CAO : les femmes mises sous pression

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Les nouvelles remontent des Centres d’Accueil et d’Orientation (CAO – voir ici, ici, ici et ) de Cazères, entre Toulouse et la frontière espagnole, et de Nîmes, où ont été envoyées des femmes expulsées de Calais lors de la destruction du bidonville et de la fermeture du lieu d’accueil des femmes et enfants du centre Jules Ferry.

Dans ces deux centres, elles sont confrontées à des pressions croissantes pour qu’elles déposent une demande d’asile en France. Pressions faites de menaces, menace d’être mises à la porte du centre, menace d’être expulsées vers leur pays. Ou faites de mensonges, qu’il faut qu’elles déposent une demande d’asile pour pouvoir aller au Royaume-uni.

Alors les exilé-e-s ne s’en laissent pas si facilement conter, elles ont manifesté deux fois pendant la destruction du bidonville pour demander un accès légal au Royaume-uni (voir ici et ), elles savent s’organiser collectivement. Mais elles se trouvent aussi isolées face à des travailleurs sociaux et travailleuses sociales qui leur expliquent que la trêve hivernale n’est pas pour elles.

Un peu de solidarité serait donc bienvenue, dans les CAO, mais aussi après leur sortie volontaire ou forcée. Dans un contexte où les « passeurs » ont renforcé leur pouvoir avec la difficulté accrue du passage, cette solidarité peut permettre de trouver des marges de liberté.

 

jules-ferry-03-11-20163 novembre 2016, centre Jules Ferry, Calais : expulsion des habitantes du lieu de mise à l’abri des femmes et des enfants.

Nouvelle alerte : trois expulsions programmées vers l’Érythrée

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Le 7 novembre dernier, le ministre de l’intérieur d’alors, aujourd’hui premier ministre, a fait officier de la légion d’honneur la préfète du Pas-de-Calais pour son implication dans la destruction du bidonville de Calais et l’expulsion des sept mille habitant-e-s qui restaient sur le site. Son zèle à servir la politique gouvernementale lui avait déjà valu deux Charter Awards en juin 2016.

http://www.lacimade.org/presse/charter-awards-palmares-et-dossier-de-presse/

Toujours fidèle aux orientations du gouvernement, après avoir mené à bien l’expulsion de Baker vers le Soudan la semaine dernière et obtenu l’emprisonnement d’un de ses compagnons qui refusait de collaborer à son expulsion en permettant son identification par l’ambassade du Soudan, elle prépare l’expulsion vers l’Érythrée de trois exilés érythréens arrêtés à Calais et enfermés au centre de rétention du Mesnil Amelot le 26 novembre.

Comme dans le cas des exilés soudanais enfermés au centre de rétention de Vincennes, la préfecture prend une Obligation de Quitter le Territoire Français sans pays de destination pour ne pas donner l’alerte et berner les juges, puis lorsque les premiers recours juridiques sont passés met en œuvre les démarches pour expulser vers le pays d’origine.

Merci d’interpeller le ministre de l’intérieur et la préfète du Pas-de-Calais pour leur demander d’annuler la décision d’expulsion :

Le ministre de l’intérieur, responsable d’une décision d’une telle gravité : vous pouvez écrire à sec.immigration@interieur.gouv.fr

La préfète du Pas-de-Calais, auteure de la décision et qui peut l’annuler :

par téléphone : 03.21.21.20.00

par fax : 03.21.55.30.30

sur le formulaire de la préfecture : http://www.pas-de-calais.gouv.fr/Contactez-nous

 

Ci-dessous le communiqué publié par la Cimade :

http://www.lacimade.org/trois-personnes-menacees-dexpulsion-en-erythree-par-la-prefecture-du-pas-de-calais/

« Trois personnes menacées d’expulsion en Érythrée par la préfecture du Pas-de-Calais

6 décembre 2016

Le 26 novembre 2016, trois ressortissants érythréens ont été placés au centre de rétention du Mesnil-Amelot en vue d’être expulsés du territoire français. Alors que la décision les obligeant à quitter la France ne mentionne aucun pays vers lequel les renvoyer, l’administration a enclenché toutes les démarches nécessaires pour expulser ces personnes… en Érythrée !

De nombreux rapports émanant d’instances supranationales et d’associations de défense des droits de l’Homme ont, encore récemment, alerté l’opinion publique sur les atteintes aux droits de l’Homme commises en Érythrée. Pourtant, malgré les violations graves et incessantes des droits de l’Homme dans ce pays – nous vous invitons à consulter sur le sujet les rapports mentionnés ci-dessous –, l’administration française n’hésite pas à tenter de renvoyer des ressortissants érythréens dans leur pays d’origine. C’est notamment le cas de trois personnes retenues actuellement au CRA du Mesnil-Amelot sur décision de la préfecture du Pas-de-Calais.

Fuyant leur pays, Monsieur E., Monsieur P. et Monsieur A. sont arrivés en avril 2016 en France, où ils ont vécu dans la jungle de Calais pour tenter de rejoindre le Royaume-Uni et y demander l’asile. Suite à leur interpellation par les forces de l’ordre fin novembre, ils ont fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français et d’une interdiction de retour d’un an. La préfecture du Pas-de-Calais n’a alors pas fixé de pays de renvoi dans les décisions d’expulsion qu’elle leur a notifiées ; pour autant, elle a d’ores et déjà pris contact avec leur consulat en vue de mettre en œuvre leur renvoi en Erythrée.

Cela rappelle tristement le sort des deux ressortissants soudanais retenus au centre de rétention de Vincennes en novembre dernier. Si l’un a été libéré, le second a en revanche été éloigné vers son pays d’origine. A ce sujet, pour aller plus loin :
https://passeursdhospitalites.wordpress.com/2016/11/15/alerte-expulsions-programmees-vers-le-soudan/
– https://paris-luttes.info/centre-de-retention-de-vincennes-7060
http://www.lemonde.fr/societe/article/2016/11/22/la-france-va-renvoyer-un-soudanais-vers-son-pays_5036109_3224.html
https://www.amnesty.fr/refugies-et-migrants/actualites/renvoi-vers-le-soudan-le-danger-seloigne-temporairement

Saisis pour examiner la validité et la prolongation du placement en rétention, les juges des libertés et de la détention ont validé le maintien des trois ressortissants érythréens. Monsieur E. a également vu sa requête rejetée par le juge administratif – seul magistrat à même d’évaluer les risques en cas de retour en Erythrée –, tandis que ses deux compatriotes n’ont pu exercer leur droit au recours dans le court délai de 48h qui leur était imparti. Ils se retrouvent donc désormais à la merci de la préfecture du Pas-de-Calais, qui ne voit aucun inconvénient à négocier leur retour avec les autorités consulaires érythréennes dans un pays où les violations des droits de l’Homme sont le lot quotidien des citoyens.

Dictature sanglante s’il en est, l’Erythrée voit 5.000 de ses ressortissants fuir tous les mois vers des pays susceptibles de les accueillir. Cela place l’Érythrée au cinquième rang des pays dont provient le plus grand nombre de demandeurs d’asile dans le monde, comme l’évoque le rapport des Nations Unies sur la situation des droits de l’Homme en Érythrée (http://www.ohchr.org/Documents/HRBodies/HRCouncil/CoIEritrea/A_HRC_29_CRP-1.pdf).

Ces personnes fuient la pauvreté et les constantes violations des droits de l’Homme commises par le régime d’Issayas Afeworki. Le pays est ainsi tristement connu pour être, depuis de nombreuses années, dernier du classement de Reporters sans frontières sur la liberté de la presse, dont la version 2016 est consultable en ligne (https://rsf.org/fr/classement). La répression des opposants politiques y fait rage et tous les érythréens doivent se soumettre au “service national” qui peut parfois durer des dizaines d’années, dans des conditions qui relèvent de l’esclavage.

Les ressortissants érythréens sont donc nombreux à quitter leur pays pour venir trouver en Europe des conditions de vie plus respectueuses des droits de l’Homme. De son côté, l’Union européenne accorde, depuis plusieurs années déjà, une aide économique au pays en faveur “de la réduction de la pauvreté et du développement socio-économique” . Cependant, l’objectif à peine voilé des versements du Fonds européen pour le développement (FED) est en fait purement et simplement de limiter l’afflux des ressortissants érythréens en Europe, dans une logique de contrôle migratoire. Bien sûr, cette aide économique a été engagée suite aux promesses du régime érythréen d’avancer vers le plein respect des droits de l’Homme et la mise en place d’un régime démocratique. Mais ces promesses restent lettre morte et il est impossible de savoir si les fonds versés bénéficient effectivement à la population érythréenne. Pour aller plus loin :
http://europa.eu/rapid/press-release_IP-15-6298_fr.htm
https://rsf.org/fr/actualites/122-millions-deuros-promis-par-lunion-europeenne-lerythree-alors-que-la-repression-saccentue
https://rsf.org/fr/actualites/lunion-europeenne-sur-le-point-de-financer-le-regime-repressif-dissayas-afeworki

L’efficacité de cette aide financière a d’ailleurs été remise en cause par le Parlement européen lui-même dans sa résolution 2016/258 en mars 2016. Le Parlement note ainsi que la politique d’aide “n’a produit aucun résultat, étant donné qu’aucun prisonnier politique n’a été libéré, pas même Dawit Isaak, et aucun progrès n’a été enregistré sur aucune autre question relevant des droits de l’homme”. La résolution souligne également “le manque de fiabilité de ce régime en tant que partenaire de la coopération au développement, de la corruption omniprésente et de l’absence quasi-totale de transparence dans la gestion des finances publiques dans le pays, ainsi que du risque de détournement des fonds du FED destinés à la gestion des flux migratoires”. Enfin, le Parlement “déplore les efforts consentis par l’Union pour coopérer avec l’Érythrée en matière de migration” étant donné “que les forces de sécurité érythréennes sont elles-mêmes impliquées dans des activités de passeur” et “que l’armée érythréenne applique la politique du « tirer pour tuer » à ses frontières à l’encontre des personnes qui tentent de fuir le pays”. »

 

munch-melancholyEdvard Munch : Soir (mélancolie).

Pour les droits et le respect des choix des exilé-e-s : pétition de la Roya

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Alors que les contrôles au faciès se sont multipliés à la frontière franco-italienne (voir ici et ), mettant à mal l’espace Schengen de libre circulation, les exilé-e-s utilisent de plus en plus les chemins de montagne, d’autant plus dangereux que l’hiver approche. Ils et elles sont nombreux-ses à entrer en France par la vallée de la Roya, qu’empruntaient déjà au XXe siècle les personnes qui fuyaient le régime fasciste en Italie. Un important mouvement de solidarité s’est organisé, qui est confronté à une répression importante de la part d’un gouvernement hostile à la solidarité.

C’est de la vallée de la Roya que vient une action en justice visant à contraindre l’État et les collectivité locale de remplir leurs obligations d’accueil et d’accès aux droits des exilé-e-s, que leur choix soit de rester en France ou de simplement la traverser vers un autre pays.

Une pétition est destinée à la soutenir :

http://www.mesopinions.com/petition/droits-homme/soutenez-plainte-assistance/26629

 

« Soutenez la PLAINTE : soutien aux migrants de la ROYA

À l’attention : du Président de la République, Premier Ministre, Ministre de l’Intérieur

FRONTIERE FRANCO-ITALIENNE-VALLEE DE LA ROYA
 
REFUGIES EN DANGER DE MORT/POUVOIRS PUBLICS HORS LA LOI

A ce jour plus de 300 citoyens ont déposé une plainte entre les mains du Procureur de la république de Nice à l’encontre du Conseil Départemental des Alpes Maritimes pris en la personne de Monsieur Eric Ciotti, du Conseil Régional PACA pris en la personne de Monsieur Christian Estrosi, du préfet des Alpes maritimes représentant l’Etat, et à l’encontre des services de l’aide sociale à l’enfance, pour se rendre coupable de délaissement de personnes hors d’état de se protéger(Article 222-3 du code pénal).
Les pouvoirs publics refusent d’accueillir dignement dans notre vallée, dans le département, dans la région PACA, des hommes des femmes et des enfants en danger de mort. Nous demandons que ces derniers respectent la loi et leurs obligations.
La solution aux questions migratoires sera politique ou ne sera pas. Nous demandons la mise en place d’une politique sociale, économique et humanitaire permettant de répondre à la situation qui se développe à notre porte.
Nous exigeons l’ouverture de centres d’accueil et d’hébergements d’urgence pour que ces populations soient dignement accueillies le temps des démarches qu’elles doivent pouvoir engager auprès des autorités, soit pour demander asile, soit pour regroupement familial, soit pour traverser le territoire, et pour faire cesser cette effroyable catastrophe humanitaire.
Nous demandons que les pouvoirs publics respectent la loi concernant les mineurs en les remettant aux services concernés, les services de l’enfance, et en prenant toutes les mesures susceptibles de les protéger.
Nous, signataires de cette pétition, affirmons notre total soutien à cette initiative qui désigne les responsables politiques comme responsables de la situation humanitaire catastrophique qui se développe dans la vallée de la Roya. »

 

petition-img-26629-fr

Grande-Synthe : mineur-e-s isolé-e-s à l’abandon

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L’apparition de lieux de mise à l’abri contrôlés par l’État ne signifie pas l’accès aux droits des personnes mises à l’abri. C’est le cas de manière flagrante des CAOMI (Centres d’Accueil et d’Orientation pour Mineurs Isolés étrangers – voir ici, ici et ), dispositif où est organisé le non-accès aux droits des mineur-e-s expulsé-e-s du bidonville de Calais et des deux lieux connexes mis en place par l’État (camp de containers et lieu de mise à l’abri des femmes et enfants du centre Jules Ferry – voir ici, ici, ici, ici et ). C’est aussi le cas du camp de réfugié-e-s de Grande-Synthe.

Après avoir tenté d’empêcher sa création, l’État a décidé d’en financer le fonctionnement et d’en prendre le contrôle en décidant de nouvelles règles de fonctionnement et en confiant sa gestion à l’AFEJI. Si l’association qui avait jusque-là assuré la gestion du camp était arrivée avec pour seule expérience l’organisation logistique de festivals en Bretagne et faisait face par la mobilisation d’un large réseau de bénévoles, l’AFEJI est une association qui gère des services divers dans le domaine social sur une base professionnelle (« nos 2 825 professionnels accueillent et accompagnent dans nos 98 établissements et services, plus de 14 402 personnes » http://www.afeji.org/home/ ).

Dans une note de 4 pages en anglais, la Dunkirk Legal Support Team décrit la situation extrêmement précaire des cent quatre-vingt-huit mineur-e-s qu’elle a recensé-e-s, tout en soulignant les difficultés à accéder à l’ensemble des personnes concernées dans un lieux où elles ne sont pas prises en considération, malgré l’obligation légale de leur assurer une protection.

Le travail d’approche et de suivi nécessaire à l’accès aux droits se heurte aussi bien au rôle que les « passeurs » ont dans le camp qu’à la difficulté de maintenir le contact avec les mineur-e-s si les personnes quittent le camp. Le démontage des abris, corollaire de la décision de l’État de ne pas accueillir de nouvelles personnes sur le site, les amène à dormir dans les espaces collectifs ou à quatre ou cinq dans les abris mêlées aux adultes.

S’ajoutent à ces difficultés les obstacles mis en place par l’AFEJI et les autorités françaises et britanniques à la reconnaissance de la minorité.

Vous pouvez télécharger la note de la Dunkirk Legal Support Team ici.

 

piranesi_carceri-xivGiovanni Battista Piranesi : Prisons imaginaires, planche XIV.

La Quinzaine des Passeurs d’hospitalités 38

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LA QUINZAINE DES PASSEURS D’HOSPITALITÉS

Du 8 novembre au 3 décembre 2016

– also in English on https://passeursdhospitalitesenglish.wordpress.com/

Expulsion vers le Soudan, emprisonnement d’un Soudanais qui refusait son identification par l’ambassade, mineurs placés dans un dispositif de non-accès à leurs droits, tensions et menaces d’expulsions sous le règlement Dublin III dans certains Centres d’Accueil et d’Orientation, contrôles au faciès et arrestations à Calais et dans les gares de Paris au littoral, le voile humanitaire posé sur la destruction du bidonville de Calais ne tient décidément pas à l’épreuve des faits.

Mais au-delà, c’est un alliage entre des situations d’exception et de hors-droit et un recours aux dispositions répressives du droit qui peut marquer durablement le paysage de la mise en œuvre des politiques migratoires.

Vous pouvez télécharger la Quinzaine des Passeurs d’hospitalités 08/11 – 03/12/2016 ici.

Alerte expulsions vers le Soudan : expulsion expresse pour l’un, prison pour l’autre

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Les choses se sont accélérées. Barker a reçu la réponse négative à sa demande d’asile en rétention hier après-midi, il a été emmené menotté ce matin à 6h à l’aéroport Charles de Gaulle, sans avoir le temps de déposer un recours devant la Cour Nationale du Droit d’Asile, recours qui n’aurait de toute façon pas été suspensif. Expulsion musclée, cette fois-ci, sans possibilité de refus d’embarquement, résultant d’une volonté politique de mener à bien ce renvoi vers le Soudan. Il a été emmené par un vol de la Qatar Airways jusqu’à Doha, d’où un autre vol de la Qatar Airways doit l’emmener à Khartoum cette nuit.

Comme l’écrivait Amnesty International : « Les agents de sécurité interrogent systématiquement les personnes renvoyées au Soudan. Ces services ont souvent été responsables de violations graves des droits humains, tels le recours à la détention arbitraire, la torture et des mauvais traitements. »

https://www.amnesty.fr/refugies-et-migrants/actualites/france-deux-personnes-bientot-renvoyes-dans-un-pays

Un autre exilé soudanais qui avait été arrêté à Calais pendant la destruction du bidonville et enfermé au centre de rétention de Vincennes est maintenant à la prison de Fresnes. Il avait refusé d’être présenté à l’ambassade du Soudan pour que soit délivré le laissez-passer nécessaire à son expulsion. Il est poursuivi pour avoir fait obstacle à son expulsion, et emprisonné dans l’attente de son procès.

Calais opération humanitaire : choix entre la torture au Soudan et les prisons françaises. Parmi les personnes parties dans les Centres d’Accueil et d’Orientation (CAO – voir ici, ici, ici et ) combien seront déboutées de leur demande d’asile et seront placées devant ce choix ?

 

edvard_munch_-_anxietyEdvard Munch : Anxiété.

 

Paris : un camp inhumanitaire

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Paris est parfois présentée comme la banlieue de Calais, du point de vue de la migration vers le Royaume-uni. Plus précisément, un lieu où l’on arrive du fait de la centralisation du réseau de transport en France, ou l’on se renseigne, s’oriente, prend des contacts, attend une opportunité de départ, parfois aussi choisit de rester en France.

Par rapport à la frontière britannique, le renforcement des contrôles dans le port de Calais (2000) puis autour du Tunnel sous la Manche (2001), puis la fermeture du Centre de Sangatte (2002) renforcent ce rôle de lieu d’attente et de repli en cas de fortes pression policière sur les lieux de passage.

Les campements parisiens, qui apparaissent à la suite de la fermeture du Centre de Sangatte, dont le reflet de ce rôle de Paris dans les parcours migratoires, mais aussi de la politique de non-accueil des gouvernements français qui se traduit par une mise à la rue des personnes en demande de protection (mineur-e-s, demandeur-se-s d’asile), et du recul général de la solidarité publique qui conduit entre autre à un engorgement des dispositifs d’hébergement d’urgence et des formes de ségrégation de plus en plus prononcées dans l’accueil.

Comme à Calais, la politique menée est celle du déguerpissement, destruction des campements, avec ou sans arrestations, harcèlement policier. Dans le courant de l’année 2015, avec la médiatisation de l’arrivée en Europe des exilé-e-s et le courant de solidarité qu’elle suscite, le déguerpissement s’accompagne de la dispersion vers des lieux d’hébergements plus ou moins précaires, avec ou sans accompagnement, dans toute l’Île-de-France et au-delà. Ces lieux de dispersion sont progressivement devenus plus pérennes et ont été intégrés au dispositif des Centres d’Accueil et d’Orientation (CAO – voir ici, ici, ici et ), créés pour disperser les exilé-e-s de Calais, puis de Grande-Synthe près de Dunkerque.

C’est justement à Grande-Synthe qu’apparaît le premier camp humanitaire sur le territoire français (voir ici, ici et ). Créé par Médecins Sans Frontières et la municipalité pour pallier à une situation humanitaire catastrophique, sa mise en orbite médiatique en fait un objet désirable dans le paysage politique. Face à une « crise des réfugiés » fantasmée quant à son ampleur et son échelle par rapport au continent, il reproduit sur le sol européen l’action salvatrice des ONG occidentales face aux crises des tiers-mondes. Paré de cette aura, il fait passer comme évidence un instrument de ségrégation, et sert de voile à une répression renforcée.

De fait, suite à l’annonce au printemps par la maire de Paris qu’un ou des camps de réfugié-e-s allaient y être aménagés, le relogement de dispersion dans les CAO disparaît lors des expulsions de campements, qui redeviennent des mises à la rue sèches, accompagnées de rafles et de violences policières. Le feuilleton médiatique de l’ouverture du camp humanitaire au cours des six mois qui sépare l’annonce de l’ouverture du lieu (heureusement que les ONG sont plus rapides dans les zones de crise) recouvre la brutalité de la réalité (voir ici, ici et ).

Passée la destruction du bidonville de Calais, le camp ouvre enfin. À l’entrée une grosse bulle blanche, qui a mangé une bonne part du budget d’aménagement, et qui doit sans doute exprimer la rondeur d’un cocon accueillant. Une entrée et deux sorties à cette bulle, l’une vers le dedans l’autre vers le dehors. Retournent vers le dehors les couples, les familles avec enfant(s), les femmes, les mineur-e-s, et de manière générale les personnes qui n’envisagent pas de rester en France. Parfois ces personnes se seront vu proposer une solution d’hébergement plus ou moins précaire, et parfois auront dû attendre pendant des heures dans la bulle où il est interdit de manger. Pour les entrants, uniquement des hommes, la préfecture de police de Paris, qui était totalement incapable pendant des années d’enregistrer une demande d’asile en moins de plusieurs mois, organise en quelques jours la prise d’empreintes digitales et le placement éventuel en procédure Dublin qui marque l’enregistrement de la demande. Quatre cents places, une durée d’hébergement de dix jours au maximum, pas question de se poser pour réfléchir, et c’est très vite la dispersion dans des centres éloignés.

Remise à rue pour la majorité, et là le déguerpissement, le harcèlement policier et les rafles toujours, tri et dispersion pour les autres, telle est la logique du camp de Paris.

 

le-prisonnierLe Prisonnier, série télévisée des années 70. Un village factice, dont les habitant-e-s ont l’illusion de la liberté, autour de grosse bulles blanches guettent et rattrapent les personnes qui tentent de s’évader.

 

 

Alerte expulsions vers le Soudan : une pause

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Le risque d’expulsion vers le Soudan de personnes arrêtées lors de la destruction du bidonville de Calais a finalement été limité à quelques personnes envoyées au centre de rétention de Vincennes (voir ici, ici, ici et ).

Baker, qui avait eu un vol programmé pour le Soudan le 22 octobre, a refusé d’embarquer. Il a depuis déposé une demande d’asile en rétention. Il s’agit d’une procédure accélérée, qui n’implique pas sa libération. La demande doit normalement être déposée durant les cinq premiers jours de rétention, mais pour se conformer a minima à la législation européenne, la loi française a évolué et prévoit qu’exceptionnellement une demande faite après ce délais peut être recevable. En tout cas celle de Baker a été considérée comme recevable par l’OFPRA, il a a eu un entretien assez long, et il attend la réponse – positive ou négative. Dans ce dernier cas il pourra faire appel.

En cas de réponse négative, il peut toujours être expulsé. Il est donc important de rester vigilant-e-s.

On notera au passage la situation absurde d’une personne que les autorités veulent expulser et qui se trouve forcée par ces mêmes autorités à demander l’asile en France alors que son projet était d’en partir vers le Royaume-uni.

 

the_enigma_of_the_hourGiorgio de Chirico : L’Énigme de l’heure.

Délit de solidarité, ici et ailleurs

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La solidarité peut être réprimée sous différents chefs d’inculpations, et les procès se multiplient, pas seulement en France (voir ici, ici et ).

Mercredi 27 juillet, un rassemblement est prévu en hommage d’un exilé mort l’avant-veille. Devant l’augmentation du nombre de décès à la frontière, ça a été une décision inter-associative de tenir ce genre de rassemblement, par refus de la banalisation de ces morts. Celui-ci est interdit par la préfète du Pas-de-Calais au nom de l’état d’urgence. Les personnes venues au rassemblement se dispersent, mais l’une d’elle est arrêtée assez brutalement. Arrivée au commissariat, elle déclare spontanément qu’elle a un canif dans son sac. Traduction policière : rébellion, port d’arme et participation à un attroupement interdit sous l’état d’urgence.

Le procès a eu lieu hier 29 novembre. Le tribunal a relaxé sur les deux premiers chefs d’inculpation qui n’étaient pas constitués en droit, et a condamné à une amende de 400 € avec sursis pour le troisième. Même pas mal d’une certaine manière, mais ni la constitution d’un dossier à charge par la police, ni la violation du droit constitutionnel à manifester au nom d’un état d’urgence sensé servir à lutter contre le terrorisme ne posent problème devant un tribunal.

Demain à Nice, ce sera le procès d’un photographe qui faisait son travail trop près de la frontière italienne, sur le sujet trop sensible de la migration. Rappelons qu’à l’occasion de la destruction du bidonville de Calais, quatre journalistes britanniques ont été arrêtés et expulsés du territoire, et leur traducteur placé en rétention, et un journaliste français arrêté et assigné à résidence dans l’attente de son procès.

Voici ce que dit Ben Art Core de son procès :

« J’ai été arrêté le 05/08/2016 à Menton alors que j’étais dans l’exercice de mes fonctions en tant que photographe.

Les charges retenues contre moi : Délit de Solidarité
– Incitation à la révolte
– Aide directe ou indirecte, faciliter ou tenter de faciliter l’entrée, la circulation ou le séjour irrégulier d’un étranger en France
– Outrage

Après mon procès verbal à la PAF (police aux frontières) de Menton (20h de GAV), je suis passé devant le Parquet de Nice (20h de GAV) avec une inculpation complètement modifiée: seule une charge d’outrage est retenue contre moi.

La PAF ayant (indirectement) reconnu leurs erreurs, les charges et les faits ont été modifiés, afin de conforter les agents de la PAF dans leurs bon droits et de justifier l’interpellation.

Je comparaitrai dès 8h30 au Tribunal de Nice (Vieux Nice)
Vous pouvez venir à partir de 11h me soutenir et montrer votre indignation face à cet état autoritaire et par solidarité avec toutes les personnes victimes de répression parce qu’elles sont solidaires des migrants !!! NON aux injustices et à la répression policière et soutien à tout(e)s les réfugié(e)s !

Soutien : LDH Nice, Collectif migrant 06 (Nice), Collectif migrant 13 (Marseille), Action Antifa 06 … »

https://www.change.org/p/solidarit%C3%A9-avec-les-solidaires/u/18612416?tk=hXRdAYPFTqslkcAj6Eq8bCvYoRvt7TKPZAkdTOd-zvQ&utm

À Bruxelles, ce sont des passagers d’un avion qui se sont levés parce qu’ils ont entendu les cris d’une personne qui étouffait à l’arrière de l’avion, que cette personne était un expulsé que la police essayait de faire taire. Et si la police a été obligé de renoncer à l’expulsion, elle a aussi obligé quelques personnes qui étaient dans l’avion à descendre et elles sont poursuivies pour rébellion.

Le procès de deux d’entre elles a lieu à Bruxelles demain 1er décembre.

 

À Calais comme ailleurs, le procès des personnes qui refusent l’inacceptable. À quand le procès de l’inacceptable ?

 

pont_hida_etchy_hokusaiHokusai : Paysans sur un pont dans les provinces frontalières de Hida et Etchu.

Nouveaux remous autour des CAO

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Après les grèves de faim dans les Centres d’Accueil et d’Orientation de Rennes et de Beaucé, en Bretagne, c’est Coallia, opérateur pour le compte de l’État de la gestion de certains CAO (voir ici, ici, ici et ), qui est en cause dans le département de la Manche. L’association, qui affiche une image moderniste et se qualifie « d’entreprise associative« , a des activités dans le domaine du logement social, de l’hébergement et de l’insertion sociale.

Le prix de journée prévu par le dispositif CAO, 25 € par personne accueillie, ne permettant qu’un encadrement salarié restreint, il est tentant de pallier au manque de main d’œuvre en utilisant des bénévoles, et de détourner l’élan de solidarité citoyenne au profit de l’État. Encadrer strictement les bénévoles permet en outre de limiter le regard critique et les fuites d’information sur ce qui se passe réellement dans les centres.

Cette situation suscite l’indignation de personnes solidaires des exilé-e-s pour lesquelles une réelle action de soutien est contradictoire avec la subordination à l’État et aux opérateurs de sa politique, comme en témoigne la lettre ouverte ci-dessous :

 

« Lettre ouverte au collectif solidarité migrant 50 et à l’association Coallia

Nous qui n’avons pas adhéré à votre collectif, nous souhaitons vous informer de nos raisons.
Nous avons été très étonné-es de la précipitation avec laquelle ce collectif a été créé, par le manque de concertation et de transparence quant à son organisation. Il n’est pas anodin qu’un collectif de bénévoles soit issu d’une association inféodée à l’État : Coallia.

A la réunion de présentation du collectif, nous avons entendu que les bénévoles souhaitant intervenir devaient fournir leur état civil. Les listes des noms seraient alors transmises à la préfecture pour avoir l’autorisation de rentrer en contact avec les réfugiés. Les personnes fichées S ne seront pas autorisées à venir dans les CAO. Cela concerne de nombreux militants écologistes, opposants à la loi travail, soutiens aux migrants. Celles-ci ont été fichées S dans la foulée de l’État d’urgence avec comme volonté de criminaliser toute forme d’opposition.
Nous avons entendu qu’il ne fallait pas avoir de relations avec les médias, seuls les membres fondateurs communiquent à l’extérieur.
Nous avons entendu les bons conseils :
la moitié finira dans un charter alors ne vous attachez pas trop ;
si vous donnez vos numéros de téléphone, c’est à vos risques et périls.

Nous avons entendu que Coallia gérait l’hébergement, la nourriture et l’administratif, et, que le CSM50 n’avait qu’une visée occupationnelle. Or, nous avons fait remonter qu’à Cerisy-la-Forêt, les réfugiés se plaignaient du manque de nourriture, il nous a été répondu-es : « ils ne savent pas partager ». Gérer l’hébergement ? Coallia n’a pas hésité à prévenir la police quand des travailleurs immigrés se sont retrouvés en situation irrégulière dans le foyer Tuiller, en Île de France. Coallia trahit les engagements moraux du travail social.

Nous avons entendu que le collectif était apolitique et non-militant, et qu’il avait la prétention de contrôler toute intervention auprès des réfugiés.
Nous avons compris que nous étions sommé-es de nous plier aux règles qui avaient été arbitrairement imposées par les 15 membres fondateurs du CSM50.

Le CSM 50 vise à étouffer toutes autres formes d’organisations et à maintenir les réfugié-es dans un état d’isolement et de dépendance infantilisante. C’est une atteinte aux libertés. Sans informations ils ne peuvent pas prendre de vraies décisions pour eux-même, ils ne peuvent pas faire valoir leurs droits et décider de leur avenir.
Lorsque des brochures sur les droits des demandeurs d’asile déboutés ont été distribuées, une bénévole du CSM50 en a aussitôt averti le directeur régional de Coallia. Pas besoin de police, les bénévoles du CSM 50 s’en chargent.
Nous avons appris ultérieurement que le directeur avait imposé de reprendre toutes les brochures distribuées, allant jusqu’à les chercher dans leur chambre, sous les matelas. Dans quel genre d’endroit et de pays contrôle-t-on la lecture et l’information ?

Cela n’est pas notre conception de la solidarité.

Nous n’avons pas attendu et n’allons pas attendre ce collectif pour être actif-active , ici comme ailleurs, avec des réfugié-es.
Beaucoup d’entre nous font parti d’associations et de collectifs, et connaissent les difficultés mais aussi les richesses qu’il y a à s’organiser ensemble.
Les réfugiés n’étaient pas conviés à cette réunion, d’après un des « membres fondateurs  » cela n’était pas l’objet de la réunion… Nous pensons que cette attitude est infantilisante, ramène les réfugié-es au statut d’objet que l’on déplace sans les en informer, que l’on occupe pour qu’ils se tiennent tranquilles.
Nous pensons qu’il n’est pas possible de s’organiser au-dessus d’eux, sans eux, qu’il faut faire « avec » et non pas « pour ». Les réfugié-es sont des humains libres, pensant, sachant et pouvant s’organiser de façon autonome.
Nous n’agissons pas par charité mais bien parce que nous sommes révolté-es par les conditions dans lesquelles ils/elles sont arrivé-es en Europe, par le nombre de personnes qui ont laissé leur vie dans la méditerranée. Nous n’ignorons pas que la France est un des plus grands vendeurs d’armes au monde. De grandes entreprises françaises (Thalés, Bouygue, Vinci …) vendent des armes et « sécurisent » les frontières de l’Europe, de façon mortifère. La politique étrangère et militaire, le passé colonial mais surtout les intérêts économiques (or, uranium, diamant, pétrole,…) de la France sont pleinement responsables des situations que les réfugié-es ont dû quitter.
L’État compte sur la générosité populaire pour palier au manque matériel dans les CAO, alors que dans le même temps lors des évacuations, il n’hésite pas à jeter dans les bennes à ordures les dons des populations solidaires avec les migrant-es. C’est scandaleusement banal.

Nous pensons qu’ici comme à Calais les migrant-es sont les bienvenu-es, que chacun-e a le droit de se rendre là où il le souhaite, là où la nécessité le pousse.
Est-ce dire qu’un collectif est apolitique parce qu’il ne fait pas de vague, obéit aux injonctions de l’État, s’autopolice et entend policer les autres, infantilise les réfugié-es et organise leur isolement ?

Un collectif est-il apolitique lorsqu’il demande aux bénévoles de fournir leur identité, de ne pas s’attacher aux réfugié-es (pour s’assurer de leurs expulsions sans vagues ?), de faire de « l’occupationel » (mot emprunté au monde du travail social généralement utilisé autour du handicap lourd : foyer occupationel) terme autour duquel il y aurait beaucoup à dire tant il véhicule du mépris et de la condescendance pour des personnes qui ne feraient de leur vie rien d’autre que d’occuper le temps qui passe ???

Hum… Hum…et tout ceci ne serait pas politique ?

Nous pensons au contraire que ce type d’organisation est très politique. Qu’elle agit et collabore avec l’État dans un souci de lisser la situation, de diluer le « problème migrant  » sur l’hexagone, d’offrir une image de l’évacuation de Calais réussie aux médias. Tout ceci dans un contexte d’élection présidentielle à venir.

Nous pensons que dans la vie, tout est politique.

Nous luttons pour les droits des migrant-es parce que ce sont aussi nos droits.
Nous luttons pour leur liberté parce qu’il s’agit aussi de notre liberté.

No Borders ! No fronteras ! بلا حدود ! Keine Grenzen ! Senza confini ! Uπάρχουν σύνορα !
Amy Grant & Lee Berty »

 

tsunami_by_hokusai_19th_centuryHokusai : La Grande Vague de Kanagawa.