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Le samedi, la PASS est fermée (Permanence d’Accès aux Soins de Santé, une heure de marche pour les personnes malades ou blessées qui veulent se faire soigner), l’accueil de jour du Secours catholique aussi (un peu plus loin que la PASS dans la même direction, un bungalow posé au milieu des champs au-delà de la rocade), les douches ne fonctionnent pas (une attente indéfinie sur un trottoir pour y être emmené par la navette du Secours catholique, ou y aller à pied, une heure de marche, dans une autre direction de la PASS), les différents bureaux liés aux demandes d’asile ou à d’autres démarches administratives sont aussi fermé. Les camions ne roulent pas le week-end, pas de tentative de passage dans la nuit de samedi à dimanche.

Comme c’est le week-end pour la société « d’accueil », c’est le week-end pour les exilés aussi.

C’est pour cette raison que les habitants du campement de la rue Lamy, en face du lieu de distribution des repas, majoritairement concernés par norouz (une majorité d’Afghans et quelques kurdes) ont choisit de fêter aujourd’hui le nouvel an.

Une journée qui s’étire autour de la préparation d’un repas afghan, commencée avant dix heure et servi après dix-sept heure.

On se regroupe autour des feus, on boit le thé, on discute et on échange des plaisanteries. À une heure on va à la distribution de repas organisée par l’Auberge des Migrants.

Norouz est aussi la fête du renouveau. C’est le jour où on reconstruit sa maison, quelques tentes sont mises à bas et remplacées par des cabanes à l’ossature de palette, quelques cabanes sont agrandies. Certaines parties du camp sont nettoyées aussi.

Nous ne le savions pas, mais les chrétiens et le musulmans de Calais avaient aussi prévu quelques choses cet après-midi. Ils acceptent de rejoindre le campement, du coup ils amènent des exilés africains. Thé, viennoiseries, les gens se mêlent et discutent.

La collation est interrompue par un moment de recueillement à la mémoire d’un exilé somalien mort en tentant de passer dans le port il y a deux jours. Certains Afghans en parlaient déjà hier. C’est aussi un imam afghan qui conduit la prière et une majorité d’Afghans qui prient pour lui, ce qui est un signe de fraternité significatif quand on sait que les relations entre les communautés ne sont pas toujours faciles. Mais cette mort aurait pu être celle de n’importe quel des exilés présents, et chacun sait que la communauté africaine a été lourdement éprouvée ces dernières semaines.

Aucune autre information n’a filtré par rapport à cette mort, et nous essayerons d’en savoir plus. On ne doit plus mourir dans le silence à cette frontière.

Après ce moment de recueillement, les discussions ont repris, les musiciens de SOAS ont joué quelques airs, le fil de la journée de fête a repris. On avait eu la même chose dimanche dernier, comme chaque dimanche les exilés se retrouvent à la citadelle pour jouer au football, un moment de recueillement a lieu au bord du terrain, entre deux matchs, la vie et la mort s’entremêlent étroitement.

Quelques personnes passent dans l’après-midi, restent un moment, ça fait partie des liens qui se sont tissés à l’occasion de Norouz.

Un peu après cinq heures, le repas est prêt. Il y en a assez pour tout le monde, toutes communautés confondues. Ce n’est pas non plus pantagruélique, on a fait fait avec les moyens du bord, et beaucoup vont à la distribution de repas organisée par Salam à six heure. Mais on l’a fait, et pour beaucoup, ça a la saveur du pays.

En soirée, il y a comme de la bonne humeur autour des feus.