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Autour d’un feu dans le grand hangar du squat Galou, on boit le thé et on discute. Un exilés tend son téléphone : « deux mille personnes viennent d’arriver de Libye en Italie ». Sur l’écran s’affiche un article en arabe. C’étaient en effet les dernières informations.

Tout le monde n’a pas de téléphone, et tout le monde n’a pas un téléphone permettant l’accès à internet. Mais ceux qui en ont un ont accès à l’information en direct. Elle se communique ensuite oralement aux autres.

Discussion avec deux Afghans devant le campement de Tioxide. On commence par les présentations. Puis vient la question : « tu crois que les travaillistes sont mieux pour les migrants ? » Logiquement : des personnes qui veulent s’installer au Royaume-uni s’intéressent à la situation, voient que les politiques sont de plus en plus répressives à l’encontre des immigrants, savent qu’ils va y avoir des élections, et se demandent si les choses peuvent s’améliorer selon le résultat.

Apprenant que les autorités britanniques avaient l’intention d’envoyer des policiers (en uniforme) dans les campements du Calaisis pour expliquer aux exilés qu’ils ne doivent pas aller au Royaume-uni, un exilé Syrien réagit : « nous n’écouterons pas ce qu’ils disent. Nous savons que le Royaume-uni est signataire de la Convention de Genève et d’autres accords internationaux, et qu’une fois que nous aurons les pieds sur le sol britannique les autorités seront obligées de les appliquer et de nous reconnaître comme réfugiés. »

Dans une discussion sur les évacuations de campements annoncées par les autorités françaises : « nous savons que le gouvernement britannique donne de l’argent au gouvernement français pour nous bloquer à Calais. »

Les exilés sont des personnes issues généralement des classes moyennes, instruites, connectées à l’information par leur téléphone portable, ou celui de leur voisin, informées de la marche du monde et capables de l’analyser.

Loin des regards misérabilistes. Loin de la propagande des autorités qui les présentent comme des demeurés cherchant un Eldorado chimérique et que les passeurs mènent par le bout du nez.

Là où les exilés vivent de plein pied dans le vingt-et-unième siècle, les autorités agitent l’imaginaire de Tintin au Congo.

 

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