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Les plus jeunes ont entre 8 et 10 ans, et ils sont une grosse dizaine à ne pas avoir encore de duvet sur la lèvre supérieure et au menton. Ils habitaient un des campements détruits mercredi, ils dorment maintenant sur le bitume du lieu de distribution des repas où se sont installés la majorité de leurs occupants. Personne n’est venu les voir mercredi pour leur dire qu’une possibilité de mise à l’abri existait pour eux à Olhain, en pleine campagne, à une quinzaine de kilomètres de Béthune. Si on était venu les voir, après avoir détruit leur campement et le peu qu’ils avaient, ils n’auraient sans doute pas fait confiance aux inconnus qui s’adressaient à eux. Les autorités françaises venaient de leur dire « dégage » – le premier mot qu’ils apprennent de la police, avant d’apprendre « bonjour » des bénévoles et des passants.

Les demandeurs d’asile ne sont pas mieux lotis. Des salariés de l’OFII (Office Français de l’Immigration et de l’Intégration) sont restés un moment devant les grilles pour parler de l’aide au retour, et peut-être aussi à informer les demandeurs d’asile de possibilités d’hébergement. Mais personne n’est entré dans le lieu de distribution des repas pour les informer de leurs droits.

Le week-end dernier, on avait remarqué quelques femmes qui habitaient le campement du bassin de la Batellerie, alors qu’une maison peut les accueillir avenue Victor Hugo. Elles sont maintenant dans le campement qui s’est installé au lieu de distribution des repas. Avenue Victor Hugo, c’est une maison normalement habitée par une famille, les parents et deux enfants. Elle accueille actuellement une soixantaine de femmes et enfants. L’État s’était engagé à reloger les femmes dans un lieu adapté. Il ne l’a pas fait, des femmes sont à nouveau à la rue à Calais.

Un jeune homme vient voir les bénévoles de Médecins du Monde. Il a de fortes démangeaisons, ses mains portent les marques caractéristiques de la gale. Le traitement distribué de manière aléatoire sous pression policière a été totalement inefficace, comme c’était prévisible. La gale sévit toujours.

Une grande partie des expulsés se sont regroupés au lieu de distribution des repas, mais d’autres se sont dispersés en petits groupes un peu partout dans les environs. Il est difficile aux associations de savoir où ils sont, s’ils sont mineurs ou majeurs, s’ils sont hommes ou femmes, s’ils sont malades ou bien portants. Ils et elles sont invisibles, comme le veulent les autorités, peu importe pour elles ce qui leur arrivera.

Depuis une semaine, les exilés de différents pays, de différentes cultures, de différentes langues, discutent ensemble de leur réaction face aux expulsions annoncées de leurs lieux de vie, et travaillent aujourd’hui à des revendications communes.

N’est-ce pas là l’espoir ?

 

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