces terribles conditions, soit prendre le risque de traverser la Méditerranée avec des chances infimes de survie.

Nous avons décidé d’aller en Italie. Après une dizaine d’heures de navigation, où nous avons frôlé la mort, nous avons été récupérés par les équipes de sauvetage et emmenés dans des camps. Mais là, nous avons été battus et privés de nourriture parce que nous refusions de donner nos empreintes!

Du fait de cette attitude de l’Italie envers nous, nous ne pouvions imaginer quel avenir nous aurions dans ce pays et pouvoir y trouver la protection et la vie que nous recherchions, c’est pourquoi nous avons décidé de nouveau de partir vers un autre pays qui serait certainement mieux pour nous, et ce pays était pour nous la France.

Après plusieurs tentatives, nous sommes parvenus sur le sol français, espérant y trouver la protection et la possibilité de vivre. La France nous a bien acceptés et beaucoup aidés et nous avons retrouvé ici des gens de tous les pays d’Afrique.

Nous avons effectué toutes les démarches nécessaires pour bénéficier de l’asile et pendant ces sept mois d’attente, nous avons fait tout notre possible pour apprendre le français, dans des conditions difficiles, sans activité et sans accompagnement.

Alors, nous avons été désespérés par la décision de nous renvoyer en Italie alors même que nos empreintes y avaient été prises de force.

Nous demandons la protection de la France. Nous espérons que l’Etat réexaminera nos dossiers et nous viendra en aide. »

 


 

Sisteron :

https://refugiescollectifsdromesud.wordpress.com/2017/05/14/lettre-publique-au-prefet-des-alpes-de-haute-provence-04/

« Lettre publique au préfet des Alpes de Haute Provence.

Sisteron le 14 mai 2017.

Monsieur le préfet,

Nous souhaitons par la présente vous alerter sur la situation des demandeurs d’asile de notre département, placés en procédure «Dublin», et pour une large majorité d’entre eux sous le coup d’un arrêté de transfert vers un autre État membre pris à leur encontre par la préfecture de Digne Les Bains.

Tout d’abord nous vous demandons, comme vous y autorise le règlement 604/2013 en son article 17, de bien vouloir suspendre cette procédure et accéder à la demande d’asile qu’ont adressée ces personnes à la France. Cette mesure dérogatoire a déjà été mise en oeuvre dans un passé récent pour les réfugiés venant de Calais par exemple. Nous soulignons ici une rupture d’égalité de traitement entre tel ou tel autre demandeur d’asile selon qu’il vivait à la rue à Calais, Paris ou Marseille.

Ces demandeurs d’asile sont arrivés dans les CAO du département confiants en les promesses de la France de ne pas y mettre en oeuvre de mesures coercitives, or ces arrêtés de transfert le sont clairement. Présents en France depuis de longs mois et souhaitant y rester, ces demandeurs d’asile sont pleinement intégrés à la vie locale et nous témoignons de leur profond désir de l’être plus encore.

Enfin, comme vous le savez, dans un rapport du 3 novembre 2016 Amnesty International dénonçait les conditions d’accueil et d’examen des demandes d’asile dans plusieurs États membres de l’UE, l’Italie notamment, qui n’hésite pas à expulser des demandeurs d’asile vers le Soudan — dont nous ne rappelons pas ici la situation catastrophique — au nom d’un accord inique entre ces deux pays.

Comptant sur votre célérité à réparer l’injustice qui pèse sur les demandeurs d’asile «dublinés» de notre département, et nous tenant à votre disposition pour vous rencontrer, nous vous adressons Monsieur le préfet nos respectueuses salutations.

Collectif de Solidarité avec les Réfugiés de Sisteron.

 

Témoignages des réfugiés «dublinés» de Sisteron.

Nous sommes arrivés du Soudan ou d’Afghanistan après un terrible parcours. Dans nos pays les problèmes sont grands et nos vies menacées. Pendant le voyage nous avions peur de mourir, en Libye ou ailleurs où nous avons été maltraités et emprisonnés, en mer où les traversées duraient parfois une semaine. Arrivés en Italie certains étaient malades ou blessés, laissés sans soins, battus parfois à coup de pied. Dans les camps italiens on a pris nos empreintes de force ; si on ne les donnait pas on ne pouvait pas sortir. Nous avions peu à manger, pas de vêtements chauds, beaucoup d’entre nous vivaient dans la rue. C’est pour cela que nous sommes venus en France, à Calais ou Paris, puis à Sisteron. Ici nous avons été bien accueillis, nous remercions la France pour cela. Nous avons commencé à apprendre le français, nous avons des amis, nous avons rencontré des lycéens à qui nous avons raconté nos histoires ; nous voulons rester ici. Avec la procédure Dublin nous sommes en grande insécurité, nous avons peur de retourner en Italie, en Allemagne ou en Norvège, nous avons peur qu’ils nous renvoient dans nos pays. Nous dormons mal.

S.M.R : Quand je suis arrivé en Italie la police italienne m’a arrêté et m’a emmené au camp de réfugiés le plus proche ; elle m’a demandé de déposer mes empreintes digitales. Je leur ai dit que je ne voulais pas rester en Italie, que je souhaitais aller en France, et ils m’ont précisé que cette prise d’empreintes était une mesure de sécurité, pas une démarche de demande d’asile. J’ai donc donné mes empreintes aux autorités italiennes. Ils m’ont gardé plusieurs jours dans le camp, j’étais malade, j’ai demandé à être soigné mais on ne m’a même pas donné un cachet. Le problème en Italie c’est l’énorme quantité de réfugiés qui y résident, dormant dans les rues, sur les routes ; et donc ils ne peuvent pas s’occuper de chacun de nous. Je suis heureux en France et je ne veux pas retourner en Italie.

H.S : Je suis arrivé d’Allemagne en 2015 ; là-bas j’étais resté 18 mois sans que l’on m’accorde l’asile et les autorités voulaient me renvoyer en Afghanistan. En Afghanistan la situation est très mauvaise sur le plan de la sécurité et dangereuse pour moi qui étais menacé de mort par les Talibans. C’est pourquoi j’ai fui l’Allemagne et suis arrivé en France pour y demander l’asile. Je suis heureux ici, en France et je ne veux pas retourner en Allemagne où l’on veut me déporter en Afghanistan.

O.U : Quand j’ai traversé la frontière italo-française la police italienne m’a arrêté et reconduit dans un camp italien. Quand je suis arrivé au camp ils ont pris mes empreintes de force en me disant que c’était pour des raisons de sécurité, pas pour l’asile. J’y suis resté une semaine, les conditions d’hébergement étaient très mauvaises, il faisait tellement froid, ils nous ont juste donné une couverture, la nourriture était très mauvaise. Après une semaine ils nous ont expulsés ; j’ai dormi dans la rue pendant sept jours et je suis entré en France. Je suis heureux en France et ne veux pas retourner en Italie.

G : Je suis arrivé d’Afghanistan en 2015 ; j’arrivais de Norvège où j’ai passé deux ans sans que l’on m’accorde l’asile. La Norvège voulait me renvoyer en Afghanistan, c’est pour cela que je suis venu en France.

et lien vers le film «lettre à Mr le préfet» tourné à Briançon :

https://vimeo.com/213479324 »

 

Chaïm Soutine : Jour de vent à Auxerre.

À la rencontre

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Vendredi 7 mai, cinéma l’Alhambra, au centre de Calais. Un court-métrage d’animation de l’artiste calaisienne Loup Blaster, Al-Hurriya – Freedom – Liberté, sur la situation des exilés, et un documentaire, Beats of the Antonov de Hajooj Kuka, sur la résistance dans les monts de Nuba, au Soudan, suivis d’un débat. Puis un concert improvisé franco-soudanais.

Si Calaisien-ne-s et exilé-e-s se côtoient depuis quelques trente ans, la méconnaissance est souvent importante et les occasions de rencontre sont somme toute rares, d’autant que les autorités font tout pour les empêcher.

Cette soirée a donc été une occasion de rencontre et de meilleure connaissance.

Dans cette interview Loup Blaster nous en explique la démarche :

http://audioblog.arteradio.com/post/3078568/louise___rencontres_soudanaises/


Vendredi 12 mai, rue des Verrotières, à l’écart de la ville, dans la zone industrielle des Dunes. Le quatuor Zaïde joue ce week-end là à Calais. Les musiciennes voulaient aller à la rencontre des exilé-e-s, avec leur langage, la musique. Elles viennent donc à la distribution de repas. Elles cherchent un peu leur place entre le bruit du générateur qui recharge les téléphones portables et la file d’attente pour les repas, puis vont deux par deux jouer devant les différents groupes assis à terre pour prendre leur repas. Dans un des groupes, un musicien afghan chante en s’accompagnant d’un Tamboura à deux cordes. Écoute, échange.

Lorsqu’elles repartent, les musiciennes subissent un contrôle d’identité de la part des policiers déjà nombreux.

S’ensuit le contrôle de tou-te-s les Européen-ne-s présent-e-s, puis (« là c’était vous, maintenant c’est eux » dit le commandant) des exilé-e-s, manière surtout de les faire dégager et de terminer la distribution (voir ici, ici et ).

Deux arrestations, un jeune peut-être mineur qui était trop près de la police lorsqu’elle a commencé à intervenir, et un adulte afghan qui a décidé ce jour-là de terminer de manger, vaille que vaille, plutôt que de fuir.

 

Dessin Loup Blaster – 2014.

 

De la chasse à l’Afghan à l’enfermement des bébés

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Fin octobre – début novembre 2016 : destruction du bidonville de Calais. Plusieurs centaines d’exilé-e-s, principalement afghan-e-s, sans abri à Calais, rejoignent le camp de réfugié-e-s de Grande-Synthe. Ces personnes nouvellement arrivées s’y trouvent cantonnées à la marge, dans un lieu ou le passage et certains aspects de la vie du camp sont principalement tenus par des passeurs kurdes. Les tensions s’accumulent et les quatre cinquièmes du camp de Grande-Synthe sont détruits le 10 avril 2017 par un incendie suite à une violente bagarre. Le gouvernement décide que le camp ne sera pas reconstruit et ne rouvrira pas. Une partie des personnes principalement afghanes qui étaient à Grande-Synthe viennent alors à Calais.

Les autorités répondent par une chasse policière ciblant plus particulièrement les Afghan-e-s. C’est ainsi qu’un père de famille est arrêté à la gare de Calais et transféré au centre de rétention du Mesnil-Amelot, près de Paris, pour être expulsé vers l’Afghanistan. Sa compagne, Iranienne, lui rend visite avec leur fille de 8 mois, née à Calais. La visite tourne mal, le bébé se retrouve illégalement enfermé en rétention avec son père avant d’être placé auprès de l’aide sociale à l’enfance, tandis que la mère est placée en garde-à-vue.

Un signe de l’acharnement contre les exilé-e-s, qui marque la prise de fonction du nouveau président de la république.

 

Communiqué de la Cimade :

http://www.lacimade.org/un-bebe-victime-de-lacharnement-de-la-prefecture-du-pas-de-calais/

« Un bébé victime de l’acharnement de la préfecture du Pas-de-Calais

12 mai 2017

Après une privation de liberté illégale, un bébé de 8 mois est placé en famille d’accueil, une famille éparpillée, un père enfermé et menacé d’expulsion en Afghanistan, une mère fragile loin des siens… c’est le résultat de la politique migratoire menée par la France.

Arrivés en France en 2016, Monsieur I et sa compagne Mme V vivent depuis de longs mois dans la jungle de Calais, dans l’espoir de se rendre au Royaume-Uni pour y déposer une demande d’asile. Lui est Afghan et elle iranienne. Leur fille Yasmina est née à l’hôpital de Calais il y a tout juste 8 mois.

Le 10 mai 2017, alors qu’il accompagne son frère à la gare, Monsieur I est interpellé. Au commissariat, il fait part à la police de sa situation familiale. La préfecture du Pas-de-Calais n’en tient pas compte et décide de tenter de le renvoyer en Afghanistan, n’hésitant pas à séparer la famille. Il est emmené seul au centre de rétention administrative (CRA) du Mesnil-Amelot. De cette séparation va naître une série d’événements humains dramatiques.

Le lendemain, sa compagne lui rend visite au CRA, accompagnée de leur bébé. La situation s’envenime rapidement : Mme V refuse catégoriquement de quitter le centre sans son mari. Désespérée par cette situation, elle entre dans une crise telle qu’elle est extraite du CRA sans son enfant, l’administration craignant pour la sécurité de ce dernier au regard de l’état de nervosité extrême de sa mère. Le bébé demeure donc auprès de son père, enfermé dans le CRA.

L’heure tourne et la situation devient de plus en plus violente. D’un côté, l’enfant est auprès de son père, privé de liberté derrière les barbelés d’un CRA, en dehors de toute procédure légale. De l’autre, la mère fait le pied de grue à l’entrée du CRA, hurlant sa colère et son désespoir de retrouver les siens.

Informée par l’administration du CRA de la tournure dramatique des événements, la préfecture du Pas-de-Calais campe sur ses positions : il est hors de question de remettre en liberté Monsieur I. En définitive, le parquet de Meaux ordonne le placement à l’Aide sociale à l’enfance (ASE) du bébé, tandis que la mère est placée en garde à vue pour trouble à l’ordre public.

24 heures après ces faits, cette famille se retrouve donc complètement éparpillée. Un enfant de 8 mois placé temporairement en famille d’accueil. Un père enfermé en rétention et menacé d’expulsion vers un pays différent de celui de sa compagne. Et une mère – manifestement fragile psychologiquement et peut être pas en état de s’occuper seule de son bébé – dont on ignore la localisation.

En définitive, cet épisode montre combien le droit de mener une vie privée et familiale normale se heurte régulièrement à la machine à expulser mise en œuvre par les autorités françaises, en particulier dans le département du Pas-de-Calais.

Au regard de cette situation dramatique, La Cimade demande la libération immédiate de Monsieur I afin que celui-ci puisse s’occuper de son enfant. »

 

Kamaleddin Behzad (Herat, Afghanistan) : Les funérailles du poète Attar de Nichapour.

Mobilisation autour des CAO – Dublin – suite

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Les procédure d’expulsion des personnes en Centre d’Accueil et d’Orientation (CAO – voir ici, ici, ici et ) se multiplient dans le cadre du règlement européen Dublin III, qui définit le pays responsable de l’examen d’une demande d’asile, le plus souvent le pays d’entrée dans l’Union européenne (voir ici, ici et ).

Au CAO d’Embrun (Hautes-Alpes), vingt-et-un demandeurs d’asile sont en grève de la faim face au risque d’expulsion prochaine de deux d’entre eux.

À Brest (Finistère), un rassemblement était organisé aujourd’hui en soutien à un demandeur d’asile soudanais qui risque d’être expulsé mardi prochain, et de deux autres assignés à résidence dans l’attente de leur expulsion. Une pétition a aussi été mise en ligne.

https://www.change.org/p/pr%C3%A9fet-du-finist%C3%A8re-brest-non-%C3%A0-l-expulsion-au-soudan-via-l-italie-droit-d-asile-en-france

Au CAO du Vigan (Gard), un demandeur d’asile soudanais est convoqué le 19 mai à la préfecture pour que lui soit notifiée la décision de réadmission en Italie. Une pétition de soutien est en ligne.

https://www.change.org/p/pr%C3%A9fet-non-au-transfert-en-italie-de-nour-eddin

 


 

Embrun :

https://blogs.mediapart.fr/serge-betton/blog/120517/menace-dexpulsion-de-migrants-dans-les-hautes-alpes

« Communiqué de presse commun

Les collectifs d’aide aux migrants des Hautes-Alpes et de Barcelonnette sont profondément préoccupés par l’expulsion prochaine de Aymen Mustafa et Hussain Maroof, deux jeunes soudanais accueillis au CAO d’Embrun depuis 5 mois et souhaitant demander l’asile en France.

Ces deux jeunes ont suivi des cours de français quotidiens, se sont présentés à tous les rendez-vous administratifs, se sont intégrés et ont tissé des liens d’amitié dans l’Embrunais. Ils vont être transférés vers la Norvège, pays dans lequel leur identité a été contrôlée pour la première fois dans l’espace où s’applique le règlement « Dublin III » (Union Européenne plus 4 pays associés).

La préfecture leur a remis leur convocation à l’aéroport pour le 23 mai.

La Norvège applique des conditions de demande d’asile très strictes et les renvois dans le dernier pays traversé avant la Norvège (ici la Russie) ou dans le pays d’origine sont fréquents, avec les mises en danger que cela suppose.

Au Soudan les risques de représailles, d’incarcération, de violences graves et d’exécution sont avérés en cas de retour des exilés.

Dans les semaines à venir, d’autres personnes exilées actuellement accueillies dans les Hautes-Alpes courent ce même risque de renvoi vers différents pays dont l’Italie, déjà à saturation à cause des traversées de la Méditerranée.

21 jeunes demandeurs d’asile accueillis au CAO d’Embrun ont entamé une grève de la faim pour protester contre ces décisions et demander la levée de la procédure.

En effet, le règlement Dublin III n’est pas obligatoire : certaines préfectures en France ont décidé de ne pas l’appliquer et de permettre aux demandeurs d’asile de déposer leur demande en France. L’Allemagne vient également de suspendre le renvoi vers la Hongrie des réfugiés passés sur son territoire.

Nous appelons à une grande manifestation citoyenne à Gap,

devant la préfecture, samedi 13 mai de 14h à 17h.

Le respect des droits humains fondamentaux implique le droit pour toutes les personnes contraintes à l’exil d’effectuer leur demande d’asile dans le pays de leur choix. En l’occurrence, ce choix est la France. Nous en sommes fiers ! Soyons-en dignes !

La Cimade – Réseau Hospitalité – Réseau Welcome – Réseau Un toit, un droit – Réseau Éducation Sans Frontières – Tous Migrants – Icare 05 – Solidaritat Ubaye – Collectif Aspres sur Buech – Collectif Guillestre – Maison Cézanne – Association Bonvenon »

 


 

« Rassemblement samedi 13 mai, 12h, place de la Liberté à Brest.

Expulsion Dublin vers Italie : Un soudanais a reçu aujourd’hui son billet d’avion de Brest à Rome, pour mardi prochain.
Si vous êtes dans le coin, venez le soutenir !
Il y a également 2 autres assignés à résidence, qui risquent de recevoir bientôt leurs billets vers l’Italie.
STOP DUBLIN !!
(C’est le second renvoi en 2 semaines, à partir de Brest.) »

Pétition de soutien :

https://www.change.org/p/pr%C3%A9fet-du-finist%C3%A8re-brest-non-%C3%A0-l-expulsion-au-soudan-via-l-italie-droit-d-asile-en-france

 


 

Le Vigan :

https://www.change.org/p/pr%C3%A9fet-non-au-transfert-en-italie-de-nour-eddin

« Pétition de soutien à Nour Eddin

Parcours de Nour Eddin :
Parti du Soudan (de la région du Darfour) en 2016, au péril de sa vie il arrive en Italie. Après quinze jours en centre de rétention, il rejoint des réfugiés comme lui à Paris au Métro la Chapelle où il vit dans des conditions précaires. Lors du démantèlement de ce campement, il est dirigé en Cévennes en Février 2017 et est accompagné au sein du CAO (centre d’accueil et d’orientation) du Vigan.
Se sentant pour la première fois en six ans en sécurité, il participe activement aux cours de Français (six heures hebdomadaires) donnés par des bénévoles et à la vie sociale et culturel de la ville.

La Préfecture de Nîmes lui applique la procédure Dublin III : il est convoqué le 19 mai en Préfecture pour se voir notifier sa réadmission en Italie.
Nour Eddin n’est pas attendu en Italie et l’idée de ce transfert le terrorise tant les conditions y sont mauvaises et ses chances de voir sa demande examinée en respect de ses droits fondamentaux sont minces.
Un renvoi au Soudan de par son appartenance ethnique le mettrait en grand danger.
Il veut pouvoir faire sa demande d’asile en France et ne plus être dans cette procédure de Dublin, comme cela a été fait pour d’autres réfugiés dans la même situation au Vigan.

C’est pourquoi, avec les personnes qui l’ont accompagné au Vigan, j’appuie cette demande et invite Monsieur le Préfet à faire usage de son pouvoir discrétionnaire, faculté qui lui est ouverte par l’article 17 du règlement de Dublin III en autorisant Nour Eddin à déposer sa demande d’asile en France. »

 

Jules-Achille Noël : Le Port de Brest.

De la fin de Sangatte à celle du bidonville

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On a pu souligner les analogies entre le Centre de Sangatte et le bidonville de Calais, ainsi que les limites de ces analogies. Le Centre de Sangatte, de 1999 à 2002, camp de réfugié sous un hangar, hors du droit commun, où ont été regroupé-e-s les exilé-e-s à l’écart de la ville. En 2015, une plate-forme de services de jour (douches, repas, soins infirmiers, informations sur l’asile et l’aide au retour) et un lieu de mise à l’abri de femmes et d’enfants à côté d’un terrain où sont contraints de se regrouper les exilé-e-s, à l’écart de la ville, et un gigantesque bidonville qui se construit là. Un camp de containers, de capacité insuffisante, s’implante là tardivement. Certains ont pu parler d’un « Sangatte du pingre ».

En 1999, l’État ouvre le Centre de Sangatte après plusieurs lieux d’hébergements éphémères, reconnaissant ainsi la durabilité de la présence des exilé-e-s dans le Calaisis. En 2015, l’État n’assume pas totalement la reconnaissance de l’état de fait, d’où le bidonville. Dès janvier 2016 il annonce sa destruction.

En 2002, la fermeture du Centre de Sangatte suivie de la destruction du hangar qui l’abritait ouvre une alternance politique et marque l’arrivée de Nicolas Sarkozy au ministère de l’intérieur, étape de son ascension vers la présidence de la république. En 2016, la destruction du bidonville et la fermeture des structures qui le jouxtaient (centre Jules Ferry et camp de containers), qui avaient été mis en place par le même gouvernement l’année précédente, marque la fin du quinquennat Hollande, dont la non-candidature à sa propre succession marque l’échec.

Dans les deux cas, le démantèlement et la destruction ouvrent sur une politique reposant sur le déni de la présence des exilé-e-s et la violence exercée face à leur présence bien réelle.