Étiquettes

, , , ,

La fermeture du centre de Sangatte s’est faite en deux temps : en septembre 2002, seules les personnes qui sont déjà inscrites, qui ont un badge, peuvent y accéder, le centre est donc fermé aux nouveaux-venus; en décembre 2002, les dernières personnes « badgées » sont parties, dans le cadre d’une répartition entre la France et le Royaume-uni, et le centre ferme définitivement avant d’être rapidement détruit.

Dès septembre 2002, les nouveaux-venus se retrouvent à la rue, et les associations les soutiennent – nourriture, vêtements, couvertures. D’abord dans le bourg de Sangatte, puisque les nouveaux-venus restent aux alentours du centre. Parfois en allant où les exilés s’abritent, mais rapidement les bénévoles se rendent compte que la police les suit et se sert d’eux pour repérer les refuges des exilés. Puis dans le centre de Calais, puisque c’est là que les choses « se passent » – il y a un fort mouvement de protestation des nouveaux-venus pour être hébergés et pour être pris en compte dans la répartition entre la France et le Royaume-uni et obtenir un titre de séjour, avec des sit-in, des manifestations, des occupations.

Pendant six ans et demi, les distributions de repas auront lieu sur un terrain vague quai de la Moselle. Un portacabine sera installé là, qui servira aussi selon les périodes aux demandes d’asile ou aux consultations de Médecins du Monde. Il finira par tomber en ruine, mais laissera son nom au lieu : la Cabina. Le hangar voisin, inutilisé, étant squatté, il sera rasé, agrandissant le terrain vague – on le connait sous le nom de « hangar de la SOCARENAM. SALAM ira s’installer près du port, sous le auvent du hangar Paul Devot, pour la distribution de repas du soir. Occasionnellement, les jours de fête ou de manifestation, les distributions ont lieu aussi devant le parc Richelieu.

Pendant toutes ces années, les associations se sont donc installées où elles pouvaient, dans des espaces vacants. Le lieu de distribution des repas actuel, lui, a été aménagé par les pouvoirs publics à cette fin. Il faut partie du volet humanitaire mis en place par Éric Besson, ministre de l’immigration, lors de son action médiatique de l’année 2009, qui comprendra comme volet répressif la destruction de la quasi-totalité des campements du Calaisis en septembre et octobre, démarré par la « fermeture de la Jungle de Calais » le 22 septembre, des expulsions par vols conjoints franco – britanniques vers l’Afghanistan, et la signature d’un nouvel Arrangement franco-britannique sur le contrôle de la frontière et renforcement de la politique répressive.

Si des concessions ont été faites aux associations, comme deux bungalows qui améliorent leur confort de travail, ou un point d’eau accessible aux exilés, l’aménagement du lieu reflète d’abord l’idéologie des pouvoirs publics. On y mange debout, ou assis par terre, rien n’est prévu pour s’asseoir : les exilés ne doivent pas pouvoir se poser. Il n’y a pas de table, de simples tablettes ont été posées il y a un an seulement pour en faire office. C’est une grande cour bitumées, avec des auvents en plastique offrant un abri précaire contre la pluie (en bord de mer, le vent rabat généralement la pluie, et ces auvents sont trop étroits pour réellement protéger.

Le lieu est entouré de clôtures, doubles en certains endroits, qui étaient au départ surmontées de fils de fer barbelés, dont il reste quelques vestiges (les barbelés ont mystérieusement disparu une certain nuit; la mairie en a posé de nouveaux; qui ont disparu à leur tour; les choses sont restées en l’état depuis).

Depuis le début, une ou plusieurs voitures de police surveillent la distribution de l’autre côté des grilles. À partir de décembre 2012, un déploiement policier plus important est mis en place occasionnellement, lorsque survient un événement. Il s’accompagne souvent de fouilles ou de palpations systématiques à l’entrée. Depuis le début de cette année, ce déploiement policier est devenu systématique (mais sans les fouilles et palpations), et trois à six véhicules de police se trouvent près des accès, tandis que des fourgons de CRS patrouillent aux alentours dès une heure avant le repas.

L’architecture du lieu et le dispositif policier qui l’environne rappellent donc aux exilés, au moment où les associations leur servent un repas, qu’ils sont indésirables.

 

Pentax Digital CameraRue de Moscou, l’entrée des associations, distincte de l’entrée des exilés. À le plastique vert et le lierre sur la clôture, qui fait partie du traitement paysager destiné à faire accepter le lieu riverain.

Pentax Digital CameraL’entrée des exilés, rue Lamy.

Pentax Digital CameraÀ côté de l’entrée, rue Lamy, trois toilettes. 250 à 300 personnes viennent manger là chaque soir et le midi les samedi et dimanche. Plus de 100 personnes vivent dans le campement de l’autre côté de la route.

Pentax Digital CameraL’intérieur des toilettes.

Pentax Digital CameraÀ l’intérieur du lieu, le point d’eau. L’écoulement se fait visiblement mal, et n’est pas entretenu.

Pentax Digital CameraL’aire de distribution des repas.

Pentax Digital CameraLes vestiges des barbelés qui coiffaient la clôture.

Pentax Digital CameraLa double clôture du côté des maisons. Les arbustes font partie du traitement paysager offert aux riverains.

Pentax Digital CameraLes tablettes qui font office de table depuis un an. Avant, les seules tables étaient les couvercles des poubelles.

Pentax Digital CameraLe auvent sous lequel se fait la file pour les repas.

Pentax Digital Camera

Pentax Digital Camera

Pentax Digital Camera

Pentax Digital CameraLe dispositif policier autour du lieu de distribution des repas le 10 mars 2014 à 18h : trois fourgons de CRS près des accès, un fourgon de la police aux frontières de l’autre côté des grilles, d’où il peut observer l’ensemble du terrain. À noter que ces camionnettes blanches sont celles dans lesquelles sont emmenés les exilés arrêtés.

Publicités