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Le nouveau dispositif policier mis en place suite à la venue de Manuel Valls à Calais n’est pas déployé depuis six mois qu’il suscite déjà l’exaspération des Calaisiens. Les CRS pris pour cible plus seulement les exilés mais aussi la population du quartier du Beau-Marais, dit « la ZUP ». Contrôles d’identité à répétition, grossièreté et agressivité des fonctionnaires de police, c’est l’interpellation brutale de deux habitants avec usage de gaz lacrymogènes, et leur placement en garde-à-vue pour outrage, qui a déclenché dans un premier temps un mouvement de révolte hier soir mardi, avec feux de poubelles et jets de pierre sur les policiers, puis une manifestation pacifique cet après-midi de la ZUP à la sous-préfecture, où une délégation a été reçue.

Au-delà des faits, les propos rapportés dans la Voix du Nord du 22 avril sont révélateurs

http://www.lavoixdunord.fr/region/calais-tensions-entre-crs-et-habitants-au-beau-marais-ia33b48581n2088270

Un syndicaliste de la police s’y exprime avec une sincérité désarmante :

« La direction centrale des CRS s’est rendue compte que les migrants n’apportaient rien en matière de chiffre. Ils ont commencé à modifier leur mission parce que les migrants, ça ne rapportait pas assez. » déclare Gilles Debove, d’Unité SGP Police-FO.

Les CRS choisissent des populations – cibles en fonction de résultats attendus qui se traduisent par des primes pour les agents (voir aussi https://passeursdhospitalites.wordpress.com/2014/02/11/chasseurs-de-primes/ ) : quand le migrant n’est pas assez rentable, on chasse le Zupien.

Le chef de la police du Pas-de-Calais, Thierry Alonso, affirme que le contrôle d’identité qui a tout déclenché s’est fait « sur réquisition du parquet ».

Mis bout-à-bout, ces deux déclarations signifient que les CRS choisissent des cibles en fonction de leur rentabilité en terme de chiffre à produire et de primes à la clé, et que le rôle du parquet est de fournir des réquisitions qui donnent un habillage légal à cette activité.

Les propos cités par La Voix du Nord ne proviennent de militants libertaires a priori hostiles à la police et à l’institution judiciaire. Ils viennent de responsable de la hiérarchie policière et d’un responsable syndical de cette même institution.

Ils nous parlent de dysfonctionnements graves de deux institutions, celle qui exerce le monopole de la violence légitime que lui délègue l’État, et celle qui est chargée de veiller au respect du droit, et pour ce qui est du parquet « possède la mission générale de veiller à l’application de la loi au nom du respect des intérêts fondamentaux de la société » ( http://www.vie-publique.fr/decouverte-institutions/justice/personnel-judiciaire/magistrats/qu-est-ce-que-parquet.html ).

Cette situation fait partie du quotidien mille fois dénoncé par les associations à Calais, qui cumule les symptômes de la décomposition de l’État de droit.

Merci aux deux cents habitants du Beau-Marais qui ont porté l’exigence démocratique en manifestant cet après-midi.

 

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