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Dans la nuit du 12 au 13 juin dernier, un homme tire successivement sur deux autres, avec une carabine à plomb, depuis son lieu de travail, une ancienne usine dont il assure le gardiennage. Le tireur est un Calaisien blanc, les deux victimes sont un Érythréen, légèrement blessé au bras, qui a quitté Calais suite à cet événement, et un Soudanais, blessé plus grièvement au dos, qui a depuis entamé les démarches pour déposer l’asile en France, et qui s’est porté partie civile.

L’audience a eu lieu cet après-midi, et le jugement rendu après une suspension de séance : 18 mois de prison, dont six avec sursis, interdiction de détenir une arme pendant 5 ans, et une provision de 2000 € pour indemniser la victime, qui sera réévaluée après expertise du dommage subit.

Une peine moyenne compte-tenu de la qualification des faits (le maximum encouru était de 3 ans de prison et 45000 € d’amende), à partir du moment ou le mobile raciste, circonstance aggravante, n’était pas retenu.

Et c’est bien là que l’audience nous laisse face à un vide. D’un côté ces deux coups de feu qui blessent deux hommes qui ont en commun d’avoir la peau noire, avec une arme qui n’est pas une simple carabine à plomb, puisqu’elle est équipée d’un silencieux, d’une lunette de visée, et que le tireur utilise des plombs perforant plutôt que des plombs plats. De l’autre une peine de prison prononcée.

D’un côté, le mobile raciste pouvant conduire à une aggravation de la condamnation, le prévenu et son avocate se sont efforcer de produire un récit des circonstances et des mobiles, qui n’emporte pas vraiment l’adhésion, et entre en contradiction avec les déclarations des victimes et des témoins. De l’autre, la police a mené son enquête sur la matérialité des faits, mais pas sur les mobiles.

L’acte du tireur est-il lié au climat de violence sur les exilés qui règne à Calais, aux appels à la violence et au meurtre qui s’affichent sur la toile depuis la création du collectif Sauvons Calais, au sentiment d’impunité qui découle de la passivité des autorités face aux violences qui perpétrées une semaine durant autour du squat de Coulogne ? Cet imaginaire ambiant a-t-il pu servir de terreau à un passage à l’acte ?

Ou bien peut-être n’est-ce pas le cas, et les origines de cette histoire sont-elles toutes autres. Aujourd’hui on n’en sait rien. Un homme va en prison, le code pénal est appliqué. Mais justice est-elle rendue ? Envers la société, en terme de compréhension des mouvements qui l’agitent. Envers les victimes, en restituant un sens à ce qui leur est arrivé.

Dès le 17 juin, Amnesty International avait demandé aux autorités françaises de faire toute la lumière dans le cadre de l’enquête sur les éventuels mobiles racistes de l’acte :

http://www.amnesty.fr/CP-Agressions-mineur-Rom-et-migrants-Calais-11955

« Les crimes de haine se distinguent des autres actes criminels par la nature discriminatoire de leur motivation. Il est essentiel que l’enquête menée autour d’un crime vise à clarifier les circonstances entourant sa perpétration. »

Les autorités chargées de l’enquête ne l’ont pas fait.

 

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