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Alors que monte à Calais un discours faisant des « migrants » et délinquance, comme pour justifier l’aggravation de la répression à laquelle nous assistons en ce moment, nous signalons le documentaire diffusé par France 2 dans l’émission Infrarouge :

http://www.france2.fr/emissions/infrarouge/videos

et reprenons ici in extenso la présentation publiée par un des auteurs ici :

http://yami2.com/article.php?id=71&cat=Articles

 

« IMMIGRATION ET DÉLINQUANCE : LES CHIFFRES 2014

Un documentaire inédit écrit par Christophe Nick et Gilles Cayatte. Une enquête menée par John Paul Lepers et réalisé par Gilles Cayatte.

Avec la participation de France Télévisions et du Centre National du Cinéma et de l’image animée. Avec le soutien de l’Agence nationale de la cohésion sociale et de l’égalité des chances – L’Acsé – Commission Images de la diversité, de la PROCIREP – Société des Producteurs et de l’ANGOA et de la MGEN.

Bande Annonce // Immigration et délinquance : l… par yami2

Résumés

Première partie : IMMIGRATION ET DÉLINQUANCE, L’ENQUÊTE QUI DÉRANGE

Prenons un préjugé très répandu en France. « Plus il y a d’immigrés, plus il y a de délinquance ». John Paul Lepers, qui en est fermement convaincu, veut vérifier. À l’aide du recensement de l’INSEE et des statistiques du ministère de l’Intérieur, il se rend d’abord dans les communes de France qui comptent le plus d’immigrés : Aubervilliers, Beausoleil, Oyonnax. Les écarts de délinquance dans ces quatre communes en tête du hit-parade de l’immigration sont tels qu’il doit changer de méthode. Il compare la délinquance dans deux grosses agglomérations que tout oppose : Montbéliard, à très fort taux d’immigrés et Caen, avec quasiment pas d’immigrés.  Les résultats le stupéfient : ce sont les mêmes. Avec l’aide de statisticiens et de spécialistes de la criminalité, il démontre que le lien entre immigration et délinquance n’est pas vérifié.

Deuxième partie : LA FABRIQUE DU PRÉJUGÉ

Dans un second film, John Paul Lepers essaye de comprendre pourquoi ce préjugé est tenace. Il découvre des mécanismes insidieux qui sont à la racine de toute discrimination. À l’aide de professeurs en psychologie sociale, il réalise des expériences dans des écoles primaires et dans des salles de laboratoire qui révèlent les processus inconscients qui nous poussent à créer des catégories humaines et à leur apposer des stéréotypes, qui deviennent des préjugés à la base de toute discrimination.
Note d’intention

Une enquête pour les Français qui doutent. Ces deux films vont choquer, et je le revendique. Au début du premier film, « immigration et délinquance, l’enquête qui dérange » je raconte une expérience personnelle, avec des mots crus : « Dernièrement, à Paris, une dizaine de jeunes, noirs et arabes, a essayé de voler mon scooter, je l’ai récupéré, mais ils m’ont frappé ». Pourquoi ai-je précisé qu’il s’agissait de  jeunes « noirs et arabes », au risque d’être condamné pour cette précision ethnique. J’ai décidé de prononcer ces mots parce que je sais aujourd’hui que nous sommes dans l’erreur, et que cette situation est dangereuse pour notre pays.
Pendant le tournage de ces films, j’ai accepté de me mettre à nu. J’ai abandonné mon idéologie, et j’ai voulu me fondre dans cette France qui est malade des bouleversements qu’elle subie. Nous (une majorité de Français, et je m’y inclue) avons la quasi certitude que la montée de la délinquance est liée à l’immigration. Certes, nous ne l’exprimons pas de la même manière, car pour certains il s’agit d’une opportunité politique, pour d’autres c’est un sentiment presque honteux, mais nous en sommes là, collectivement.
Sur ces questions essentielles, les sentiments, bons ou mauvais, ne suffisent pas. Avec Christophe Nick et Gilles Cayatte, nous avons mené l’enquête, pendant de long mois. A partir des statistiques officielles que nous avons minutieusement vérifiées sur le terrain, nous apportons des preuves qui montrent que non, et je dois vous dire que j’ai eu du mal à le croire, la délinquance n’est en aucune manière liée à la présence d’immigrés sur notre territoire. Les immigrés ne sont pas plus, et bien sur pas moins délinquants que les autres Français. Qu’on se le dise !

Le premier film apporte, à tout citoyen de bonne foi, des exemples concrets et des chiffres précis, qui constituent potentiellement une boite à outils pour combattre ceux qui ont intérêt à opposer les communautés qui forment la France.
Le deuxième documentaire, s’attache à nous expliquer comment nait un préjugé, et pourquoi nous en sommes, en fait, victimes. Une plongée scientifique et subtile dans nos imaginaires collectifs.
John Paul Lepers
Note méthodologique

Première partie – Immigration et délinquance, l’enquête qui dérange

Nous avons commencé cette enquête à l’été 2010, à froid, sans passion, méthodiquement. Nous avons associé à notre enquête Laurent Mucchielli, directeur de recherche au CNRS, directeur du programme de recherche « Observatoire Régional de la Délinquance et des Contextes Sociaux » (ORDCS) au Laboratoire Méditerranéen de Sociologie (LAMES-UMR7305) de l’Université Aix-Marseille.

•  Nous avons utilisé les données du recensement national de l’INSEE et les statistiques locales des crimes et délits du Ministère de l’Intérieur. Il nous a d’abord fallu créer de toute pièce une immense base de données.
Le recensement de l’Insee (un tableau EXEL de plus de 8000 pages et 66 colonnes) offre des données démographiques sur l’ensemble du territoire à partir d’unités géographiques composées d’un maximum de 4 000 individus. Les grandes villes sont découpées en dizaines de micro zones, les plus petites communes apparaissent en unités singulières. Ces données sont d’accès public sur internet (http://www.insee.fr/fr/bases-de-donnees/default.asp?page=recensement/resultats/2007/donnees-detaillees-recensement-2007.htm)
La colonne 65 de ce gigantesque découpage recense le nombre d’ « immigrés » dans l’unité géographique. Qu’est-ce qu’un immigré ? Une personne née à l’étranger, vivant en France, ayant acquis ou pas la nationalité française.
En posant ces données sur une carte de France, on voit très nettement une France coupée en plusieurs grandes zones : de là où l’implantation de l’immigration est forte (plus de 10% de la population d’une unité géographique de l’INSEE), jusqu’à là où elle est quasiment anecdotique (moins de 2,5% de la population, soit le même taux d’immigration que la France de 1920).
À noter  Il n’existe pas de données fiables sur les enfants et petits enfants d’immigrés, puisqu’il s’agirait de données ethniques, interdites en France. L’étude des migrations intérieures depuis plus de cinquante ans montre néanmoins qu’il n’y a pas eu de déplacements de population massive des départements à forte immigration vers les départements sans quasiment aucune immigration. Autrement dit, les départements ayant une très faible immigration sont aussi des départements ayant très peu d’enfants de la deuxième ou troisième génération d’immigration.
Pour vérifier si l’immigration a un impact réel sur la délinquance et la criminalité, il faut ensuite reporter les statistiques locales du Ministère de l’intérieur sur la carte de l’implantation de l’immigration.
Le Ministère de l’Intérieur publiait jusqu’en 2009 un annuaire statistique officiel, consultable sur internet (http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/104000449/). On y découvre un autre découpage : les zones policières et les zones de gendarmerie. Ces zones sont difficilement comparables, les moyens d’investigation et de détection ne sont pas les mêmes. Nous avons donc conservé les seuls chiffres vraiment comparables d’un territoire à un autre : ceux concernant les Circonscriptions de Sécurité Public (CSP, à l’époque plus de 400 en France). Elles peuvent regrouper plusieurs communes autour d’une métropole locale, mais disposent toutes du même appareil sécuritaire : une brigade anti-criminalité, des éléments de Police Judiciaire, un commissariat central et des antennes locales, une direction de la sécurité public etc. Le nombre de policiers affecté à une CSP est proportionnel au nombre d’habitant à l’intérieur de cette zone.
L’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP), département de l’Institut des Hautes Etudes de la Sécurité et de la Justice (INHESJ) nous a aimablement confié la répartition exacte des communes rattachées à chaque CSP. Ces informations ne figuraient pas sur l’annuaire statistique.
Nous avons donc reporté les statistiques de l’INSEE sur ce découpage. Ainsi, la commune de Caen, qui comptait 109 630 habitants en 2007, avec un taux de 5,3% d’immigrés, est-elle rattachée dans sa CSP à 18 autres petites communes de son agglomération, dont Bretteville sur Odon, 4 489 habitants, 0,73% d’immigrés. Lorsque nous donnons les statistiques de Caen, il faut comprendre celles de la CSP de Caen, soit 109 630 plus les 86 191 habitants des 18 autres communes de l’agglomération, un total de 195 821 personnes en 2007. Le taux d’immigration baisse très légèrement, de 5,3% à 5,08%.
Le taux de criminalité de la CSP de Caen était de 72,41 pour mille en 2009.
Le débat sur les biais que comportent ces chiffres n’est pas nouveau (notamment décalage entre délinquance ressentie et délinquance observée, nature des dépôts de plainte, etc.) mais ces biais sont les mêmes dans chacune des CSP et donc gardent toute leur validité pour un exercice de comparaison : ils sont pris la même année, sous le même Ministre de l’Intérieur, avec les mêmes consignes et les mêmes techniques pour tous. Ils fournissent des données égales sur tout le territoire de France.

• Dès la première superposition des deux données, celles de la carte de l’implantation de l’immigration et celle des CSP, on découvre des niveaux de délinquance très comparables dans des villes n’ayant absolument pas le même taux d’immigration.
Exemple :
La CSP de La Roche-sur-Yon (Vendée) compte 2,45% d’immigrés. Son taux de délinquance et de criminalité est de 76,33 pour mille.
La CSP d’Argenteuil (Val d’Oise) compte 20,57% d’immigrés. Son taux de délinquance et de criminalité est de 71,79 pour mille.
La Roche-sur-Yon est la préfecture de France ayant le moins d’immigrés. Son niveau de délinquance est pourtant de 5 points supérieur à celui d’Argenteuil, une commune dont le ministre de l’Intérieur déclarait en 2005 qu’il fallait la « nettoyer au karcher ».
Dans cette fourchette d’un taux de délinquance compris entre 68 et 77 pour mille, on trouve des Circonscriptions de Sécurité Publique aux caractéristiques démographiques totalement contradictoires :
·       Caen : 5,08% d’immigrés, 72,41 pour mille de délinquance
·       Bayonne : 6,01% d’immigrés, 75,51 pour mille de délinquance
·       Rennes : 6,87% d’immigrés, 69,66 pour mille de délinquance
·       Toulon : 7,39% d’immigrés, 74,29 pour mille de délinquance
·       Tours : 8,09% d’immigrés, 68,55 pour mille de délinquance
·       Saint Etienne : 11,83% d’immigrés, 73,51 pour mille de délinquance
·       Montbéliard : 13,68% d’immigrés, 73,42 pour mille de délinquance
·       Creil : 21,74% d’immigrés, 68,97 pour mille de délinquance
De même, en comparant deux villes très touristiques, nous observons que La Rochelle, avec 5,5% d’immigrés, a un taux de délinquance de 90,46 pour mille, alors que Montpellier, avec 14,4% d’immigrés, a quasiment le même taux : 91,73 pour mille…

•  Ces impressions ne font pas une vérité. Grâce à cette banque de données, nous avons calculé le coefficient de corrélation. De quoi s’agit-il ? De mesurer la pertinence réelle du rapport entre délinquance et immigration. D’un côté, nous avons le pourcentage exact d’immigrés dans chacune de ces circonscriptions de sécurité. De l’autre, le taux pour mille de criminalité dans ces mêmes circonscriptions.
Le calcul du coefficient de corrélation (dit « de Bravais-Pearson ») nous permet de savoir s’il y a, ou pas, un rapport réel entre le pourcentage d’immigration et le taux de criminalité. L’équation mathématique aboutit à un chiffre situé entre -1 et +1.
·       Si le résultat s’approche de +1, alors la corrélation est totale. Dans notre cas, oui, immigration et délinquance seraient totalement liés, sans pour autant que l’un soit la cause de l’autre. Exemple : la corrélation entre la consommation de glace et le nombre de noyades est très proche de +1, sans que l’un soit la cause de l’autre. C’est juste une corrélation. La cause s’appelle l’été.
·       Si le résultat s’approche de 0, alors il n’y a pas de corrélation. Dans notre cas, il n’y aurait aucun rapport entre immigration et délinquance.
·       Si le résultat s’approche de -1, alors la corrélation est inverse. Dans notre cas, cela signifierait que plus il y a d’immigrés, moins il y a de délinquance.
Le résultat est de… 0,18. Soit une corrélation insignifiante.
Pour être sûr de notre résultat, nous avons cherché d’autres corrélation à partir des données démographiques du recensement de l’INSEE.
Y a-t-il une corrélation entre densité urbaine et délinquance ? Entre chômage et délinquance ? Entre le pourcentage de jeunes dans la population et la délinquance ? Il n’y en a pas.
Nous avons retrouvé une autre corrélation de 0,18 : celle qui relie le pourcentage d’artisans et commerçants dans la population d’une CSP avec le taux de délinquance. Autrement dit, le poids de l’immigration pèse autant (ou aussi peu) que celui des commerçants et artisans dans la corrélation à la délinquance.

Seconde partie – La fabrique du préjugé

La question qu’il nous fallait maintenant résoudre était simple : pourquoi y croyons nous ? Est-ce vraiment l’effet d’un discours dans l’air du temps ? Une perception de « temps de crise » qui désigne souvent un bouc émissaire ?
Nous nous sommes tournés vers les chercheurs en psychologie sociale, dont l’étude sur les préjugés est une des grandes spécialités.
De nombreux travaux et expériences, menés en Amérique et en Europe depuis la fin des années 40, permettent de décrire et de comprendre la fabrication des préjugés. Le professeur Georges Schadron (directeur du LAPCOS, Laboratoire d’Anthropologie et de Psychologie Cognitives et Sociales de l’Université Nice Sophia Antipolis) et Pascal Morchain (maître de conférences en Psychologie Sociale à l’Université Rennes 2) ont travaillé avec Juliette Gatto (enseignante-chercheuse au LAPSCO-UMR 6024 du CNRS, Université Blaise Pascal de Clermont Ferrand) et Marie Laure Viallon (docteur en psychologie sociale) pour nous aider à reproduire ces recherches.
•  La première expérimentation présentée dans le film met en évidence l’expression spontanée des préjugés.
Nous l’avons reproduite plusieurs fois, dans deux écoles primaires (agglomération de Caen et de Montbéliard). Il suffit de présenter un spectacle de marionnettes à des enfants de CP ou CE1. « À l’école des petits malins », Philippe et Mohamed vont ensemble à l’école. Tout au long de la journée, il leur arrive d’étonnantes aventures. L’un des marionnettistes pose des questions aux enfants tout au long du spectacle. La trousse d’un élève a disparu. On l’a volée ! Qui a volé la trousse ? Très majoritairement, les enfants répondent « Mohamed », alors que rien dans le scénario ne permet de le penser.
Ainsi, dès l’âge de 6 ans, les enfants peuvent émettre des jugements a priori porteurs de stéréotypes lourds et violents. Ce sont ces préjugés qui ont été à l’oeuvre dans l’affaire d’Outreau, comme notre enquête le montre.

•  La deuxième expérimentation permet de voir le mécanisme de déformation de l’information lorsqu’elle est non conforme au préjugé. C’est l’expérience dite de Duncan réalisée pour la première fois en 1976.
Il suffit de convoquer des personnes ordinaires et de leur poser quelques questions sur un petit film sans prétention. On voit deux personnes discuter, la situation devient ambiguë jusqu’à ce que l’un des deux tape l’épaule de l’autre, puis ils se séparent.
Pour le premier groupe de personnes convoquées, les deux personnages sont blancs.
Pour le deuxième groupe, celui qui tape dans le dos est noir (ou arabe), celui qui reçoit la tape est blanc.
Pour le troisième, on inverse.
Pour le quatrième, les deux sont noirs (ou arabes).
Dans l’expérience de Duncan, lorsque les deux personnages sont blancs, 88% des sujets pensent que la situation est sympathique, 12% pensent que c’est une agression.
Lorsque celui qui tape est blanc et celui qui reçoit la tape est noir, 85% des sujets pensent que la situation est sympathique, 15% pensent qu’elle est agressive.
Lorsque celui qui tape est noir et celui qui reçoit la tape est blanc, 28% des sujets pensent que la situation est sympathique, 72% pensent qu’elle est agressive.
Lorsque les deux sont noirs, 35% pensent que la situation est sympathique, 65% pensent qu’elle est agressive.
Dans notre film, Pascal Morchain nous montre une variante qui pousse les sujets de l’expérience à porter un jugement sur chaque personnage. Le fait de « taper » l’autre est-il la conséquence de la situation ou le reflet de la personnalité de celui qui tape ?
–       Lorsque le blanc est en cause, c’est toujours la conséquence de la situation.
–       Lorsque l’Arabe est en cause, c’est toujours le reflet de sa personnalité…
Nous décryptons donc une situation dont les informations ne sont pas claires en fonction de nos propres préjugés. Puisque l’un des stéréotypes les plus présents chez les « blancs » (voir l’expérience des enfants) est que les arabes comme les Noirs sont agressifs, alors tout geste d’un Noir est a priori agressif.

•  La troisième expérience met en évidence le mécanisme de perpétuation du stéréotype. C’est une des plus célèbres et spectaculaires expériences de psychologie sociale. Elle se présente sous la forme d’un jeu avec sept participants.
Une personne entre dans une pièce. On lui présente une photo. Elle a tout le temps qu’elle souhaite pour retenir tous les détails de la photo. Puis on range la photo. Une 2ème personne entre. La 1ère doit raconter exactement à la 2ème ce qu’il y a sur la photo. Puis le 2ème fait la même chose avec un 3ème. etc., jusqu’au 7ème participant.
La photo présentée, la voici. Nous sommes dans le RER. Plusieurs jeunes assistent à une scène qui oppose un homme blanc, menaçant avec un couteau à la main un homme de type arabe, bien habillé. Comme on va le voir dans le film, la plupart des souvenirs transmis survalorisent certains détails, en oublient d’autres, déforment les derniers. La mémoire saturée de détails va petit à petit laisser la place aux stéréotypes profondément enfouis. Au 3ème récit ne restent plus que 35% des détails décrits. Au 7ème 20%. Dans plus de 80% des groupes, le rasoir a changé de main, passant de celle du Blanc à celle de l’Arabe. Ce sont ces deux expériences (2 et 3) qui expliquent la fameuse bavure de Clichy sous bois, comme notre enquête le montre.

•  La quatrième expérience nous montre comment se met en place un mécanisme discriminatoire qui consiste à défavoriser les personnes n’appartenant pas à son propre groupe identitaire. Cet aspect est tellement radical que les chercheurs nous ont poussés à montrer une situation quasi extrême.
A l’école primaire, les enfants sortent un à un de la classe à l’appel du chercheur. Dans le couloir, on leur attribue une vignette de couleur, jaune ou bleue, de façon totalement aléatoire. A cet instant, il fait parti du « groupe jaune » ou du « groupe bleu ». Puis chaque enfant entre dans une pièce. On lui demande de répartir un lot de bonbons en prévision du goutter de fin d’après midi. Il y a 30 bonbons sur une table et deux bocaux, un pour les jaunes, l’autre pour les bleus. L’enfant est libre de les répartir comme il le souhaite. Lui, de toute façon aura deux bonbons. Il se retrouve seul et fait lui-même la répartition.
Résultat : il a suffit d’à peine une minute pour que le simple fait d’appartenir à un groupe (jaune ou bleu) pousse la majorité des enfants à attribuer plus de bonbons à son nouveau groupe d’appartenance qu’à l’autre.
Nos préjugés, combinés à notre propension à favoriser son groupe d’appartenance au détriment des autres : voilà les deux grandes clés qui expliquent les mécanismes discriminatoires.
Des apprentissages (l’éducation) et des méthodes simples (issus des travaux de psychologie sociale) permettent de désamorcer l’activation spontanée de tous nos préjugés. Comme le montre notre enquête à la brigade de gendarmerie de Gardanne, la mise en place de ces techniques accroit considérablement l’efficacité du travail et modifie radicalement les relations humaines.

 

Christophe Nick »