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La rentrée a été tout d’abord marquée par l’annonce de la maire de Calais qu’elle allait demander au ministre de l’intérieur la création d’un centre d’hébergement pour les exilés, et par la réponse du ministre disant qu’il ne serait pas question d’hébergement mais qu’il prévoyait la création d’un centre d’accueil de jour.

Lorsqu’il était venu à Calais le 12 décembre dernier, Manuel Valls, qui était encore ministre de l’intérieur, s’était engagé à expérimenter des lieux d’hébergement pour les exilés (des « maisons du migrant ») et à renforcer les effectifs de CRS. Les CRS sont arrivés deux semaines après. Pas les lieux d’hébergement.

Qu’en sera-t-il cette fois-ci, et comment s’annonce ce projet de centre d’accueil de jour ?

La localisation prévue pose question. Les expulsions de squats et de campements du 28 mai et du 2 juillet ont repoussé la plupart des exilés à l’extérieur de la ville, et ils se sont installés généralement près des lieux de passage. Ainsi dans la zone industrielle des Dunes, tout près de la rocade et de l’entrée du port. Les images de groupes importants d’exilés entourant les camions et forçant l’entrée du port, c’est là. Le lieu prévu pour le centre d’accueil de jour, le camp Jules Ferry, est immédiatement de l’autre côté de la rocade. Fixer les exilés à cet endroit est contradictoire avec l’objectif de faire baisser la tension à l’entrée du port, qui apparait comme une des priorités du préfet.

https://goo.gl/maps/zVZCf

Il se dit en coulisse que la maire de Calais, qui a proposé le lieu, voulait depuis longtemps déménager le centre aéré accueilli au camp Jules Ferry, et se heurtait à des oppositions. Il est possible qu’elle utilise les exilés pour faire avancer son projet de déménagement.

Il est probable que le ministre ne se soit pas penché sur une carte et ne connaisse que de loin la situation locale.

On est plus étonné, pour un projet dont le démarrage est annoncé à un horizon de deux mois, que les services de la préfecture ne se soient pas penchés sur la question.

On peut ajouter que le camp Jules Ferry est à une heure de marche du centre-ville, à deux heures de marche du quartier du Fort Nieulay, où se trouve un campement de près de trois cents personnes : à cet endroit-là le centre d’accueil de jour ne sera pas accessible à tout le monde.

L’autre aspect est celui du projet. Il n’est pas forcément simple de travailler avec des publics en grande précarité, quels qu’ils soient, s’ajoute ici la question des langues, et la présence de personnes particulièrement vulnérables en fonction de ce qu’elles ont subit ou en raison de leur âge. Se posera notamment la question des mineurs, jusqu’ici les associations font ce qu’elles peuvent, mais s’agissant d’un centre mis en place par l’État, l’accueil pendant la journée de mineurs en danger et leur remise à la rue le soir posera quelques problèmes juridiques. Difficulté supplémentaire, ce lieu d’accueil s’adressera à plusieurs centaines de personnes.

Il faut un projet défini, un personnel compétent, un travail d’équipe.

Pour l’instant, l’État essaye de faire payer les collectivités locales pour son projet. Qui sont d’autant plus réticentes que dans le même temps l’État réduit ses dotations aux collectivités locales, qui correspondent à des compétences, et donc des dépenses, qu’il leur a transférées.

Il semblerait aussi que l’État compte aussi sur les associations pour mettre à disposition un personnel bénévole, donc gratuit – on aurait une sorte de centre d’accueil low cost,  qui serait aussi une sorte de ghetto à l’extérieur de la ville, qui permettrait un affichage humanitaire de l’État mais dont le fonctionnement quotidien pèserait toujours sur les mêmes bénévoles associatifs.

Beaucoup d’incertitude, donc. Alors que l’hiver approche. Et que ce projet ne résout pas la question des centaines de personnes qui dormiront à la rue.