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La médiathèque est un équipement public, visant à favoriser l’accès de tous à un certain nombre de biens culturels. Les exilés présents à Calais y trouvaient un accès à internet à prix modique, des livres et revues en langues étrangères, principalement en anglais, des méthodes d’apprentissage du français pour arabophones, parfois simplement un endroit calme où se poser et recharger son téléphone portable.

Depuis l’automne, il faut pour accéder à internet une carte annuelle gratuite, qui s’obtient en produisant… un document d’identité et un justificatif de domicile. Cette exigence a été étendue depuis à la salle de lecture.

L’exclusion de fait des exilés fait des victimes colatérales, les personnes sans domicile en général, les mineurs, qui doivent généralement passer par leurs parents pour accéder aux services de la médiathèque, les touristes, nombreux à utiliser internet pendant l’été, mais qui n’ont pas forcément un justificatif de domicile avec eux. À moins que soit pratiquée une adaptation au faciès de la règle.

L’exclusion du centre commercial de centre-ville se fait par vague (voir ici ou ), présence policière ostentatoire, contrôles au faciès, expulsion au faciès. Entre les vagues les gens reviennent.

La municipalité semble avoir renoncé, pour le moment à exclure les exilés des terrains de sport communaux.

L’ouverture d’un centre de jour au camp Jules Ferry, entre champs et garennes au-delà de la rocade de contournement est revendiqué comme un moyen d’éloigner les exilés du centre-ville. Le commencement des distributions de repas au camp Jules Ferry alors que le centre de jour n’est pas encore ouvert s’accompagne d’un arrêté municipal interdisant les distributions de repas sur le reste du territoire communal (quelqu’un a-t-il songé à attaquer en justice cet arrêté ?)

Erratum : contrairement à ce qui a été publié dans la presse locale (l’article a été rédigé suite à un entretien avec la maire de Calais, qui est sans doute à l’origine de la fausse information : « Ce site éloigné du centre-ville est désormais le seul où la ville autorise la distribution des repas, un arrêté municipal ayant été pris pour empêcher tout rassemblement de ce type ailleurs en ville. » http://www.lavoixdunord.fr/region/migrants-a-calais-natacha-bouchart-propose-maintenant-un-ia33b48581n2604511 ) l’arrêté municipal ne porte que sur les 3 parcelles du quai de la Moselle où la distribution de repas avait lieu précédemment).

En l’espace d’à peine plus d’un an, le discours sur les exilés causes de la délinquance à Calais, mais aussi des difficultés économiques de la ville, est passé des élucubrations du groupe d’extrême-droite Sauvons Calais et la maire et sénatrice UMP au syndicat Unité SGP Police Force Ouvrière, au préfet, au député socialiste, en des termes différents mais convergents.

Or le plus grave n’est pas qu’un leader extrémiste parle dans un meeting du « monde blanc dangereusement remis en question » par « la racaille étrangère », mais qu’une continuité s’établisse entre ces conceptions et des politiques publiques exercées par les pouvoirs publics sur certaines populations, Rroms, exilés, mais aussi jeunes des banlieues, et se traduisent par une mise à l’écart sociale et spaciale.

Et face à ces barrières qui murent notre espace social, le vent c’est nous, c’est notre capacité à tisser des liens qui renversera la barrière.

 

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