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Le thème revient dans la bouche d’élus de responsabilité et de bords politiques divers, il a aussi fait l’objet d’un voeu du conseil régional : il faut renégocier le Traité du Touquet.

Les choses sont rarement énoncées de manière plus précise, sauf peut-être un point qui revient souvent, mais pas toujours, qui est celui des contrôles britanniques sur le sol français, qui est présenté comme la cause des problèmes rencontrés dans le Calaisis.

De quoi s’agit-il et de quoi parle-t-on ?

En 1991, le Protocole de Sangatte prévoit des contrôles par les autorités britanniques sur le sol français à l’entrée du Tunnel sous la Manche (qui sera inauguré en 1994). Symboliquement, l’ouverture du Tunnel est une brèche dans l’insularité britannique, il s’agit de rassurer l’opinion publique. En 2003, le traité du Touquet élargit ces contrôles aux ports de la Manche et de la Mer du Nord. Le centre de Sangatte vient de fermer, les ports français, Calais en particulier, apparaissent comme la voie d’entrée irrégulière par excellence de migrants sur le sol britannique. Mais ces accords sont symétriques, et prévoient aussi des contrôles par les autorités françaises sur le sol britannique. Lorsque l’interception de vingt-huit personnes tentant de franchir la frontière irrégulièrement du Royaume-uni vers la France est médiatisée, c’est pour rappeler cette symétrie, même si elle est illusoire dans le quotidien.

Dans les ports grecs de Patras et d’Igoumenitsa, d’où partent les ferries pour l’Italie, la situation est semblable à celle rencontrée à Calais, sans que les policiers italiens aient à intervenir sur le sol grec. La police grecque contrôle les camions avant l’embarquement, et mène une répression sévère à l’encontre des exilés dans ces villes et leurs environs. Les exilés trouvés dans ports italiens par la police italienne sont renvoyés en Grèce en vertu d’accords de réadmission bilatéraux.

De la même façon, si on supprime les contrôles britanniques dans les ports français, resteront les contrôles français, la répression menée par les autorités françaises aux approches de la frontière, et le renvoi des personnes arrêtées dans les ports britanniques en vertu des accords bilatéraux de réadmission.

En fait, rien de notable ne changerait. Il serait plus pertinent de remettre en cause le « paquet » constitué par la Déclaration conjointe d’Évian, issue du sommet franco-britannique de 2009, la création du Centre conjoint de renseignement opérationnel de Folkstone, et l’arrangement franco-britannique de 2009. Cet ensemble consolide et amplifie des pratiques antérieures, et porte à la fois sur le contrôle de la frontière et la répression à ses approches.

On pourrait imaginer que les autorités françaises cessent la répression aux abords de la frontière, et la remplace par une politique d’hospitalité. Les exilés seraient accueillis dans des conditions dignes et pourraient accéder à leurs droits. On pourrait imaginer que les autorités françaises n’empêchent plus les exilés de quitter le territoire, et suspendent les accords de réadmission avec le Royaume-uni. Ce serait interprété par les autorités britanniques comme un acte particulièrement inamical entre pays membres de l’Union européenne et ça créerait de fortes tensions entre les deux pays. Mais ça pourrait être un moyen de pression pour que le Royaume-uni renonce à sa politique d’externalisation des contrôles migratoires, qui fait que les contrôles et les violations des droits de l’homme ont lieu sur le sol français, et qu’il passe à une politique de coopération pour l’accueil des personnes en demande protection.

Mais nous sommes loin d’en être là. Depuis des années, les gouvernements français successifs mènent une politique visant à dissuader les personnes en recherche de protection, qu’il s’agisse de demandeurs d’asile ou de mineurs isolés, de demander cette protection en France. Cette politique s’est fortement aggravée depuis l’arrivée de au pouvoir de François Hollande, à l’encontre des réfugiés syriens, et aujourd’hui des réfugiés érythréens.

Alors, de quoi st-il question quand les élus parlent de réviser le traité du Touquet ?

Les contrôles britanniques sur le sol français semblent plutôt un épouvantail chauvin destiné à détourner l’attention.

L’arrangement franco-britannique de 2009 porte principalement sur une répartition entre les deux pays des dépenses réalisées sur le sol français en lien avec le contrôle de la frontière britannique.

Comme en 2009, l’augmentation du nombre d’exilés à Calais est médiatisé. Des bagarres nocturnes le sont en particulier en direction des médias britanniques. Dans le même temps, la maire de Calais détaille à la presse ce que les expulsions de campements coûtent, expulsion par expulsion. La Chambre de commerce d’industrie communique sur les investissements qu’elle doit réaliser pour assurer la sécurité du port. Tandis qu’on médiatise les « hordes de migrants » (l’expression est du directeur de la Chambre de commerce et d’industrie), on détaille la facture à adresser aux autorités britanniques.

De son vivant, Kadhafi agitait de la même façon la « menace migratoire » pour faire payer l’Italie et l’Union européenne. Le dictateur libyen semble devenu l’inspirateur des gouvernements français successifs.

Et les droits de l’homme, dans tout ça ?