Étiquettes

, , , ,

Pour la deuxième année consécutive, les Syriens à Calais font des demandes et posent des questions similaires.

En 2013, ils partageaient la condition des exilés à Calais, vivant dans des lieux insalubres et essayant de passer la frontière irrégulièrement. Quand le squat qu’ils habitaient a été évacué le 3 septembre, puis qu’ils ont été chassés de lieu en lieu pendant des semaines, Ils ont refusé les règles du jeu que les autorités les obligeaient à jouer. Ils ont occupé l’accès piéton du port, ont affirmé leur qualité de réfugiés, et ont demandé à pouvoir accéder légalement au territoire britannique pour y déposer une demande d’asile (voir ici la chronique des expulsions de septembre 2013, et ici celle du mouvement des Syriens d’octobre 2013 – dans les deux cas, cliquez sur « articles plus récents » pour suivre la chronologie).

Les autorités britanniques ont refusé d’accéder à leur demande, et les Syriens sont retournés aux conditions de vie insalubres – ça a été le début du campement de la rue Lamy, évacué devant les médias le 28 mai 2014 (voir ici et ) et au passage irrégulier de la frontière.

La situation est analogue aujourd’hui. Le redéploiement policier à l’accès du port et les travaux en cours sur les clôtures qui sont coiffées de barbelés, rendent le passage plus difficile par la voie illégale, tandis que l’automne rend les conditions de vie plus dures.

Les exilés syriens refusent à nouveau les règles du jeu qui leur sont imposées, manifestent et demandent, en qualité de réfugiés, à pouvoir entrer légalement au Royaume-uni pour y demander l’asile.

À nouveau les autorités britanniques refusent le dialogue. Et déjà une partie des exilés se tournent à nouveau vers les passeurs pour franchir irrégulièrement la frontière.

Cette situation illustre de manière limpide que ce sont les autorités qui établissement les règles du jeu et qu’elles s’en satisfont très bien. Ce sont elles qui décident qui peut franchir régulièrement leur frontières et qui doit le faire irrégulièrement. Ce sont elles qui ont décidé qu’il n’y aurait pas de lieu d’accueil à la frontière franco-britannique, et qui contraignent les exilés à vivre dans des conditions précaires et insalubres. Ce sont elles qui décident du niveau de violence qu’elles exercent sur les exilés (expulsions de squats et campements, pression policière, arrestations et expulsions du territoire). Ceci est d’ailleurs écrit, dans une série d’accords franco-britanniques que vous pouvez consulter ici.

Ce que font les Syriens pour la deuxième année consécutive, c’est refuser la violence et la clandestinité qu’on leur impose et inventer de la démocratie : affirmer une position, interpeler les médias et l’opinion publique, demander un dialogue avec les pouvoirs publics pour faire évoluer la situation. C’est ce débat démocratique que les autorités refusent.

Au-delà, l’action des Syriens met à nu ce que sont les relations entre État à l’intérieur de l’Union européenne. Un État, le Royaume-uni, se débarrasse de ce qu’il considère comme un problème sur le territoire de son voisin, la France, et lui fait assumer les conséquences de ses propres politiques migratoires. Au besoin, il le paye pour ça, comme l’Union européenne le fait avec la Libye. Au besoin, la France laisse pourrir la situation et médiatise le désordre à la frontière pour obtenir son chèque, comme le fait la Libye avec l’Union européenne.

On pourrait imaginer au contraire que les États membres de l’Union européenne coopèrent, que les autorités britanniques discutent avec les autorités françaises de la manière de minimiser les impacts négatifs de la politique migratoire britannique sur le territoire français, et de la manière intelligente de mettre en œuvre les conventions internationales, dont la Convention de Genève sur les réfugiés, à cette frontière.

La France et le Royaume-uni pourraient ainsi se mettre d’accord pour que les exilés qui ont de meilleures chances d’intégration au Royaume-uni puissent y déposer leur demande d’asile. Ce serait une sorte de minimum pour que les choses se passent bien pour les deux pays concernés et pour les réfugiés. Ça peut se faire sans changer les grandes lignes de politiques migratoires très criticables par ailleurs.

Les Syriens ne demandent rien d’autre.

Ça apaiserait notablement la situation sur le littoral français (et belge, puisque la même situation se retrouve en Belgique). Ça ne coûterait pas 15 millions d’euros au gouvernement britannique (c’est le montant de la contribution britannique à la sécurisation du port de Calais sur trois ans). Ça résoudrait une multitude de situations individuelles pour des exilés bloqués à la frontière.