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Les manifestations des exilés syriens à Calais, où ils se sont rassemblés quotidiennement pendant vingt jours – ils se sont arrêtés jeudi dernier (voir la chronique de leur mouvement sur ce blog et sur l’audioblog http://audioblog.arteradio.com/blog/Passeursdhospitalites/ , sur lequel des traductions en français des entretiens seront bientôt disponibles) et à Athènes où ils sont rassemblés devant le parlement depuis deux semaines (voir sur le blog Exilés dans les Balkans et sur Okeanews) témoigne de la situation qui leur est faite en Europe.

Plus de 3 millions de Syriens ont quitté leur pays en raison de la guerre. Les États de l’Union européenne en ont accueilli 33 000 au total dans le cadre de programmes de réinstallation, soit 1% des réfugiés syriens. Sur ces 33 000, l’Allemagne a elle seule en a accueilli 28 500. Les 27 autres États de l’UE tous ensemble en ont donc accueilli 4 500, soit… 0,15%.

La seule alternative pour obtenir la protection de l’Europe est de franchir illégalement ses frontières, avec les risques que cela comporte. Les gardes-frontières et les gardes-côtes des différents États européens sont là pour les en empêcher, et au besoin pour les refouler à la frontière (ce qui est illégal en droit international), mais aussi les missions de Frontex, l’agence européenne pour la surveillance des frontières extérieures de l’UE. La Grèce et Bulgarie ont aussi dressé des clôtures à leur frontière avec la Turquie.

Mais il ne suffit pas d’entrer dans l’Union européenne, il faut ensuite gagner un État susceptible de vous accueillir. Les États frontaliers ont en effet une politique de non-accueil. En Bulgarie, les demandeurs d’asile peuvent être enfermés dans des centres de rétention, laissés à la rue, ou accueillis dans des bâtiments abandonnés n’offrant pas le minimum de confort et d’hygiène. La procédure d’asile est longue, hasardeuse, et les chances d’intégration des personnes obtenant le statut de réfugiés sont très faibles. La Grèce est régulièrement condamnée par la Cour Européenne des Droits de l’Homme pour les traitements inhumains et dégradants infligés à des étrangers et en particulier à des réfugiés (voir par exemple ici, ici et ). Elle fonctionne aussi comme un piège dont il est très difficile de sortir : elle est séparée des autres pays de l’Union européenne par la mer ou par la multitude des frontières des Balkans. En Italie, le manque d’hébergements et de programmes d’intégration laisse les demandeurs d’asile et les réfugiés dans des squats ou à la rue, entre travail au noir, prostitution et autres formes d’exploitation.

À Calais, au cœur de l’Europe, ils sont coincés entre la politique française de non-accueil, qui consiste à laisser les demandeurs d’asile à la rue avant d’accéder au guichet qui leur permettra d’entrer la procédure de demande d’asile, puis pendant des semaines ou des mois, et la fermeture de la frontière britannique.

Ils venaient chercher une protection, l’Europe en fait des parias. Jusqu’à ce qu’ils atteignent enfin un pays qui leur donne une chance d’obtenir l’asile, de s’intégrer et de reconstruire leur vie… À condition que leurs empreintes digitales n’aient pas été prises, parfois de force, dans le pays par lequel ils sont entrés dans l’Union européenne. Auquel cas c’est le pays d’entrée, Bulgarie, Italie, Hongrie (on ne renvoie plus en Grèce tellement les conditions y sont mauvaises) qui est responsable de la demande d’asile selon la législation européenne (règlement Dublin III), et ils vont y être renvoyés. Et alors commence une longue errance, chargée de l’angoisse pour la famille restée en Syrie, et que le premier arrivé en Europe était sensé faire venir ou aider.

 

Pentax Digital CameraManifestation des Syriens à Calais, 10 novembre 2014.