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Madame, Messieurs,

Élu-e-s au conseil municipal de Calais, au conseil général du Pas-de-Calais, au conseil régional du Nord – Pas-de-Calais, à l’assemblée nationale, vous avez pris position publiquement pour une issue positive et humaine à l’impasse dans laquelle se trouve la situation des exilés à Calais.

Il est temps de passer aux actes.

Deux décisions d’expulsion sont prises, et peuvent être exécutées dans les jours qui viennent.

L’une concerne les campements qui se sont installés suite aux expulsions des 28 mai et 2 juillet sur les terrains de l’usine Tioxide, à deux pas de la « Jungle de Calais » détruite en 2009. Trois cents personnes habitent là selon la préfecture, probablement plus selon ce qu’on peut observer sur le terrain. Des mineur-e-s, des enfants de moins de six ans, des femmes, certaines enceintes, des hommes. Rien que de très ordinaire au regard de la violence en oeuvre à Calais depuis douze ans.

L’autre concerne le site anciennement occupé par les entreprises Vandamme et Galloo, impasse des Salines. Une grosse centaine de personnes y habite, quelques centaines le fréquentent pour accéder à l’eau, se laver, accéder à un repas, se reposer. Bien plus, ce n’est pas une « jungle », c’est un espace social complexe co-construit par des exilé-e-s, des militant-e-s, des Calaisien-e-s engagé-e-s ou non.

La question pratique qui se pose, là, à très court terme, est : où vont aller ces gens ?

Il vous est peut-être possible de convaincre le préfet de laisser un peu de temps, de ne pas accorder le concours de la force publique avant qu’une solution soit trouvée pour le relogement des personnes.

Mais la question la première est celle d’où aller.

Donc un lieu, et un accord rapide pour que les exilés puissent s’y installer. Donc un propriétaire qui soit d’accord. En terme de collectivité publique, on pense d’abord à Calais au conseil régional. Mais il faut sans doute aussi explorer – rapidement, et en évitant de s’enfermer dans le ping-pong sans fin où chacun renvoie la responsabilité à l’autre et où rien ne se passe – d’autres possibilités, y compris une réquisition par le préfet – voie aléatoire puisque sur un sujet sensible médiatiquement elle suppose l’aval de Paris.

Donc un lieu. Tout un chacun peut planter sa tente sur un terrain avec l’accord du propriétaire, pour trois mois au maximum. Il n’y a donc pas de délit pouvant servir de prétexte à une intervention de la police. Avec l’accord du propriétaire, il est possible d’aménager les commodités nécessaires à une vie à-peu-près digne. Il faut que ce lieu soit accessible pour les associations, les Calaisien-e-s impliqué-e-s puissent s’y investir, faciliter l’information et l’accès aux droits, faire reculer une autre source de violence liée au racket et au passage.

Solution précaire, insatisfaisante, bricolage dans l’urgence, certes. Mais inversion de tendance. On ne jette pas à la rue dans la violence, on réinstalle dans un lieu où les personnes peuvent rester en sécurité, pour se donner le temps de mettre en place des solutions durables.

Ça vous pouvez le faire.

Merci.

 

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