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Un soir de distribution de repas sur le terrain vague du quai de la Moselle, fin octobre. 5 fourgons de CRS et 1 voiture de la police aux frontières stationnent sur le parking de l’autre côté de la route. 1 autre fourgon de CRS est stationné sur le terrain vague, de l’autre côté de la distribution, tandis que 2 autres vont et viennent dans la rue. 8 fourgons et 1 voiture simplement pour une activité quotidienne d’une association humanitaire.

Depuis plusieurs mois diverses sources policières répètent que la police est en sous-effectif, le message est repris en boucle par les médias, sans vérification, et parfois contre toute évidence.

À aucun moment, même au plus fort de l’été et des « assauts massifs de migrants » dans le port, le ballet des voitures de police sillonnant la ville ni les contrôles au faciès à la gare ou dans les rues n’ont cessés. Malgré la pression sur le port, les effectifs étaient donc suffisant pour maintenir le quadrillage de la ville. À moins toutefois que les autorités aient dégarni intentionnellement le port pour rendre plus spectaculaire le risque d’invasion du Royaume-uni par les « migrants », et obtenir le chèque tant attendu du gouvernement britannique. Mais a minima si les effectifs n’étaient pas suffisants au port c’est qu’ils tournaient en ville.

Dans sa décision de 2012 sur le harcèlement policier à Calais, le Défenseur des Droits avait fait l’inventaire des forces de police spécifiquement affectées à la lutte contre les exilés (pages 5 et 6). Il s’agissait à l’époque de 500 fonctionnaires et contractuels de la police aux frontières, 250 affectés à la surveillance des points frontières (150 en France et 100 au Royaume-Uni), donc entre autres du port de Calais, et 250 à la lutte contre l’immigration clandestine. S’y ajoutaient une compagnie de CRS de 80 personnes. Il y a par ailleurs un commissariat de police à Calais pour ce qui ne concerne pas la frontière et l’immigration, ainsi qu’une police municipale. Ponctuellement l’une et l’autre peuvent néanmoins être mobilisées contre les exilés.

Aujourd’hui, on est passé à 350 CRS, qui sont en train de recevoir un renfort de 100 agents, portant les effectifs à 450. Il est à noté que la police a réussi à mettre en place un nouveau dispositif pour éloigner les exilés de l’entrée du port, les jours où le trafic est ralenti sur l’autoroute et qu’ils y tentent de monter dans les camions, avant l’arrivée de ce renfort de 100 agents. Ceux-ci vont donc principalement faire autre chose.

Il faudrait ajouter à cet inventaire des patrouilles de la police ferroviaire effectuant des contrôles au faciès dans les trains ou à la gare, et des contrôles de titres de transports, systématiques ou au faciès, à l’accès aux quais ou dans les trains à l’arrêt, contrôles visant les exilés.

La police est donc en état d’assurer à la fois la « protection » du port et de ses accès, et de maintenir un haut niveau de ce que le Défenseur des Droits qualifiait déjà de harcèlement policier sur le territoire du Calaisis, ciblant une population particulière, les exilés. Elle le fait souvent avec une violence particulière (écoutez ici).

L’accord franco – britannique du 20 septembre 2014 prévoit entre autres d’augmenter les arrestations et les expulsions du territoire, vers des pays de transit ou vers le pays d’origine. C’est probablement à ça que vont servir les renforts de police, d’autant plus qu’arrestation et placement en rétention signifient procédure administrative mobilisant un temps policier important.

 

000034Les murs qui parlent de l’Occupation Galou. Photo Loup Blaster http://loupblaster.tumblr.com