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Mercredi 7 janvier, jour du Noël orthodoxe, une journée passée dans le campement de Tioxide, loin d’internet, puis un billet de blog écrit dans la foulée, avant de se rendre compte de ce qui s’était passé à Paris. Un billet rétrospectivement assumé dans son décalage : les liens et les solidarités qui se sont exprimés ce jour-là dans ce bidonville sont sans doute à notre petite échelle l’antidote à la violence.

Nous allions aussi remettre à jour la liste douloureuse des morts à la frontière, quand est venue la nouvelle des morts de Charlie Hebdo.

Y a-t-il un lien entre les morts à la frontière britannique et ceux de l’attentat de Paris ?

Directement, non. Mais oui parce qu’ils sont victimes de violences politiques différentes, mais qui se nourrissent l’une de l’autre.

« L’Europe est en guerre contre un ennemi qu’elle s’invente » dit très justement Migreurop. L’Europe en crise se désigne un ennemi pour faire diversion et pour ressouder les populations autour d’une autorité chancelante. « Clandestins », souvent des personnes cherchant en Europe une protection contre la guerre ou la dictature ; « Roms », réputés inassimilables et n’ayant pas « vocation » à être là ; « Sans-papiers », qu’il faut expulser. Et derrière l’image de l’étranger à repousser, c’est souvent le musulman qu’on désigne.

Il ne s’agit pas seulement de rhétorique, et au vu du nombre de morts en Méditerranée, cette politique a pris l’ampleur d’une véritable guerre. Qui se prolonge au-delà, dans le Sahara ou le Sinaï, ou à l’intérieur de l’Europe comme à la frontière britannique. Cette violence est devenue le quotidien de nos sociétés.

Les mouvements djihadistes reposent sur la guerre contre ceux qu’ils désignent comme les ennemis de l’Islam. Leur violence n’est pas voilée ni mise à distance, elle est revendiquée, souvent mise en spectacle, diffusée sur internet, cultivée comme une fin en soi, qu’il s’agisse des attentats indifférenciés des années 90 ou de ceux clairement ciblés plus récents.

De manière très claire le djihadisme se nourrit du rejet et de la stigmatisation indifférenciés de l’islam et des musulmans, jusque dans son recrutement. Il exploite les failles, les désarrois, les pertes de repères.

De l’autre côté, chaque nouvel attentat amène de nouvelles lois sécuritaires et vient aggraver la stigmatisation des étrangers et les politiques s’exerçant contre les plus précaires d’entre eux.

Le danger est grand aujourd’hui qu’un gouvernement aux abois ne veuille faire de ce 7 janvier son 11 septembre, et ne tente de conjurer son impopularité par une croisade nationale conjuguant la guerre à l’extérieur et la restriction des libertés publiques à l’intérieur.

Les effets à distance de la croisade lancée par Bush junior jettent encore des réfugiés sur les routes de l’exil, de même qu’elle a favorisé dissémination du djihadisme.

Ce n’est bien entendu pas cette voie qu’il faut suivre, mais celle de l’ouverture et de la solidarité pour désamorcer la violence.

Le thriller de la journée d’aujourd’hui, la traque se terminant par la mise à mort des suspects (et la mort de quatre otages) suivies en direct par les télévisions, n’incite pas à l’optimisme. Vengeance d’État n’est pas justice. Un procès précédé d’une instruction aurait permis une compréhension de l’événement, des motivations, des enchaînements, du contexte et des parcours, qui nous fait aujourd’hui défaut.

Nous continuerons à tisser de la solidarité pour repousser la violence, face à un avenir devenu plus sombre.