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Ce samedi confirme les tendances de ces jours précédents.

Les exilés sont de plus en plus nombreux à revenir à Calais. Les mineurs sont nombreux à nouveau. La situation humanitaire est mauvaise, pas assez de tentes, pas assez de couvertures. Concernant les mineurs, on ne le redira jamais assez, la situation est de l’entière responsabilité du président du conseil général, qui refuse toute solutions de prise en charge à Calais.

On voit revenir les premières personnes libérées par les tribunaux, notamment du centre de rétention de Lille – Lesquin. Il semble se confirmer que le gouvernement privilégie les renvois vers l’Italie, plus rapides à organiser, avant que les personnes ne passent devant le juge de la liberté et de la détention et devant le juge administratif. Et que d’autres personnes qu’il n’était pas possible d’expulser aussi vite, étaient libérées pour qu’elles ne passent pas devant les juges et pour éviter les annulations de procédure en cascade. Certains exilés aussi acceptent le renvoi vers l’Italie, voulant quitter la France à tout prix.

Rien ne dit que l’Italie acceptera ces renvois s’il n’y a pas de preuve que les personnes renvoyées y soient passées ou y aient séjourné. Mais il y a là aussi un jeu politique entre la France et l’Italie. Condamnée par la Cour Européenne des Droits de l’Homme pour avoir refoulé des exilés interceptés en mer vers la Libye, où ils risquaient des traitements inhumains et dégradants, l’Italie les ramène maintenant sur ses côtes. Ils sont alors retenus quelques jours ou semaines dans un centre d’accueil et d’identification, puis libérés. Ils continuent alors leur route vers les autres pays européens. L’Italie demande plus de solidarité des autres pays européens dans l’accueil des exilés, et à défaut les laisse continuer leur route. Les autres pays refusent cette solidarité et répondent à l’Italie qu’elle doit se débrouiller avec les personnes qui arrivent sur son sol. Les renvois qui se préparent sont un message des autorités françaises aux autorités italiennes : « refoulez-les en Libye, renvoyez-les chez eux, laissez-les se noyer en mer, enfermez-les, mais empêchez-les de venir chez nous ».

Les exilés de Calais sont aussi une monnaie d’échange dans des négociations franco-britanniques, qui rappellent la manière dont la Libye de Kadhafi comme celle d’aujourd’hui utilise la menace de « l’invasion » de migrants pour obtenir des financements de l’Italie et de l’Union européenne. On murmure aujourd’hui dans certains milieux que les exilés de Calais seraient une monnaie d’échange dans le différents concernant la compagnie française My Ferry Link, sanctionnée par les autorités britanniques. La séquence Besson de 2009, avec la « fermeture de la Jungle de Calais », avait pour arrière-plan le sommet franco-britannique d’Évian, et un appui du Royaume-uni à la France à l’ONU, et pour ce qui est plus particulièrement des Calais et du contrôle de la frontière, une répartition des coûts des équipements et des infrastructures mis en place sur le sol français.

Sur le terrain, les exilés sont dispersés un peu partout dans Calais et dans les environs, et la police commence, sans trop de violence pour l’instant, à leur mettre la pression pour qu’ils partent de là où ils sont. Pour aller où ?

 

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