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Depuis les expulsions du 28 mai et du 2 juillet, des exilés se sont installés dans des conditions extrêmement précaires sur des terrains appartenant à l’usine Tioxide (voir ici). Aujourd’hui, plusieurs centaines d’hommes, de femmes et d’enfants habitent là.

Depuis ce matin, des personnes en civil (des gros bras payés par l’entreprise ou des policiers en civil agissant en toute illégalité ?) empêchent les associations humanitaires d’accéder au bidonville où habitent les exilés. Selon plusieurs témoignages, la police intimide les habitant-e-s pour qu’ils-elles quittent les lieux d’eux-elles-mêmes.

Pour demander des explications à l’entreprise sur cette situation : Tioxide Europe, 1 r Garennes, 62100 CALAIS, 03 21 46 45 00 (standard), 09 64 42 42 03, 0 800 562 166, 0 800 800 043 (numéros non surtaxés).

Les associations, elles, demandent le dialogue – demande peut-être un peu vaine face à une entreprise et à un État qui ne savent que cogner.

Ci-dessous la lettre ouverte du Réveil Voyageur, celle de l’Auberge des migrants, et le communiqué de Médecins du Monde.

http://lereveilvoyageur.wordpress.com/2014/07/31/lettre-ouverte-sur-la-situation-des-migrant-e-s-sur-le-site-tioxide/

 » Lettre ouverte

M. le Président
M. le Premier Ministre
M. le Ministre de l’Intérieur
M. le Préfet du Pas de Calais
M. le Sous-préfet de Calais
M. le Président du Conseil Régional Nord-Pas de Calais
M. le Président du Conseil Général du Pas de Calais
Mme la Maire de Calais
MM. et Mmes les élus locaux
MM. et Mmes de la direction de l’entreprise Tioxide à Calais

L’association calaisienne “Le Réveil Voyageur” se rend régulièrement sur place dans les différents squats et “jungles” de Calais pour y amener un petit déjeuner pour les migrant.e.s. Ceci nous permet d’observer les conditions de vie et de rencontrer les migrant.e.s. La “jungle” sur le terrain à côté de l’usine “Tioxide”, qui en est le propriétaire, est une de nos destinations prioritaires, vu le nombre de migrant.e.s qui y résident.

Nous avons appris que l’évacuation du terrain de la Tioxide est imminante. La demande d’évacuer le terrain est compréhensible, puisqu’il se trouve à côté d’une usine chimique. Par contre nous considérons qu’une évacuation serait désastreuse et contraire aux valeurs qui nous réunissent. Nous sollicitons votre bienveillance et nous voulons entamer un dialogue.

Depuis que nous fréquentons cette “jungle” nous avons été interpellé.e.s par plusieurs choses. Il s’agit de plusieurs campements dispersés sur le terrain qui est vaste. Différentes communautés sont présentes. Au début il s’agissait surtout de personnes provenant de l’Afrique de l’est, aujourd’hui aussi des Afghans se sont installés puisqu’ils voulaient quitter d’autres “jungles” qui “appartiennent” à des mafias violentes.

Ce qui est frappant pour les observateurs c’est le nombre des migrant.e.s, le nombre de mineurs (rappelons-nous que 121 mineurs ont été arrêtés le 2 juillet lors de l’évacuation de lieu de distribution des repas), de femmes et d’enfants (plusieurs dizaines). Le dialogue qui a permis la mise en place d’une “Maison des Femmes”, càd. le reprise du squat “Victor Hugo” par l’association “Solid’r”, suivi par l’ouverture d’une nouvelle structure dans l’ancien accueil de jour du Secours Caholique, semble à l’arrêt. Ce qui ne permet pas d’avancer sur le projet et de l’adapter aux conditions actuelles des migrant.e.s à Calais.

Sur le site de Tioxide nous avons rencontré par exemple une femme avec un enfant de 4 ans. Des personnes ont essayé de les faire intégrer la structure pour les femmes gérée par Solid’r. Ce n’était pas possible, cette structure était prévue pour 30 personnes, mais abrite aujourd’hui plus que 80 personnes. Ensuite les personnes ont essayé d’abriter cette femme avec son enfant dans le squat 10 Impasse des Salines. La mère a visité les lieux mais elle est plus en confiance dans la jungle “Tioxide” entourée par sa communauté. Le squat n’est pas une solution pour les personnes les plus vulnérables, aussi vu l’imminente expulsion de ce squat.

Donc nous voulons provoquer un dialogue. Les mesures du passé et envisagées pour le futur
proche, de plus en plus “annoncées” plutôt que “dialoguées” ne mènent à rien. Il est temps de voir la réalité en face et de développer des solutions qui sont en phase avec nos valeurs et la dignité de toute personne à Calais et dans la région plus largement.

Nous avons une proposition de feuille de route:

▪ Une négociation avec toutes les parties concernées afin d’arriver à une trève en ce qui concerne les expulsions de squats et de terrains occupés.
▪ L’installation d’un “camp de refugié.e.s”, digne de ce nom, avec des conditions dignes, géré et encadré par des organisations compétentes dans ce genre de dispositif. Ce qui devrait permettre de vider les squats et les jungles.
▪ La mise en place de “Maisons des Migrant.e.s”, des structures plus petites et plus facilement gérables, évoquées déjà pendant la dernière campagne électorale et un rêve qu’on a voulu croire quand le dialogue était encore en place. Le but étant de vider le camp de refugié.e.s.
▪ Une initiative politique sur tous les niveaux concernés afin de remédier aux politiques de migration désastreuses, afin de faire disparaître le problème à Calais et dans toute la région.

Ceci-dit, nous considérons que tou.te.s les voyageurs, les migrant.e.s de tout bord seront toujours les bienvenu.e.s ici. Ce sont nos soeurs et frères, ce sont des êtres humains comme nous. Le fait d’interagir tous les jours avec les migrant.e.s nous enrichit, nous renvoie vers les racines d’un engagement avec « l’autre”, càd. le dépassement de nos peurs et insécurités. Dans la rencontre avec les “autres” nous réalisons notre humanité.

Veuillez accepter nos sentiments distingués,

Le Réveil Voyageur  »

 

 » Lettre ouverte
M. le Premier Ministre
M. le Ministre de l’Intérieur
M. le Préfet du Pas de Calais
M. le Sous-préfet de Calais
M. le Président du Conseil Régional Nord-Pas de Calais
M. le Président du Conseil Général du Pas de Calais
Mme la Maire de Calais
Mrs et Mmes les élus locaux

Jeudi 17 juillet 2014, en fin d’après-midi, l’association l’Auberge des Migrants, avec l’appui de citoyens calaisiens, a distribué des repas aux 750 migrants qui se sont présentés quai de Moselle. Grâce au dialogue entre bénévoles et migrants, et au calme de ces derniers, une file d’attente de près de 250 mètres a été constituée et gérée durant deux heures.
Une semaine auparavant, ce nombre s’élevait à 500. Dans une semaine, il sera peut-être de 900.
Cette situation est extrêmement fragile. L’état psychologique des migrants est très préoccupant. Les tentatives de passage vers l’Angleterre, de jour comme de nuit, la pression de la police (contrôles, coups, arrestations) les stressent. La recherche d’un endroit pour dormir, le manque de couvertures et de tentes pour s’abriter les épuisent . Le manque d’hygiène faute de douches et de points d’eau les laissent dans une situation indigne. Le manque de nourriture affaiblit ceux (la majorité) qui n’ont pas les moyens de compléter par des achats le seul repas qui leur est distribué chaque jour. Le moindre aléa dans la distribution, comme cela s’est produit la semaine dernière du fait d’un orage, peut transformer cette file d’attente en une foule énervée et excitée , qui se dispute les repas autour des fourgons des associations.
Il est étonnant qu’aucune violence, aucun débordement, aucun vol, aucune agression contre des riverains, aucun conflit entre communautés, aucune tentative de passage en masse, n’aient encore eu lieu. Il est étonnant que les femmes et les mineurs qui ne trouvent pas de place dans les structures prévues pour leur accueil n’aient pas subi de violences.
Les bénévoles de notre association atteindront bientôt les limites de leur engagement : limites en temps, en moyens financiers, en personnes pour gérer une file d’attente de plus en plus importante, en capacité de répondre aux besoins les plus urgents. De plus ils ne peuvent plus travailler sur le lieu de distribution, maintenant fermé. Leur investissement a dû s’accroître encore depuis deux semaines pour tenter de renouveler les couvertures et les tentes détruites par les forces de l’ordre lors de la dernière expulsion, rue de Moscou, et pour faire face à l’augmentation du nombre de migrants. Si les bénévoles et leurs associations jettent l’éponge, la situation sera catastrophique pour tous.
Nous vous demandons instamment, parce qu’il est extrêmement urgent, de :
De rétablir un dialogue constructif avec les associations, qui sont cohérentes et unies dans leurs actions ;
De ne plus prendre de mesure violente, fût-elle légale, à l’encontre des migrants et de leurs maigres biens ;
De veiller à ce que les forces de l’ordre respectent strictement la légalité républicaine dans leurs missions ;
D’accepter dans un premier temps que la situation se stabilise en matière de lieux occupés de façon précaire par les migrants ;
D’ouvrir d’urgence des places pour les femmes, une trentaine, qui dorment dans la rue ou dans des jungles, faute de place route de Saint-Omer ;
D’ouvrir d’urgence des places pour les enfants et adolescents, une centaine, qui ne souhaitent pas rester en France ;
De prendre dès que possible des initiatives à même de faciliter le travail des associations et des services publics de santé : réouverture du lieu de distribution, mise à disposition de poubelles, de points d’eau, de douches et de toilettes en nombre suffisant, octroi de subventions complémentaires permettant d’acheter le minimum de nourriture nécessaire ;
Et surtout de rouvrir le dossier des promesses faites par M. Valls, concernant un accueil minimal, conforme aux lois et règlements français et européens, et aux droits humains.
Notre association est consciente que l’afflux des migrants à Calais est un phénomène inexorable. Les réponses à moyen terme sont du ressort de l’Union Européenne et des États français et anglais. A court terme, la situation ne peut pas être gérée sans un consensus entre les associations et les autorités. Ce consensus, qui semblait acquis il y a quelques semaines, a été brisé du fait de l’accroissement du nombre de migrants et des dernières mesures prises.
Nous vous envoyons ce courrier comme un signal d’alerte extrêmement fort, dans la crainte d’une catastrophe humaine.
Auberge des Migrants

Communiqué aux medias locaux, régionaux, nationaux et européens.  »

 

 » Calais : Médecins du Monde demande la protection immédiate des exilés

(Paris, le 31 juillet 2014) Alors que de nouvelles expulsions des exilés à Calais sont prévues dans les prochains jours sur l’impasse des Salines et la jungle de Tioxyde, les conditions de vie sur place ne cessent de se détériorer. Médecins du Monde (MdM) appelle de nouveau le Gouvernement à mettre en place des solutions concrètes pour répondre aux besoins vitaux des exilés.
Depuis l’expulsion du 28 mai et celle du 2 juillet, la tension s’accroît à Calais et le nombre d’exilés a quasiment doublé pour atteindre environ 1200 personnes. « La situation sanitaire devient catastrophique. Les dispositifs actuels, déjà très limités, ne permettent pas de répondre à la situation. Il faut intensifier notre assistance pour les personnes ayant besoin de protection et de soins », explique Cécile Bossy, Coordinatrice de la Mission Migrants Nord-Pas-de-Calais à MdM.
Comme l’a recommandé récemment le Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR1) à propos des tragédies maritimes des réfugiés et migrants en Méditerranée, la France doit assurer des conditions d’accueil dignes et rechercher activement tous les moyens qui peuvent fournir protection et sécurité aux personnes fuyant un conflit dans leur pays. Les expulsions déjà réalisées et celles prévues pour les jours à venir vont à l’encontre de ces recommandations.
Afin de répondre à cette situation d’urgence, Médecins du Monde a mis un place un dispositif exceptionnel pour améliorer les conditions sanitaires des migrants : accès à l’hygiène et à l’eau, cabines de douches, toilettes, distribution de kits d’hygiène, de tentes et de sacs couchage.
Sur le volet médico-social, MdM oriente vers les dispositifs d’accès aux soins et propose une prise en charge psychologique pour répondre aux traumatismes vécus par les migrants et les acteurs associatifs pendant les expulsions souvent violentes.

De nouvelles évacuations sans alternatives de relogement aggraveront les conditions de vie des exilés et rendront le travail des associations plus difficiles. Les autorités doivent prendre des mesures adaptées, qui répondent aux besoins vitaux des migrants.  »