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Demain mardi, audience en référé concernant l’occupation par des exilés et des soutiens des locaux depuis longtemps déserts de l’ancienne entreprise Galloo (voir ici et ). Derrière l’argumentation juridique – y a-t-il eu voie de fait pour pénétrer dans les lieux, le site est-il insalubre sachant que les parties pour lesquelles une expertise est cours pour évaluer le degré de pollution ont été fermées par les occupants ? – se joue la continuation de l’occupation, puisque le tribunal peut aussi bien décider une expulsion rapide que juger qu’il n’y a pas urgence à statuer et renvoyer l’affaire à la juridiction commune et à une procédure plus lente.

On peut donc aller aussi bien vers une certaine stabilisation – provisoire – de la situation que vers une retour aux expulsions. Des rumeurs annoncent l’expulsion du campement situé sur le site de l’usine Tioxide dès cette semaine. On peut donc avoir nouvelle phase d’expulsions et de violences, après celles du 28 mai et du 2 juillet. Mais au moment où la pression est forte à Calais, la destruction du campement de Steenvoorde est annoncée, et celui de Norrent-Fontes se vide en raison de la fermeture pour travaux de l’aire d’autoroute voisine, ce qui amène de nouvelles personnes à Calais. D’un côté des entreprises de transport, gênées par le nombre d’exilés tenant de passer par les camions à Calais envisagent de passer plutôt par la Belgique et Zeebruges, de l’autre des exilés, face à une situation tendue à Calais, projettent de tenter leur chance en Belgique, à Zeebruges précisément. La violence ne conduira qu’à l’accroissement du chaos et de l’absurdité.

On pourrait bien sûr mettre en place une autre logique. Une grande partie des personnes qui viennent à Calais sont en recherche de protection en Europe, protection internationale au titre de l’asile ou protection en tant que mineurs isolés. Si elles étaient accueillies convenablement et avaient accès à l’information et à leurs droits, il est très probable qu’une partie d’entre elles choisiraient de rester en France. La pression baisserait d’autant. Cet accueil digne pourrait dans un premier temps faire face à l’urgence humanitaire – quelque chose qui ressemblerait à un camp de réfugié – pour s’acheminer vers des solutions pérennes répondant à l’aspect permanent de la situation. Ceci relève des autorités françaises.

La teneur du débat sur les questions migratoires au Royaume-uni n’incite pas à l’optimisme, mais on pourrait imaginer que dans un éclair de lucidité les autorités britanniques faciliteraient l’accès à leur territoire de personnes en demande de protection et souhaitant la leur demander. Il est peu probable que l’accueil de quelques centaines ou de quelques milliers de personnes par an mettent le pays en péril.

Il s’agirait de passer d’une externalisation sur le sol français du contrôle de l’accès au territoire britannique, à une politique concertée d’accueil des personnes en demande de protection. Si on met de côté les surenchères qui obstruent le débat sur les questions migratoires, on est quand même amené à penser qu’une telle solution serait dans l’intérêt bien compris de toutes les parties en présence, exilés, États concernés, populations et collectivités locales.