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C’est toujours avec un pincement qu’on voit réapparaitre à Calais quelqu’un qui y était il y a quelques années.

Il y a bien sûr quelques exceptions, comme ce Kurde qui était à Calais à la Noël 2008, puis est revenu trois ans plus tard. Il avait entre temps obtenu le statut de réfugié au Royaume-uni, y exerçait son métier de journaliste et revenait à Calais dans cadre de son travail.

Mais la situation la plus fréquente est plutôt celle-ci : « tu me reconnais, j’étais là en 2010. Je suis passé en Angleterre, ils m’ont renvoyé en Afghanistan, je suis revenu pour aller en Angleterre de nouveau. »

Le temps de retour est variable selon le pays, le temps nécessaire pour préparer son voyage, trouver les moyens financiers nécessaires. On revient plus rapidement d’Albanie que d’Afghanistan.

Les personnes qui ont été expulsées du Royaume-uni vers d’autres pays européens, suivant le règlement Dublin en cas de demande d’asile, sinon dans le cadre d’accords de réadmission entre pays européens, reviennent parfois très vite à Calais, en quelques jours. Parfois, si elles le peuvent,  elles font des petits boulots avant de remonter pour avoir de quoi payer leur passage. Parfois aussi, elles sont enfermées en rétention pendant des semaines ou des mois.

On voit ainsi des personnes repasser plusieurs fois, après chaque expulsion, et des personnes qui ont fini au fil de leur errance en Europe par avoir des empreintes digitales dans tant de pays qu’elles n’ont plus de chance de pouvoir déposer une demande d’asile où que ce soit. Elles ne peuvent qu’aller de pays en pays sans pouvoir s’y poser.

On voit aussi revenir des personnes qui ont déposé une demande d’asile en France et ont été refusées : « la France, c’est de la merde. J’ai donné mes empreintes, j’ai attendu trois, et puis négatif. J’ai perdu trois ans de ma vie et ils ne m’ont pas donné de papiers. » Alors que faire, sinon reprendre le chemin qu’on interrompu pour tenter sa chance en France. Sachant qu’il n’y a plus de possibilité de demander l’asile ailleurs en Europe, et que les années ont passé.

Et puis il y a les personnes qui sont passées par la case prison : « tu me reconnais ? J’étais en prison. Un an. Ils ont dit que j’étais un passeur. » Sur un parcours d’errance, en plus des placements en rétention, des expulsions, s’ajoutent souvent un ou des séjours en prison.

Alors pourquoi reprendre le chemin de l’Angleterre ? D’abord les personnes qui font d’autres choix ne repassent pas par Calais. Pour celles qui ont passé du temps au Royaume-uni, eh bien elles rentrent chez elles, tout-au-moins dans le pays où elles ont commencé à construire quelque chose. Pour d’autres c’est la reprise d’un parcours interrompu. Ou c’est un choix par défaut, faute d’autre perspective, d’autre endroit où se poser.

Et ce retour a souvent la couleur de l’amertume.

NB : les dialogues sont authentiques. Ils ont été entendus plusieurs fois, de personnes différentes, avec des variantes.

 

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