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« J’ai mon entretien avec l’OFPRA à Paris dans deux semaines. J’ai été voir l’AUDASSE (l’organisme missionné à Calais pour l’accompagnement des demandeurs d’asile) pour mon billet de train. Ils m’ont dit que, comme j’avais refusé une proposition d’hébergement, je n’avais pas droit au financement du billet de train, et qu’ils ne m’aidaient plus. Si j’avais compris ça, je n’aurais pas refusé la proposition d’hébergement. »

Un exemple parmi d’autres d’un travail à la chaîne, des explications insuffisantes, une traduction déficiente. Des demandes d’asile traduites en français par des logiciels de traduction informatique sur internet, des demandeurs d’asile envoyés dans des hébergements dispersés sans réels suivi, pas d’accompagnement des recours devant la Cour nationale pour le droit d’asile, les carences du dispositif missionné par l’État plombent les chances des personnes en demande de protection, et les associations de soutien aux exilés n’ont pas les moyens de les compenser.

Le dispositif mis en place à Calais ressemble à une préfiguration de la réforme de l’asile en cours d’adoption (temps d’instruction des dossiers beaucoup plus court, proposition d’hébergement intervenant plus rapidement qu’avant). Mais avec en contrepartie un déficit d’accompagnement qui en fait une machine à fabriquer des sans-papiers, qui vont rejoindre une main d’œuvre exploitable sans les limites posées par les droits sociaux et le droit du travail, ou qui vont devenir passeurs, participant à l’économie générée par la fermeture de la frontière britannique.

Mais un deuxième facteur vient vider de sa substance le choix de demander l’asile. L’Italie a recommencé en septembre à prendre les empreintes digitales des exilés arrivant sur son sol, conformément à la législation européenne, après un an d’interruption. Cette prise d’empreinte fait de l’Italie le pays responsable de leur demande d’asile, où sil seront renvoyés s’ils font une demande ailleurs, selon le règlement européen Dublin III. L’Italie n’offre pas de conditions d’accueil respectant leurs droits (voir ici, ici et ), mais qu’importe. On voit parmi les personnes demandant l’asile à Calais une proportion croissante de personnes ayant leurs empreintes digitales en Italie, et à qui les autorité françaises répondent « c’est en Italie que vous devez retourner déposer votre demande d’asile » (voir ici et ).

Demandeurs d’asile déboutés faute d’accompagnement adéquat, « dublinés » renvoyés vers un pays qui ne leur permet pas d’accéder à leurs droits, la machine tourne à plein pour empêcher les exiler fuyant des persécutions d’accéder à la protection à laquelle ils ont droit.