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Hier mardi, 18h, distribution des repas. Une longue ligne d’hommes et de femmes assis-e-s serpente. Au milieu d’eux, par groupes, des CRS debout, la gazeuse au poing. Un rang de CRS en tenue anti-émeute délimite l’aire de distribution. Autour de la scène, les téléobjectifs et les caméras de différents médias français et étrangers captent l’image de l’animalité domptée par la force de l’État. Après deux nuits de bagarres entre exilés, les autorités ont invité les médias à se repaitre d’un tableau vivant apprêté à leur intention. Les bénévoles évoluent maladroitement au milieu de tout ça, comme les dindons de la farce.

Après le repas, suivant des pourparlers entamés au préalable, un petit groupe s’assemble de représentants des deux parties en conflit. La tonalité des discussions est qu’il faut arrêter les violences et continuer la discussion demain après le repas pour arriver à un accord.

En début de soirée, Occupation Galou, impasse des Salines. Les Soudanais qui habitent le lieu se réunissent pour discuter du conflit. Deux positions fédèrent l’écrasante majorité, l’une d’arrêter les violences purement et simplement, l’autre d’arrêter les violences et de continuer à discuter avec l’autre partie pour trouver un accord.

Plus tard, dans la rue. Un Soudanais rencontré affirme que ce sont des Nigérians et des Tchadiens qui veulent la bagarre, mais surtout pas les Soudanais. Quatre autres Soudanais rencontrés un peu plus loin. Trois d’entre eux, à peine vingt ans, disent en plaisantant qu’ils contrôlent que personne ne veut se battre. Ils affirment qu’ils ne veulent pas se battre, qu’ils sont là pour passer en Angleterre et qu’ils n’ont pas de temps à perdre avec ça. Le quatrième s’étend plus sur l’absurdité des bagarres. Impossible d’être sûr qu’ils n’ont pas participé aux bagarres de ces deux dernières nuits, mais après tout seule une minorité, minorité importante certes mais minorité, s’y est impliquée. Et eux manifestent le désir de tourner la page.

Aujourd’hui mercredi, campement de Tioxide, discussion avec des Érythréens. Tous veulent l’arrêt des violences, mais certains attendent des excuses des « Soudanais ». Ils leur reprochent notamment d’avoir battu des femmes et des enfants. « Soudanais » signifie ceux du camp d’en face, puisque des Soudanais habitent ici, et qu’il n’y a aucun souci avec eux.

Distribution des repas. Forte présence policière, un peu moins agressive que la veille, mois de médias aussi. Ambiance aussi plus détendue, il n’y a pas eu de heurts pendant la nuit.

Après le repas, un cercle se forme, les discussions reprennent. Quelques interventions fortes marquent marquent l’auditoire. Pour consacrer l’accord, deux personnes se prennent par la main, et la joie explose. Un peu alentour, des personnes s’apostrophent pour se dire la fraternité retrouvée.  Casque et bouclier, les CRS s’enfoncent dans le ridicule de leur inutilité.

Les exilés ont donc réglé le problème de violence surgie entre eux. Des violences ont déjà surgie dans le passé, d’autres apparaitrons dans le futur. Mais à un moment la discussion se fait et permet de dépasser la situation.

La violence de la société française à leur égard, comme à l’encontre d’autres populations, est continue et ne semble pas en voie de résolution. Elle semble devenue structurelle de notre société, et l’exercice de déshumanisation par médias instrumentalisés auquel nous avons assisté hier mardi participe de sa pérennisation.

 

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