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« France is a good country. But they don’t give you a place to sleep. If you give your fingerprints, you stay in the street » : « La France est un bon pays. Mais ils ne vous donnent pas d’endroit où dormir. Si vous donnez vos empreintes digitales (quand vous demandez l’asile *), vous restez à la rue. »

Cette même phrase, à quelques variantes prêt, revient comme un refrain dans la bouche des exilés présents à Calais. Beaucoup demanderaient l’asile en France si les conditions d’accueil n’étaient pas dissuasives.

L’un d’entre aux qui a choisi de rester en France a une convocation à la sous-préfecture au mois d’octobre. En attendant, Il n’est pas reconnu comme demandeur d’asile, il ne touche aucune aide, vit à la rue et peut être arrêté à tout moment.

C’est ce qui est arrivé à un exilé qui a failli être expulsé au Soudan. Il avait choisi d’être accompagné par le Secours catholique, il avait un papier attestant d’un rendez-vous en octobre, le préfet a quand même pris une OQTF (Obligation de quitter le territoire français) sans délais avec placement en rétention et renvoi vers le Soudan. Le tribunal administratif a jugé la chose autrement, l’a fait libérer et a ordonné au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. Mais il faut faire ce recours devant le tribunal administratif dans les premières 48h en rétention, après c’est trop tard, il faut donc avoir les bons réflexes.

Avoir déposé sa demande d’asile ne signifie pas pour autant avoir un hébergement, il faut le plus souvent attendre de longs mois.

Ceux et celles qui sont placé-e-s en procédure prioritaire par décision du préfet sont dans un situation encore plus précaire. Le recours en cas de décision négative en première instance n’est en particulier pas suspensif d’une éventuelle décision d’expulsion. Les préfets ont reçu pour instruction par la circulaire du 11 mars 2014 de délivrer une OQTF sans attendre le résultat du recours. Nous n’avons pas de recul pour savoir si c’est le cas à Calais, mais c’est pratiqué ailleurs en France, au moins vers des pays où on peut expulser rapidement, avant que le juge n’ait pu se prononcer sur la légalité de la mesure (voir par exemple ici http://www.educationsansfrontieres.org/spip.php?article51274 ).

Dublin III, délais d’accès aux guichets des préfectures, procédure prioritaire, hébergement inexistant, tardif ou inadapté, accompagnement souvent déficient, les autorités ne lésinent pas sur le moyens pour dissuader les personnes en recherche de protection de demander l’asile en France, ou s’ils le font quand même leur donner un maximum de chance d’échouer.

 

Écouter aussi http://audioblog.arteradio.com/post/3061482/interview_d_aboul_gassim/

 

(*) La première chose que font les autorités lorsque vous venez demander l’asile est de prendre vos empreintes digitales pour interroger la banque de données EURODAC. Si vos empreintes digitales ont été prises dans un autre pays, la France pourra vous y renvoyer pour que vous y fassiez votre demande d’asile, en vertu du règlement européen Dublin III.

 

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