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2009, la « fermeture de la Jungle de Calais », Nicolas Sarkozi est président de la république, Éric Besson est ministre de l’immigration.

2007, Bernard Cazeneuve est député – maire de Cherbourg, d’où partent des ferries pour le Royaume-uni, et où se trouve un campement d’exilés.

Replongeons-nous dans les archives : une tribune de François Hollande, datée de 2009, une brève dans Ouest-France de 2007, et la même année une question du député Cazeneuve (à qui Manuel Valls donne la réplique, cliquez sur le lien voir l’intégralité de l’échange) au ministre de l’intérieur de l’époque, Brice Hortefeux.

 

http://www.slate.fr/story/10547/au-dela-de-la-%C2%ABjungle%C2%BB

Au-delà de la «jungle»? par François Hollande

Eric Besson a annoncé la fermeture du centre de réfugiés sauvage.

La situation humaine des migrants qui se pressent dans le Calaisis pour franchir la manche et atteindre l’Angleterre, sans d’ailleurs toujours y parvenir, est insupportable.

Elle l’est pour les exilés qui viennent butter dans le Calaisis, sur cette frontière naturelle du bout de l’Europe. Elle l’est aussi pour les habitants du Pas-de-Calais qui ont le sentiment de voir leur quotidien transformé en zone de transit et parfois de non-droit.

Ce qu’on appelle la «jungle» est en fait la traduction sauvage de l’échec des politiques migratoires à l’échelle européenne.

Le ministre de l’identité nationale vient d’annoncer que les baraquements et les campements où s’entassent Afghans, Irakiens, Soudanais, Iraniens, seraient la semaine prochaine détruits à coups de bulldozers et que les migrants se verraient proposer une solution, autrement dit un retour groupé.

Je ne me plaindrai pas du démantèlement des trafics et des filières dans lesquelles les passeurs et d’autres profiteurs trouvent l’occasion d’un enrichissement écœurant. Mais il y a derrière cette soudaine décision la même part de communication et d’illusion que lors de l’annonce par Nicolas Sarkozy, en 2002, de la fermeture de Sangatte. Le Ministre de l’Intérieur de l’époque prétendait avoir réglé le problème en en terminant avec un camp qui avait vu transiter près de 70 000 migrants de 1999 à 2002. Ce fut un lâche soulagement. Aussitôt Sangatte fermé, des «jungles» ont proliféré sur tout le littoral. Les migrants étaient toujours là, les exilés toujours partant pour l’aventure, mais sans accompagnement, sans encadrement, sans surveillance. Et aujourd’hui qu’y aura-t-il après la jungle de Calais?

Certes, la dissuasion va produire son effet. Dans un premier temps, «ils» seront moins nombreux. Mais ensuite les mêmes causes produiront les mêmes effets et nous verrons surgir d’autres squats, d’autres campements dans des forêts, dans des zones industrielles, dans des immeubles désertés. Bref dans un monde parallèle, souterrain, comme dans ces films de science fiction où sous la terre se cachent dans l’ombre des figures dont on ne sait plus si elles sont humaines.

Nous sortirons de ce monde dual avec, non pas simplement des principes -ce qui est quand même toujours préférable- et des bulldozers, mais avec une politique qui doit être d’abord européenne, qui suppose une coopération entre la France et l’Angleterre, et qui tarisse à la source les migrations des populations les plus en danger dans leur pays d’origine.

Enfin, il faut qu’il y ait des structures d’accueil permettant dans des conditions humaines de préparer des solutions individuelles pour chacun de ces exilés. Sinon, c’est l’hypocrisie générale. Cacher ces camps que je ne saurais voir, ces visages que je ne saurais regarder, ces ombres qui nous rappellent les guerres d’ailleurs, ces déchets et ces abris de fortunes qui révèlent un malheur s’ajoutant à la crise que nous traversons. Au-delà de la jungle, le choix est entre la civilisation et la sauvagerie.

François Hollande

 

http://www.cherbourg.maville.com/actu/actudet_-Clandestins-b-b-trois-ports-transmanche-solidaires_20-444797_actu.Htm

Mercredi 19 septembre 2007 00:00

Clandestins : trois ports transmanche solidaires

Trois députés maires socialistes sont solidaires pour réagir à l’afflux d’immigrants dans les ports transmanche. Bernard Cazeneuve, de Cherbourg ; Jacky Hénin, de Calais et Michel Delebarre, de Dunkerque ont exprimé leur position hier à quelques heures de l’examen de la loi sur l’Immigration à l’Assemblée nationale. Comme Bernard Cazeneuve l’a fait devant l’assemblée et le ministre de l’Immigration en fin d’après-midi, les trois maires demandent «des moyens pour faire face à l’afflux croissant de migrants cherchant à gagner la Grande-Bretagne… Quelles interventions envisage le gouvernement en direction de l’Angleterre, des pays d’origine des migrants et de l’Union européenne pour trouver des solutions sérieuses ?»

Ouest-France

 

http://2007-2012.nosdeputes.fr/seance/23#inter_098cd250a7cf7e8e627b967ba1e09758

Assemblée nationale – Séance en hémicycle du 18 septembre 2007 à 21h30

Bernard Cazeneuve (http://2007-2012.nosdeputes.fr/seance/23#inter_098cd250a7cf7e8e627b967ba1e09758)

Monsieur le ministre [Hortefeux], je voudrais profiter de ce débat devant la représentation nationale sur votre texte de loi pour aborder un sujet qui vient d’être évoqué par le précédent orateur, mais qui n’est pas vraiment traité dans le texte que vous proposez à la représentation nationale ce soir, je veux parler des immigrés en situation irrégulière non expulsables en raison des conventions internationales qui lient la France à la communauté internationale – je pense notamment à la convention de Genève de 1951 –, de ces réfugiés en provenance de pays en guerre qui, après avoir traversé, au cours d’un long exode, de nombreux pays d’Europe, se trouvent aujourd’hui sur le territoire national.

Comme le Président de la République, monsieur le ministre, vous inscrivez votre politique d’immigration dans une démarche de rupture avec les politiques passées, souvent stigmatisées pour leur laxisme. Par ces mesures, dont vous n’hésitez pas à revendiquer la fermeté, vous prétendez changer la politique de l’immigration en France en essayant de la rendre la plus efficace possible. Je voudrais mesurer à l’aune de cette ambition d’efficacité le résultat des politiques mises en oeuvre depuis la fermeture de Sangatte et essayer de décrire la situation réelle sur les ports trans-Manche cinq ans après cette décision prise par le ministre de l’intérieur de l’époque devenu Président de la République.

D’abord, je rappelle que la fermeture de Sangatte était adossée à un accord passé avec la Grande-Bretagne par lequel la France s’engageait à assurer un contrôle plus important de l’immigration sur son territoire ainsi, semble-t-il, qu’un autre accord stipulant que la France reprendrait sur son territoire les réfugiés passés de façon clandestine à travers les mailles du filet du contrôle de la police de l’air et des frontières françaises en Grande-Bretagne. Aujourd’hui, cinq ans après la mise en oeuvre de cette politique, lancée à grands renforts d’effets d’annonce, quelle est la réalité dans les ports trans-Manche ?

Je ferai quatre constats.

Premier constat : si cette décision a bien fait disparaître Sangatte, elle n’a pas fait disparaître les réfugiés de Sangatte qui demeurent sur le territoire national, livrés à eux-mêmes. Errant dans les villes, confrontés à une précarité extrême qui les conduit parfois à poser des problèmes de sécurité, malgré eux, dans les villes, ils connaissent des problèmes sanitaires, des problèmes de santé, des problèmes de nutrition. Ils ne peuvent compter que sur les municipalités, dont, vous le savez, ce n’est pas la compétence légale…

 

…et les associations humanitaires auxquelles d’ailleurs les municipalités apportent parfois leur concours. Pour l’État, ces réfugiés en situation irrégulière n’existent pas, précisément parce qu’ils sont en situation irrégulière et que l’État estime ne pas avoir à connaître de leur sort. Ces réfugiés n’existent pas parce que, en situation irrégulière, ils veulent passer en Grande-Bretagne, ils ne relèvent donc pas du droit de l’asile en France. Ces réfugiés en situation irrégulière qui veulent passer en Grande-Bretagne, lorsqu’ils sont mis en centres de rétention parce qu’ils sont inexpulsables vers leur pays d’origine, sont renvoyés à l’errance des villes quelques jours après que les administrations placées sous votre tutelle ont fait leur travail. Peut-on parler à ce propos, monsieur le ministre, de l’efficacité d’une politique ?

Deuxième constat : lorsque les associations et les villes viennent au secours de ces réfugiés livrés à eux-mêmes, confrontés à l’extrême souffrance, de l’isolement, de l’abandon, du froid pendant les périodes hivernales, de la non-nutrition, l’État leur reproche d’encourager leur venue en France. Avons-nous un autre choix, quand la misère est là, à nos portes, et qu’on la voit, que celui de nous substituer à l’État dans ses prérogatives pour faire en sorte que l’irréparable, c’est-à-dire à la disparition de ces réfugiés, ne se produise pas ? (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche.)

Troisième constat : lorsque, parce que nous sommes confrontés à une situation sanitaire que nous ne pouvons plus maîtriser, parce que l’État reste sourd à nos appels, pourtant maintes fois réitérés, nous décidons parfois, la mort dans l’âme et sans être compris des associations humanitaires, de faire évacuer ces terrains, comme ce fut le cas à Cherbourg au mois de juillet, l’État se révèle incapable de procéder à cette opération.

 

Dispersant en sept endroits différents les réfugiés qui étaient rassemblés en un seul, il ne fait que multiplier par sept les problèmes auxquels nous sommes confrontés et rendre inextricable une situation humainement déjà très douloureuse.

Enfin, dernier constat : lorsque, en conformité avec les accords passés par M. Sarkozy avec M. Blunkett, nous demandons des forces de police et de maintien de l’ordre supplémentaires pour rendre ces ports étanches, de manière que, conformément à votre discours, on ne puisse pas nous faire le reproche d’avoir envoyé le signal aux réfugiés qu’ils pouvaient passer vers la Grande-Bretagne, et que nous saisissons les ministres compétents, nous n’obtenons pas de réponses et restons confrontés à l’insécurité des ports, dans lesquels des coups de feu sont parfois échangés entre les réfugiés et la population locale, ou les passagers du transmanche.

Alors, monsieur le ministre, puisqu’une politique se mesure à son efficacité…

…et qu’il semble qu’une grande fermeté déclaratoire renforce l’efficacité des politiques d’immigration, je voudrais savoir quelle est l’efficacité de la politique mise en oeuvre il y a cinq ans sur la question de Sangatte ?

Et je vous poserai trois questions :

Premièrement, quelles décisions entendez-vous prendre pour renforcer la sécurité dans les ports trans-Manche ?

Deuxièmement, ne pensez-vous pas qu’il soit temps d’évaluer les conditions de mise en oeuvre de cet accord avec la Grande-Bretagne pour en réviser éventuellement les termes, de telle sorte que notre politique soit plus efficace ?

Troisièmement, à l’échelle de l’Union européenne, puisque la France s’apprête dans quelques mois à présider l’Union, quelle politique concertée de l’asile entendez-vous mettre en place ? (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche et du groupe de la Gauche démocrate et républicaine.)