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L’Eldorado britannique est un cliché qui revient inlassablement pour expliquer la motivation des exilés de Calais à aller au Royaume-uni. Vaguement condescendante, elle signifierait que leur démarche reposerait sur une illusion quant à la réalité outre-Manche.

Les exilés qui arrivent jusqu’ici ne sont ni les plus riches (les très riches et les suffisamment puissants n’ont généralement pas de problème pour venir en Europe légalement, les personnes qui ont suffisamment d’argent achètent un faux passeport ou ont recours à des moyens moins risqués que s’introduire dans un sous un camion dans un parking), ni les plus pauvres, qui n’ont généralement pas les moyens de parcourir des distances aussi grandes et de franchir autant de frontières.

Ce sont donc en gros des membres des classes moyennes qui sont dans les « jungles ». Ils sont connectés quand ils le peuvent par téléphone, facebook, internet. Beaucoup connaissent des personnes déjà arrivées au Royaume-uni. Celles-ci peuvent enjoliver la vie qu’elles y mènent, masquer les aspects les plus pénibles, se présenter en situation de réussite sociale. Mais les informations circulent.

Toute une partie des personnes qui arrivent en Europe n’ont pas de possibilité de retour. Et c’est une nécessité psychologique pour tenir de garder l’espoir d’être accueilli quelque part, devant la violence du rejet qui leur est exprimé par les autorités européennes. Parce qu’on a bon être informé, il est difficile d’imaginer la réalité qu’ils vont rencontrer en Europe dans toute sa dureté – nous avons du mal à l’imaginer nous-mêmes sans l’avoir vu, si nous y réfléchissons bien.

Donc il y a des facteurs d’embellissement de la réalité, comme nous pouvons tous avoir tendance à embellir certaines perspectives, et plus encore quand nous sommes sous pression et que nous avons besoin d’une espérance.

Il est souvent dit que les passeurs créent ou entretiennent ce mythe de l’Eldorado britannique en raison de leurs intérêts commerciaux. C’est sans doute leur intérêt, mais celui des exilés est de diversifier leurs sources d’information pour se faire une idée. Sachant que plus les exilés sont marginalisés et coupés d’une diversité d’accès à l’information, plus l’autorité des « passeurs » peut être importante.

Mais les exilés sont des personnes en demande d’information sur les situations qu’ils vont rencontrer.

Pour l’instant, l’option des autorités est de leur expliquer pourquoi ce n’est pas bon pour eux d’aller au Royaume-uni. Ce qui ferait avancer la situation serait sans doute de considérer enfin les exilés comme des adultes, et de faciliter leur accès aussi large que possible à des informations qui leur permettront de faire des choix quant à leur avenir.

Et ce que peuvent faire d’utile les pouvoirs publics, c’est offrir des solutions d’avenir crédibles aux personnes.