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Sur les chemins de la migration, les femmes partagent les mêmes difficultés et subissent les mêmes violences que les hommes. Qu’il s’agisse de traverser le Sahara ou la Méditerranée, les montagnes entre l’Iran et la Turquie, les multiples frontières des Balkans, ou la Manche. Mais comme femmes, elles subissent aussi des violences liées à leur sexe, viols, prostitution forcée, obligation d’avoir un protecteur, qui peuvent faire d’elle des enjeux de pouvoir et d’argent.

C’est pour ça que des militant-e-s du mouvement No Border ont décidé en 2013 d’ouvrir à Calais un squat spécifiquement pour les femmes et les enfants. Le nombre de celles et ceux-ci a soudainement augmenté avec l’évacuation du squat de la rue Neuve en octobre 2013, habité par des Érythréen-ne-s et des Éthiopien-ne-s. Les militant-e-s ont alors mesuré à quel point la présence des femmes pouvait être un enjeu, et ont dû à la fois résister à la pression et faire accepter le principe d’un lieu réservé aux femmes et enfants.

Si l’existence de ce lieu n’a pas fait disparaître la violence et l’exploitation des femmes, elle leur a offert un espace où elles étaient en sécurité, et une capacité plus grande de dire non aux abus et aux pressions.

Autour du squat, des liens se sont noués, avec des voisin-e-s, des bénévoles, des Calaisien-ne-s solidaires, rendant visite, apportant des choses utiles à la vie quotidienne. Le squat s’est trouvé dans un tissu de solidarité, et a pu vivre grâce aux dons.

Première victoire de cette sorte depuis la fermeture du centre de Sangatte, l’État ne l’a pas fait évacuer lorsque le jugement d’expulsion a été rendu, mais a missionné une association d’insertion, Solid’R, pour reprendre la gestion du lieu. L’accueil des femmes a ensuite déménagé dans les locaux qui servaient à l’accueil de jour géré par le Secours catholique, réquisitionné pour l’occasion.

Si les conditions d’accueil ont été améliorées, Solid’R disposant de moyens plus importants, les liens de solidarité autour des femmes se sont distendus, notamment après le déménagement dans les anciens locaux de l’accueil de jour, situés à l’écart de la ville.

Aujourd’hui, les autorités veulent à nouveau déménager le lieu d’accueil des femmes, cette fois dans l’enceinte du camp Jules Ferry. Le lieu est encore plus isolé que l’ancien accueil de jour du Secours catholique. Les plan des autorités est que les hommes s’installent dans un bidonville près de l’entrée du camp Jules Ferry. Les femmes devront donc passer par le territoire des hommes pour accéder ou pour quitter leur hébergement. De nombreux hommes ne veulent pas s’installer là parce que c’est le territoire des passeurs (*). En bref, qui contrôle l’accès au camp Jules Ferry contrôlera les allées et venues des femmes, qui deviendront à nouveau extrêmement vulnérables.

Toutes les associations ont interpellé les autorités sur le sujet, en vain.

 

(*) Tout n’est pas clair sur cette question de « territoire des passeurs », mais de même qu’il y a à Calais des endroits où on puisse tenter le passage gratuitement et d’autres payants, contrôlés par des passeurs, il semble qu’il y ait des zones où on peut s’installer gratuitement et d’autres qui soient payantes. Le bidonville que les autorités veulent installer près de l’entrée du camp Jules Ferry serait dans un zone contrôlée par des passeurs et payante.