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La venue de Bernard Cazeneuve ce lundi à Calais est confirmée par une note aux rédactions diffusée aujourd’hui :

http://www.interieur.gouv.fr/Presse/Les-notes-aux-redactions/Deplacement-de-Bernard-Cazeneuve-a-Calais

Les associations, dont la présence selon le programme est requise à 18h15, l’apprennent par voie de presse ou par les coups de téléphone des journalistes. La politesse n’est pas dans les habitudes de ce gouvernement, pour lequel la place de la société civile est sur la photo pour entretenir l’image d’un semblant de démocratie et de dialogue.

La dernière visite de ministre de l’intérieur date de décembre dernier. C’était alors Manuel Valls. Quand on voit la situation quelques mois plus tard, on peut dire qu’il n’a pas été très utile.

Surtout en décembre, l’augmentation des traversées de la Méditerranée, liées notamment à l’instabilité en Libye, avait déjà débuté, et ses effets commençaient à être sensibles à Calais et de manière générale à la frontière britannique. Il était prévisible que le mouvement allait s’amplifier, il était possible d’anticiper.

C’est ce qu’aurait dû être l’action publique, c’est ce qu’elle n’a pas été.

Bernard Cazeneuve a donc en face de lui la situation laissée par son prédécesseur.

Que vient-il faire à Calais ? Les renforts de police, déjà annoncé. La sécurisation du port, déjà annoncé. L’expulsion des campements, aux premiers jours de la trêve hivernale et en violation de la loi ALUR à peine votée au printemps, mauvais en terme d’image.

Le projet de centre de jour avance chaotiquement, l’État vient à peine de trouver un opérateur prêt à se lancer dans ce projet peu clair, cet opérateur n’a pas d’expérience de travail avec ce public. La préfecture commence à comprendre que le camp Jules Ferry était un centre aéré pour les enfants l’été, donc des WC pour enfants et pas de chauffage. Il serait souhaitable que ça avance plus vite, mais pitié pas d’annonce publicitaire qui brusque l’ouverture alors que rien n’est prêt.

Alors pourquoi venir à Calais ?

Une manifestation anti-migrants à l’appel d’un syndicat de police, le ministère lâche un renfort de cent policiers. Marine Le Pen vient à Calais. Le ministre de l’intérieur débarque dans la précipitation une semaine plus tard.

Est-ce que ça donne vraiment une image rassurante de l’action publique ?

De Saint-Malo à Dunkerque, et plus à l’intérieur des terres le long des grands axes de circulation, il y a quelques milliers de personnes qui essayent de parvenir au Royaume-uni. C’est à l’échelle d’un pays de soixante-cinq millions d’habitants, c’est beaucoup si on laisse pourrir la situation.

Il y a besoin de coordonner l’action des préfecture pour que des solutions d’accueil soient mises en place à l’approche de l’hiver. Il y a besoin d’augmenter les moyens des plates-formes d’information et d’accompagnement des demandeurs d’asile pour que les personnes qui souhaiteraient déposer leur demande en France puissent le faire dans de bonne condition. Il y a besoin d’ouvrir la discussion avec les autorités britanniques pour qu’à minima les demandeurs d’asile qui ont de meilleures chances d’intégration au Royaume-uni (liens familiaux, existence d’une communauté plus nombreuse et mieux ancrée, connaissance de la langue) puissent passer légalement la frontière pour y déposer leur demande.

Ce n’est pas en faisant une visite à Calais que M. Cazeneuve va faire avancer les choses, et il ferait mieux de rester dans son bureau pour coordonner l’action des services de l’État et apporter enfin des solutions aux problèmes.

 

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Juin 2014, occupation du lieu de distribution des repas, assemblée générale des habitants – photo Loup Blaster http://loupblaster.tumblr.com