Étiquettes

, , , , , ,

Vers dix-neuf heure, la distribution de repas est terminée au terrain vague appelé autrefois « la Cabina », quai de la Moselle. Un gamin de dix ans, douze tout au plus, s’approche d’un bénévole. Il n’a pas l’air de comprendre l’anglais, mais sait dire « house », qu’il répète. On cherche l’équipe de maraude de France Terre d’Asile, mais elle est déjà partie emmener d’autres mineurs à Saint-Omer. Compte-tenu de son âge, un autre bénévole l’emmènera au foyer Georges Brassens, où il y a une poignée de place qui peuvent être sollicitées.

Cent vint-et-un mineurs ont été bombardés de grandes lacrymogènes puis raflés le 2 juillet, avant d’être emmenés vers des lieux d’accueil improvisés. La plupart sont revenus, peut-être tous. L’accueil mis en place en place par l’État devait durer cinq jours, si certains jeunes ont choisi de rester ils ont été répartis entre des foyers du département ou de la France entière, peut-être emmenés à Saint-Omer. Personne ne s’est soucié que leurs compagnons de voyage ou peut-être les membres de leur famille présents à Calais aient de leurs nouvelles. À dix douze ans ils ont tous connu au moins un compagnon de voyage qui est mort pendant la traversée ou la Méditerranée. Alors sans doute qu’importe si la France est un grand désert dans lequel disparait un compagnon contre lequel on s’est blotti pour se protéger du froid et de la peur. La rafle sépare aussi sûrement que la mort. Alors comment ne pas comprendre leur rage à quitter se pays pour trouver ils l’espèrent ailleurs en Europe une terre d’accueil. Et comment ne pas comprendre les risques fous qu’ils prennent pour y arriver.

Dans la nuit de mardi à mercredi, c’est un jeune Afghan qui a été gravement blessé, percuté par un train d’après ce qu’on peut savoir. Sa famille essaye d’avoir de ses nouvelles, les services de l’hôpital ont visiblement pour consigne de ne donner aucune information. Silence imposé par les autorités : après la rafle tout va bien.

Le vent et la pluie donnent à juillet les couleurs de novembre. La nuit pour essayer le passage. Le matin pour essayer de dormir, quand la police ne débarque pas. Ces jours-ci un effet d’aubaine pendant la journée : un caténaire endommagé dans le Tunnel sous la Manche entraine un report du trafic poids-lourds vers les ferries, il y a des bouchons sur la rocade. Venir en grappe autour des camions, en espérant que dans le désordre quelqu’un pourra se glisser sur les essieux sans être vu. Les chauffeurs qui s’énervent, la police qui arrose les groupes de lacrymogènes, on se replie un moment dans les taillis avant d’essayer à nouveau.

 

Pentax Digital Camera