Calais – Paris : la guerre des douches et des petits-déjeuners

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À Calais, la guerre des douches continue (voir ici, ici et ), menée à la fois par la municipalité et par l’État contre les personnes à la rue qui viennent se laver et contre le Secours catholique qui a installé des modulaires de douche dans la cour d’un hangar dont l’association est propriétaire.

Cet après-midi, à l’heure où les douches devaient commencer, quatre fourgons de CRS et une voiture banalisée sont postés près de l’entrée. Les policiers contrôlent le premier véhicule qui amène des exilés, et arrêtent les sept mineurs qui s’y trouvent, puis trois mineurs et quatre majeurs dans le véhicule suivant. D’après les policiers, les mineurs seraient emmenés au centre d’accueil de mineurs isolés étrangers géré par France Terre d’Asile à Saint-Omer, à 30 km de Calais. Où ils ne resteront pas s’ils veulent essayer de passer au Royaume-uni, et dans ce cas ils reviendront à pied, ou en train au risque de se faire à nouveau arrêter lors des contrôles systématiques au faciès qui ont lieur en gare de Calais (voir ici, ici, ici et ). Les policiers disent agir sur réquisition du procureur, ce qui voudrait dire que celui-ci considère le fait de prendre une douche comme une menace à l’ordre public, justifiant ces contrôles.

Les douches n’ont donc pas eu lieu cet après-midi, pour que les personnes qui viennent se laver ne soient pas arrêtées.

À Paris, c’est la guerre des petits-déjeuners. Le 16 février, les bénévoles qui viennent distribuer des petits déjeuner aux exilé-e-s qui dorment dehors autour du camp dit « humanitaire » mis en place par la mairie de Paris porte de la Chapelle (voir ici, ici et ) se voient interdire de le faire par la police, qui présente un document qui serait un arrêté émanant de la préfecture de police. Qui nie avoir pris un tel arrêté. Des blocs de pierre ont par ailleurs été mis aux alentours par la mairie pour empêcher les gens de dormir à proximité.

Sur la page du collectif Solidarité migrants Wilson, 16 février :

https://www.facebook.com/Solidarit%C3%A9-migrants-Wilson-598228360377940/

« 16/02 HONTEUX : par ordre du préfet, toute distribution de nourriture et de boisson autour du centre est désormais INTERDITE !

Après les retraits de couvertures, après les dispersions, APRÈS LES PIERRES, on passe à l’étape suivante : les migrants sont EMPÊCHÉS DE MANGER.
8H30 ce matin, alors qu’on va voir les policiers pour signaler notre présence, ils nous interdisent de distribuer. Ni devant le centre. Ni devant la déchetterie. Ni de l’autre côté du carrefour. Nulle part. Et pour faire bonne mesure, ils nous mettent deux amendes au moment où on part (5èmes amendes pour notre petit collectif) !
Nous avons vu, de loin, le document émanant de la préfecture, et qui détaillait toutes les localisations qui nous étaient interdites. Rassurons-nous, nous avons pu les distribuer, nos 45 litres de liquides chauds et tous nos sacs d’invendus de boulangerie, mais dans quelles conditions ! Cachés bien au-delà du pont, sur un coin de trottoir dont on ne savait pas si on ne nous en délogerait pas encore, et où des centaines de migrants (300 gobelets partis ce matin) ont malgré tout réussi à nous trouver.
L’autre scandale c’est que désormais, c’est confirmé, il n’y a plus rien à manger ni à boire pour les migrants admis en accueil de jour à l’intérieur du centre ! Ils y passent la journée le ventre vide. Les bénévoles qui gèrent cet accueil en sont à récupérer les restes de nos distributions pour avoir eux-mêmes quelque chose a distribuer à l’intérieur ! Hier une famille y a été hébergée toute la journée et les bénévoles n’avaient même pas une bouteille d’eau à donner aux enfants : eh oui, c’est aussi ça l’accueil dont se gargarise la Mairie de Paris.
Et désormais, plus personne n’aura accès aux trottoirs du centre pour au moins nourrir et réchauffer les hommes de la file d’attente…

MAIS COMMENT SONT CENSÉS SE NOURRIR TOUS CES HOMMES, CES FEMMES, CES ENFANTS ?

NOUS CONTINUERONS MALGRE LES INTIMIDATIONS !
COMMENT NOUS AIDER ? Vous pouvez nous soutenir financièrement via notre cagnotte en ligne https://www.leetchi.com/c/solidarite-migrants-wilson
Et vous pouvez nous rejoindre en vous inscrivant sur notre planning en ligne https://docs.google.com/…/1CDTu2aZcuhldwhfPfrch75Fxfs…/edit…, l’idée étant de tourner en étant très nombreux à s’inscrire une fois par mois pour assurer une présence quotidienne.

Ajouté le 18 février : vous avez été nombreux à vous joindre à notre appel à rejoindre notre petit-déjeuner de ce matin pour soutenir notre droit à être solidaires et humains tout simplement ! MERCI A TOUS. »

« INTERDICTION DE DISTRIBUTION : la suite
J’ai appelé la Préfecture de Paris pour en avoir le cœur net.
Voici la réponse qui m’a été faite : « Il n’y a pas d’arrêté. Pas d’interdiction de distribuer. Juste quelques zones limitées de restriction. »
Alors évidemment, je me suis étonnée : Et le document que le policier m’a lu, et montré, qui était daté du 13 février, jour où les policiers ont chassé les bénévoles de Solidarité Migrants Wilson en pleine distribution ? Et l’interdiction formelle qui nous a été faite de distribuer ?
Réponse : « Il n’y a pas d’arrêté. » Mais ce papier officiel alors? Réponse : « Il n’y a pas d’arrêté », s’il n’y pas d’arrêté de quoi s’agit-il alors? Réponse : « Il n’y a pas d’arrêté »
Et que doit-on faire demain si on nous interdit à nouveau de distribuer ?  » Eh bien vous obéirez aux policiers, bien sûr. Quoi qu’ils vous demandent. Pour des raisons de sécurité. »
Et les amendes ?  » Si on vous en a mis, c’est forcément que vous aviez commencé à distribuer alors qu’on vous l’avait interdit. » (nous n’avions pas commencé à distribuer ; nous nous éloignions conformément à leur interdiction lorsqu’il nous ont mis les amendes).

Voilà…
On ne sait toujours pas quelle était la nature ce document. On l’a bel et bien vu, même de loin. Et il nous a bien été lu. Alors, si nous avons bien compris ce qu’a dit et répété la préfecture ( « Il n’y a pas d’arrêté »), de quoi s’agissait-il ? D’un document interne, de consignes écrites à destination policiers du terrain ?
On ne sait pas non plus de quelle préfecture il émane. Serait-ce la préfecture de Seine-Saint-Denis, qui était sur place ce fameux lundi 13 ? Pourtant le « Centre humanitaire PARIS Nord » relève bien de la juridiction de Paris, non ?
On ne sait pas ce qui y était vraiment écrit et quelle part aurait pu relever de l’interprétation d’un fonctionnaire un peu trop zélé : nous l’avons vu de trop loin.
Ce qui est sûr c’est que notre distribution a été interdite aux abords du centre, que nos interventions qui relèvent simplement du simple bon sens humanitaire sont chaque jour plus difficiles, et que nous voulons simplement pouvoir continuer tant que la question n’est pas prise en charge par les autorités publiques comme il nous semble qu’elle devrait l’être. Qu’en attendant on permette au moins aux gens de dormir, de se protéger de la pluie, de boire de l’eau et de manger. »

http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20170216.OBS5413/paris-des-benevoles-empeches-de-nourrir-des-migrants-pres-du-centre-de-la-chapelle.html

La médiatisation semble avoir fait reculer la préfecture et la mairie par rapport à l’interdiction sur les petits déjeuners, mais du coup la police multiplie les amendes sur les véhicules des bénévoles, comme elle le faisait à Calais.

http://www.huffingtonpost.fr/2017/02/17/paris-benevoles-migrants-accables-amendes-stationnement-genant/

 

callot-jeu-paumeJacques Callot : Le Jeu de Paume sur la place Santa Croce à Florence.

À Calais, quand parlent les maisons vides

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Calais, d’un côté des personnes à la rue, de l’autre des bâtiments vides, maisons, entrepôts, anciens bâtiments industriels, signe de la désindustrialisation et de la crise (voir ici, ici, ici et ). Devant cette injustice, des gens à la rue à côté de maisons vides, dans la nuit de dimanche à lundi, les maison vides de Calais se sont mises à parler, à dire combien leurs murs étaient froids par manque de chaleur humaine.

 

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Trêve hivernale pour les bidonvilles : leurre ou réalité ?

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La loi du 27 janvier 2017 étend à l’ensemble des habitats les garanties de la trêve hivernale, comme s’en réjouit Amnesty International, soulignant toutefois la précarité de cette solution face au développement de la pauvreté et de la précarité de l’habitat.

https://www.amnesty.fr/actualites/la-treve-hivernale-enfin-pour-les-bidonvilles

La loi est donc améliorée. Mais sur le terrain, qu’on soit à Calais, Dieppe (voir ici, ici, ici, ici et ) ou Steenvoorde (voir ici et ), on assiste aux mêmes destructions de tentes et d’effets personnels, accompagné de rafles, parfois après un jugement, mais souvent aussi en l’absence de toute décision légale. Le changement de la loi risque fort de ne pas suffire, là où l’État viole ses propres lois.

Vous pouvez télécharger le communiqué de Romeurop avec les articles de loi concernés ici.

 

Pentax Digital CameraCalais, le campement derrière le supermarché Leaderprice après un premier passage des bulldozers, avril 2015.

 

Avec le délit de solidarité, le délit d’informer

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L’arrestation le 15 février dernier d’Haydée Sabéran, journaliste à Libération, n’est pas un cas isolé. Qu’il s’agisse de la destruction du bidonville de Calais ou de la répression de la solidarité à la frontière franco-italienne, les arrestations de journalistes couvrant les événements se multiplient, là où le gouvernement ne veut pas de témoins.

Le 20 octobre dernier, quatre journalistes britanniques travaillant pour The Independent et leur traducteur tunisien, qui couvraient les préparatifs de la destruction du bidonville, ont été arrêté-e-s et placé-e-s en garde-à-vue, dans des conditions particulièrement dégradantes. Les quatre journalistes ont été expulsé-e-s vers le Royaume-uni, et le traducteur enfermé en centre de rétention, puis libéré.

http://taranis.news/2016/11/calais-quatre-journalistes-anglais-places-en-gav-et-expulses-la-veille-de-lexpulsion-de-la-jungle/

http://www.reportdigital.co.uk/search/preview/documentary-team-richard-parry-and-lydia-hirst-macdonald-describing-their-24/0_00104891.html

 

Le 26 octobre, c’est Gaspar Glanz, journaliste du site Taranis News, qui est arrêté et gardé à vue pendant 33h, puis placé en contrôle judiciaire dans l’attente de son procès, contrôle judiciaire entravant son activité de journaliste, qui implique de pouvoir se déplacer.

http://taranis.news/2016/10/33h-de-garde-a-vue-vous-savez-ca-vient-den-haut-de-tout-en-haut/

 

À la frontière franco-italienne, le photographe indépendant Ben Art’core est arrêté le 5 août 2016 pour incitation à la rébellion, qui se transforme en outrage en vers quatre officiers de police qui ne se présenteront pas à l’audience. Son procès a eu lieu le 15 février, le verdict est attendu pour le 3 mars.

http://roya06.unblog.fr/2017/02/08/solidaires-avec-ben-art-core-au-tgi-de-nice-mercredi-82-13h30/

https://www.facebook.com/groups/123081368042139/permalink/404336879916585/

 

Dans la nuit du 19 au 20 janvier 2017, la directrice de publication de L’Âge de faire, Lisa Giachino, a été arrêtée alors qu’elle suivant un groupe d’exilés dans le cadre de son travail de journaliste pour la revue. Elle a été libérée sans poursuites.

http://www.lagedefaire-lejournal.fr/abonnez-votre-commissariat/

 

Au classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières, la France est au 45e rang sur 181 pays. Elle a régressé de 7 places entre 2015 et 2016, témoignage des pratiques du gouvernement actuel. Sur une durée plus longue, en 2002 elle était au 11e rang sur 134 pays.

https://rsf.org/fr/classement

https://rsf.org/fr/france

 

 

18 février : manifestations de soutien aux exilé-e-s

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Samedi 18 février, de manière concertée, des manifestations ont lieu dans plusieurs villes de France, en solidarité avec les exilé-e-s, éventuellement organisées avec celles et ceux-ci.

 

Besançon :

Manifestation à 14h place Pasteur en solidarité avec toutes les personnes migrantes.

https://www.infolibertaire.net/besancon-manif-de-solidarite-avec-les-migrants-samedi-18-fevrier-2017/

besancon-18-02

 

Caen :

Rassemblement à 14h place Bouchard suite notamment à l’expulsion du squat Drouet le 9 février, pour la liberté de circulation et les politiques anti-migratoires et sécuritaires.

https://agcontrelesexpulsions.wordpress.com/2017/02/12/rassemblement-le-samedi-18-fevrier-a-14h-place-bouchard-a-caen/

caen-rassemblement-18-02-1caen-rassemblement-18-02-2

 

Marseille :

Rassemblement de 14h à 16h place Félix Baret « Dignité des personnes en CAO ».

https://www.facebook.com/events/1237580999622926/

Texte de l’appel :

« A l’appel des copains des CAO de Marseille qui revendiquent dignité et respect des promesses d’asile :

« Nous sommes des migrants, des exilés du Soudan, d’Afghanistan etc…, et depuis le démantèlement du camp de Calais en octobre dernier, nous sommes hébergés dans des CAO (Centre d’Accueil et d’Orientation) éparpillés dans Marseille et alentour. Au moment de quitter la jungle, nous avons reçu de nombreuses promesses des responsables du gouvernement comme quoi nous pourrions faire notre demande d’asile en France… et que le règlement « Dublin » ne serait pas appliqué.

Ce règlement nous empêche de déposer une demande d’asile en France et consiste à nous renvoyer dans le premier pays européen où on a pris nos empreintes. Pour la majorité d’entre nous, c’est l’Italie : nos empreintes ont été enregistrées là-bas sous la contrainte, parfois sous les menaces physiques, et sans aucune explication. Aujourd’hui, on nous dit que les promesses du gouvernement français ne seront pas tenues, et qu’on va nous renvoyer en Italie.

Nous ne voulons pas partir là-bas. Nous voulons que nos empreintes soient effacées, pour faire nos démarches de demande d’asile en France. L’Italie ou Calais, c’est la même chose : dormir dans la rue, dormir dans la jungle, sans aucun moyen, sous la menace de la violence policière. Nous ne voulons plus patienter. Nous voulons enfin pouvoir vivre nos vies.

NOUS NOUS RASSEMBLONS AUJOURD’HUI, COLLECTIVEMENT, POUR QUE LES PROMESSES SOIENT RESPECTEES ET QUE NOUS PUISSIONS FAIRE NOTRE DEMANDE D’ASILE A MARSEILLE.

Rendez-vous devant la préfecture SAMEDI 18 février à 14h.

MERCI DE VOTRE SOLIDARITE ! »

Vous pouvez télécharger le tract d’appel ici.

 

Toulouse :

Vendredi 17 février au Centre Social Autogéré 15, rue Roquelaine, métro Jeanne d’Arc : soirée de soutien aux exilé-e-s des CAO de Toulouse et des alentours.

http://iaata.info/Soiree-de-soutien-aux-exile-es-des-CAO-de-Toulouse-et-alentours-1875.html

toulouse-17-02

Samedi 18 février manifestation à 14h au départ de la place Arnaud Bernard « Aucun être humain n’est illégal ».

http://iaata.info/Manifestation-le-18-02-aucun-etre-humain-n-est-illegal-1873.html

Texte de l’appel :

« Manifestation le 18/02 : aucun être humain n’est illégal

A Toulouse, les membres du collectif solidarité migrant-es 31 appellent à manifester en solidarité avec toutes les personnes sans-papiers dans le cadre d’une journée d’action nationale. Manifestation à 14h au départ d’Arnaud Bernard, samedi 18 février.

Mineurs isolé-e-s étrangers, personnes expulsées de Calais en CAO, personnes exilées à la rue, ou dans des squats, personnes souhaitant accéder aux soins… : nombreuses sont les personnes sans papiers qui subissent au quotidien un traitement inhumain de la part de l’Etat français et des institutions.

La demande d’asile, c’est à dire le droit d’obtenir des papiers pour avoir fui une situation dangereuse, est un véritable parcours du combattant, au terme de laquelle l’immense majorité des demandeu(r)ses sont refusé-e-s. Et pour les autres qui souhaitent venir en France pour des motifs différents, la situation n’est pas plus facile. En Haute-Garonne, toutes autres demandes de titre de séjour (travail, soin, famille, étudiant, etc.) sont presque systématiquement refusées.

Au delà de la situation juridique, les conditions d’existences des personnes exilées sont très précaires : mineurs isolé-e-s et familles à la rue, non-accès au soin, non versement des droits (tels que l’ADA, aide pour les personnes en demande d’asile), perte d’autonomie (impossibilité de se faire soi même à manger dans certains centres), traitement infantilisant, accès très difficile à des cours de français, isolement dans les démarches (absence de traducteur-ices dans l’accompagnement), emplois très précaires et sous-payés…

L’Etat cherche à diviser et à épuiser. Les institutions traitent au cas par cas chaque situation individuelle et isolent chaque personne face à la machine administrative afin de mieux maintenir les personnes exilées dans l’attente, et faire en sorte qu’elles se découragent, puis partent.

A l’isolement et à la division, nous lui opposons la solidarité et la force du collectif : face aux politiques répressives et d’anti-accueil de l’Etat, construisons nos solidarités et exigeons l’application des droits souvent bafoués.

Nous sommes donc solidaires de toutes et tous les militant-e-s qui passent en procès pour avoir soutenu des personnes migrantes. Nous ne pouvons accepter que le gouvernement criminalise un devoir élémentaire qu’est la solidarité et de faire des militant-e-s des délinquant-e-s. »

 

Calais : la journaliste Haydée Sabéran, une salariée du Secours catholique et sept mineurs arrêtés devant les douches

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Comme si la préfète du Pas-de-Calais voulait célébrer sa promotion comme préfète de la région Normandie (http://www.lavoixdunord.fr/119050/article/2017-02-15/la-prefete-fabienne-buccio-quitte-le-pas-de-calais), après une nouvelle expulsion d’un Soudanais au Soudan et le risque d’expulsion d’un Érythrée vers ce même pays, une opération de police qui allie la chasse aux mineurs, la chasse aux personnes solidaires et la chasse aux journalistes.

La mise en place par le Secours catholique de douches pour les exilé-e-s sans-abris avait déjà déclenché l’hostilité de la mairie de Calais (voir ici et ). L’État se lance maintenant dans la course contre les douches. Cet après-midi, trois fourgons de CRS sont garés en face de l’entrée. À l’arrivée de la fourgonnette du Secours catholique, les policiers contrôlent et arrêtent les personnes présentes, sept mineurs qui viennent prendre une douche, Mariam Guerey, salariée du Secours catholique, et Haydée Sabéran, journaliste à Libération, qui couvre le terrain calaisien depuis de nombreuses années.

https://twitter.com/HaydeeSaberan

Lors de tout contrôle, les CRS réfèrent à leur hiérarchie par radio. L’arrestation des mineurs, de la salariée du Secours catholique et de la journaliste a donc été validé par la hiérarchie. Toutes ces personnes ont été emmenées à la brigade s’occupant de la répression des activités des « passeurs », ce qui veut dire que pesaient sur la salariée du Secours catholique et sur la journaliste dans l’exercice de leurs fonctions les charges prévues par l’article L 622-1 du CESEDA (Code de l’Entrée et du Séjour des Étrangers et du Droit d’Asile) qui prévoit que « toute personne qui aura, par aide directe ou indirecte, facilité ou tenté de faciliter l’entrée, la circulation ou le séjour irréguliers, d’un étranger en France sera punie d’un emprisonnement de cinq ans et d’une amende de 30 000 Euros ».

Alors bien sûr, à l’arrivée au commissariat, le ton a changé, la possible garde-à-vue s’est transformée en audition libre, et tout le monde a été relâché – relâché pour les mineurs, ça signifie non seulement ne pas avoir pris de douche, mais se retrouver à la rue, ce qui est symptomatique de la manière dont la police considère la protection de l’enfance en danger (voir ici et ).

Il n’en reste pas moins que la menace est claire, tant pour les personnes solidaires que pour les journalistes, à partir du moment où une journaliste connue n’est pas dans les parages.

Le combat pour l’accès à l’hygiène de base continue, puisque la mairie de Calais vient de publier un arrêté interruptif des travaux, qui est caduc puisque les douches sont installées et qu’aucuns travaux ne sont au cours. Ça fera tout au moins du contentieux qui donne l’impression de faire quelque chose, et entrave d’autant la solidarité.

 

tractopelle-grue-construction2Yang Yongliang : From the New World (détail).

 

Alerte : expulsion vers le Soudan ce matin + risque d’expulsion d’un Érythréen vers le Soudan

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Un exilé soudanais arrêté à Calais a été expulsé ce matin vers le Soudan à partir du centre de rétention de Oissel, près de Rouen.

Pourquoi Oissel ? Vraisemblablement parce que la jurisprudence du tribunal administratif de Lille est d’annuler les Obligations de Quitter le Territoire Français (OQTF) sans pays de destination, ou avec le Soudan comme pays de destination en raison des risques de torture et de traitements inhumains et dégradants en cas de renvoi (sur la base de l’article 3 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme). Le juge d’appel de Douai pour le Juge des Libertés et de la Détention met fin au placement en rétention sur les mêmes bases. Donc expulsion difficile vers le Soudan à partir du centre de rétention de Coquelles, près de Calais.

Les juges de Rouen ne suivent pas du tout la même ligne jurisprudentielle, donc expulsion possible à partir de Oissel.

Un exilé érythréen fait aussi l’objet d’une OQTF vers le Soudan. Le consulat du Soudan a délivré au laissez-passer, considérant cette personne comme soudanaise, donc elle risque d’être expulsée vers ce pays. Le Soudan expulse lui-même vers l’Érythrée.

Là encore on a l’impression d’une stratégie détournée : les consulats d’Érythrée ne délivrent pas de laissez-passer, alors on passe par le Soudan, plus complaisant.

Par ailleurs, deux exilés soudanais sont actuellement au centre de rétention de Coquelles avec des OQTF pour le Soudan. Eux risquent fort d’être libérés en raison de la jurisprudence des tribunaux du Nord, mais il convient de rester vigilant-e-s.

France Terre d’Asile, association présente dans les centres de rétention de Coquelles et de Oissel, ne semble pas vouloir communiquer sur le sujet pourtant particulièrement grave, confirmant là son absence de distance avec la politique du gouvernement.

Mise à jour 15/02/2017 – 20h30 : les deux Soudanais enfermés au centre de rétention de Coquelles ont été libérés par la cour d’appel de Douai. Le tribunal administratif ne s’est pas encore prononcé sur l’annulation de leur OQTF.

 

Ce que vous pouvez faire :

Interpeller le ministre de l’intérieur pour demander de stopper l’expulsion :

sec.immigration@interieur.gouv.fr

Interpeller la préfète du Pas-de-Calais pour lui demander d’annuler toutes les OQTF pour le Soudan :

http://pas-de-calais.gouv.fr/Contactez-nous

fabienne.buccio@pas-de-calais.pref.gouv.fr

 

urgent

 

 

Calais : politique spectacle et déni de droit

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Calais est une ville profondément impactée par la crise économique, la désindustrialisation, le chômage et l’accroissement de la pauvreté qui en résulte qui en résultent, et l’impact de cette situation sur l’économie locale en général. Les choix en matière d’aménagement du territoire aggravent cette situation, avec notamment la création de vastes zones commerciales en périphérie, dont la Cité Europe liée au Tunnel sous la Manche, et la fermeture du port qui crée une barrière entre celui-ci et ses passager-ère-s et la ville. Ces choix ont un impact négatif sur les commerces de centre-ville.

Une autre caractéristique du territoire est d’être une ville-frontière, où se trouvent bloquées, de manière visible depuis trente ans, les populations empêchées d’accéder au territoire britannique du fait de politiques anti-migratoires qui sont durcies au fil des années. Il s’agit principalement depuis la fin des années 90 de personnes venues chercher une protection en Europe.

Le rôle des pouvoirs publics devrait être de trouver, chacun à leur échelle, de la commune à l’État et à l’Union européenne, des réponses à ces situations, favorisant un mieux être des populations concernées, sédentaires ou de passage. C’est en tout cas un paradigme qui traverse l’histoire européenne, passant par les Lumière et l’après seconde Guerre mondiale avec la généralisation de la protection sociale, la Charte de l’ONU, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme ou la Convention de Genève relative au statut des réfugiés.

Et c’est au dépeçage de ce paradigme que nous assistons, et ce n’est pas un hasard si nous assistons à la fois au démantèlement des droits sociaux et de ceux des réfugié-e-s par les politiques nationales et européennes, dans le même temps.

Pour distraire notre nostalgie des effets de ce paradigme protecteur et émancipateur se montre à nous, fai-te-s électeurs et électrices, la politique spectacle, art de montrer et de cacher. Montrer une action et cacher une absence.

À une échelle toute locale, c’est ce qui s’est passé ce mercredi 8 février. Une association tente de répondre à un problème de précarité, d’accès à l’hygiène et de santé publique en installant des modulaires de douche sur un terrain qui est sa propriété. Le chef de cabinet de la maire de Calais surgit, comme dans les séries américaines, dans sa voiture pour bloquer l’accès, suivi d’une benne à ordures qui condamne l’entrée. Déplacement, la mairie se mettant en scène protectrice de la population contre le danger que représenteraient les « migrants » et par là les associations qui les aident, et voilant ainsi son incurie à faire face aux causes réelles de dégradation de la situation économique et sociale locale.

Le droit a son inertie par rapport au démantèlement du paradigme protecteur, et la toute puissance de l’arbitraire des élus locaux ou nationaux n’y est pas encore consacrée.

L’action cow-boyesque de la maire de Calais s’est trouvée condamnée par le tribunal administratif de Lille.

Vous pouvez lire l’ordonnance du tribunal administratif de Lille ici.

 

hare-1502Albrecht Dürer : Lièvre.

Après les No Border, les cathos

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Il y a eu, tant pour la maire de Calais que pour les représentant-e-s de l’État, les No Border, présentés comme de dangereux activistes d’ultragauche semant le désordre et la désolation par tout le Calaisis (voir ici, ici, ici ou ), argument utilisé comme justification à des arrêtés préfectoraux pris au nom de l’état d’urgence (relire à ce titre les considérant de l’arrêté instituant « une zone de protection » en vue de la destruction du bidonville de Calais, véritable morceau d’anthologie). Le ridicule ne tuant pas cet épouvantail semblait pouvoir durer toujours, mais l’absence de concrétisation de cette terrible menace devait commencer à devenir gênante.

Alors, la municipalité s’attaque maintenant au nouveau démon, le Secours catholique. Après les poursuites engagées contre les « squatteurs », principalement des mineurs, s’abritant autour de l’accueil de jour géré par cette association, On a le blocage des douches.

Le Secours catholique est propriétaire d’un hangar dans Calais, qui sert pour les distributions de vêtements et pour ses bureaux. Mercredi 8 février, l’association se fait livrer deux modulaires de quatre douches chacun et un pour l’accueil, pour les personnes à la rue, dans un contexte où des cas de gale ont été rencontrés. Un membre du cabinet de la maire gare sa voiture devant l’entrée, bloquant l’arrivée du dernier modulaire, puis la mairie fait installer un conteneur à ordures pour continuer à bloquer l’accès – l’accès du modulaire, mais aussi celui des secours en cas d’incendie.

http://www.lemonde.fr/societe/article/2017/02/09/migrants-a-calais-la-municipalite-bloque-l-entree-d-un-batiment-du-secours-catholique_5077132_3224.html#

Le Secours catholique a saisi le tribunal administratif de cette voie de fait, l’audience aura lieu demain lundi 13 février à 10h au tribunal administratif de Lille.

Ce glissement n’est pas sans nous rappeler un texte connu du pasteur Martin Niemöller, qui s’était opposé à la persécution des Juifs par le régime nazi et avait été enfermé dans les camps de concentration de Sachsenhausen, puis de Dachau. Il existe plusieurs versions de ce texte, dont le sens global est le même, en voici une :

« Quand ils sont venus chercher les communistes,
je n’ai rien dit.
je n’étais pas communiste
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,
je n’ai rien dit.
je n’étais pas syndicaliste
Quand ils sont venus chercher les juifs,
je n’ai rien dit.
je n’étais pas juif
Quand ils sont venus chercher les catholiques,
je n’ai rien dit.
je n’étais pas catholique
Et, puis ils sont venus me chercher.
Et il ne restait plus personne pour protester

Als die Nazis die Kommunisten holten,
Habe ich geschwiegen ;
Ich war ja kein kommunist.
Als sie die Sozialdemokraten einsperrten,
habe ich geschwiegen ;
ich war ja kein Sozialdemokrat.
Als sir di Juden holten,
Habe ich geschwiegen ;
Ich war ja kein Jude.
Als sie die Katholiken holten,
habe ich nicht protestiert ;
Ich war ja kein Katholik.
Als sie mich holten, gab es keinen mehr,
der protestieren konnte. »

 

duerer_-_ritter_tod_und_teufel_der_reutherAlbrecht Dürer : La chevalier, la mort et le diable.

Calais : mineurs sous la neige

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Chaque week-end, les choses se répètent : des mineurs demandent à être mis à l’abri, et un nombre plus ou moins important sont laissés à la rue. Cela commence le vendredi soir, la demande se fait plus forte pour la nuit de samedi à dimanche, pour diminuer le dimanche soir.

Ces mineurs n’apparaissent pas soudainement ainsi à Calais pour le week-end. Le lieu de mise à l’abri, géré par France Terre d’Asile, est un Saint-Omer, à trente kilomètres de Calais. Pendant la semaine, les mineurs tentent le passage à Calais, et vivent dans les conditions hyper-précaires qu’on connaît, aggravées par la traque policière mise en place depuis la destruction du bidonville. le week-end, il y a moins de camions, d’où ces demandes de mise à l’abri.

Le week-end dernier, quinze mineurs ont ainsi arrêtés par la police aux frontières le samedi en début d’après-midi. La police a contacté France Terre d’Asile qui a répondu qu’il n’y avait pas de place, ce qui a été confirmé aux associations qui ont appelé plus tard dans l’après-midi. On ne sait pas où ont dormi ces mineurs. En début de soirée, cinq autres mineurs sont en demande d’hébergement, faute de solution ils dormiront chez des bénévoles.

Le week-end des 21 et 22 janvier a été celui des fantaisies juridiques. Trois mineurs arrêtés par la PAF, qui prend contact avec France Terre d’Asile. Refus de prise en charge – sans notification écrite. Le problème puisqu’une procédure a été entamée c’est que faire des mineurs. Les policiers disent aux mineurs que s’ils veulent sortir l’un d’eux doit se déclarer majeur, comme ça on rattache les deux autres mineurs au soit-disant majeur qui en a la charge, et on met tout le monde dehors. Ce qui fut fait. Le soi-disant majeur avec sur lui un document du CAOMI (Centre d’Accueil et d’Orientation pour Mineurs Isolés- voir ici, ici, ici, ici et ) où il avait été précédemment hébergé… Le même soir, deux autres refus de prise en charge sans notification par France Terre d’Asile, par téléphone, au prétexte que les noms des jeunes seraient sur un liste de personnes considérées comme adultes.

Ce samedi, la neige tombe sur Calais. À 13h15, France Terre d’Asile affiche déjà complet. Pourtant la capacité de leur service de mise à l’abri à Saint-Omer a été portée de 45 à 55 places, et les locaux d’une école a été ouverte pour une mise à l’abri, a priori hors de toute procédure légale de prise en charge, 20 autres places, également à Saint-Omer. Finalement, à 13h45, une solution a quand même été trouvée pour deux mineurs. Mais en début d’après-midi, malgré 30 places supplémentaires, le dispositif est déjà saturé. Sachant que plus on avance dans la journée de samedi, plus il est difficile de joindre une personne responsable qui puisse débloquer une situation.

Si vous rencontrez des mineur-e-s à la rue ou si vous êtes préoccupé-e-s e par la situation, vous pouvez contacter le service maraudes de France Terre d’Asile, qui est chargé directement de la mise à l’abri (06 49 99 09 33), et le président du conseil départemental, qui est le responsable de la protection de l’enfance, puisque c’est une compétence départementale, Michel Dagbert (https://www.facebook.com/profile.php?id=100008714986407).

Au-delà de l’urgence de ce week-end, il y a celle d’un lieu d’hébergement pour les mineur-e-s à Calais, qui seule peut répondre aux besoins réels. Et l’intérêt supérieur de l’enfant (pour reprendre les termes de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant) doit primer sur les considérations de politiques migratoires.

 

800px-hendrik_avercamp_002Hendrick Avercamp : Paysage d’hiver.