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Flux (migratoires), afflux (de migrants), étanchéité (des frontières) : le langage officiel concernant les migrations emprunte volontiers aux liquides. À croire que le choix de Varsovie comme siège pour l’agence Frontex (l’agence de l’Union européenne pour la surveillance de ses frontières extérieures) serait un secret hommage au plombier polonais dont nos salles de bain attendent toujours désespérément l’invasion.

Il y a donc un afflux de migrants à Calais, il faut donc maitriser les flux et renforcer l’étanchéité du port (étrangement, on ne parle pas du Tunnel, par lequel passe pourtant la moitié d’un autre flux, celui des camions – le modus operandi pour les exilés étant le même, se glisser dans les camions, qui montent sur la navette qui leur fait passer le Tunnel pour arriver en Grande-Bretagne).

Notons aussi que les autorités ne parlent que de Calais, alors que l’afflux concerne tout le littoral, de Dunkerque à Ouistreham et Saint-Malo, les parkings autoroutiers en amont des ports – et la situation est semblable côté belge. Mais comme elles doivent montrer qu’elles maitrisent les flux et ont la situation bien en main, elles resserrent le cadre sur là où la situation est sous l’œil des médias : Calais.

Côté étanchéité du port de Calais (est-ce que ça fait sens, un port étanche ?), un accord a été trouvé entre gouvernements français et britannique. Dont le côté répressive n’a strictement rien d’innovant, si on relit les précédents accords de 2009. Et comme à l’occasion de la séquence médiatique précédente en 2009 : les Anglais payent. Inspirées par feu Kadhafi, qui menaçait d’ouvrir le robinet à migrants et de les lancer à travers la Méditerranée à l’assaut des côtes européennes pour obtenir des contreparties financières, les autorités françaises portent sur la scène médiatique l’afflux massif des migrants à encablures des falaises de Douvres pour obtenir un chèque de leurs vis-à-vis britanniques. À noter que la déclaration franco-britannique célébrant cet accord est lisible en bonne place sur le site du ministère français de l’intérieur (côté bénéficiaire), mais introuvable sur le site du Home Office (côté payeur).

Côté afflux, le conseil européen du 10 octobre 2014 consacre un certain nombre de mesures, dont le déploiement dans les eaux territoriales italiennes d’une opération Frontex Plus (voir aussi ici). Comme Frontex a déjà été déployé en Méditerranée et qu’on veut montrer qu’on va faire plus, on dit Frontex Plus, dans une logique de réclame de lessive.

Le robinet étant coupé (en principe, si on en croit les plombiers – pardon, les ministres de l’intérieur – respectifs) avant et après, que reste-t-il au milieu ?

Quelques milliers de personnes bloquées entre deux pays ayant chacun autour de soixante-cinq millions d’habitants – un pipi de moineau, et deux baleines se croient noyées.

Soyons sérieux : oui, mais quand ?

 

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Photo Loup Blaster http://loupblaster.tumblr.com