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Traditionnellement, la violence à l’encontre des exilés dans le Calaisis est le fait des autorités, principalement l’État. Dès les années 1998-99, précédant l’ouverture du centre de Sangatte. Plusieurs lieux d’hébergement provisoires ont été ouverts sous la pression des associations pour accueillir des exilés. Lorsque ceux-ci étaient passés au Royaume-uni, le lieu fermait, et les CRS étaient envoyés pour chasser les exilés arrivés entre-temps. Les CRS sont restés pendant le temps de Sangatte, mais la chasse à l’homme telle que nous la connaissons aujourd’hui, avec notamment les expulsions et destructions des lieux de vie, squats et campements, a vraiment commencé avec la fermeture du centre.

Les violences racistes sont présentes, mais finalement très en retrait par rapport aux violences policières qui sont massives et quotidiennes.

L’apparition de Sauvons Calais, groupe d’extrême-droite radicale se revendiquant anti-migrant, constitué au départ autour d’une page facebook, ne change pas encore la donne, mais la fait glisser. Les propos de haine et les appels à la violence qui fleurissent sur le réseau social suscitent une multiplication des passages à l’acte (voir ici, ici et ).

La complaisance des pouvoirs publics envers Sauvons Calais est d’emblée frappante, qu’il s’agisse d’élus de la majorité municipale (UMP) venant serrer les mains lors de la première manifestation du groupe sur le parvis de l’hôtel de ville, ou du siège d’un squat à Coulogne pendant une semaine avec l’assentiment complice de l’État – la police et la préfecture répondant qu’il n’y a pas trouble à l’ordre public quand il a caillassage d’un bâtiment, jets de cocktails Molotov, tentatives d’intrusion, menaces de viol et de mort (voir ici, ici et ). Ou quand au sortir d’un été émaillé d’agression de personnes soutenant les exilés l’État autorise la tenue d’un rassemblement néo-fasciste où seront proférés entre des saluts nazis des appels à constituer des milices et à châtier les traîtres – ces mêmes personnes qui soutiennent les exilés.

Tout laisse à penser que les autorités voient d’un bonne œil l’action d’un groupe d’extrême-droite pour intimider les soutiens aux exilés.

Dans la foulée de la manifestation néo-fasciste du 7 septembre 2014, le syndicat Unité SGP Police FO, pourtant classé à gauche, organise sa propre manifestation anti-migrants, en convergence avec des chasseurs, commerçants, agriculteurs, tenanciers de bars, dont certains ne cachent pas leur envie d’en découdre, et brandissent parfois leur fusil de chasse devant les caméras.

De là, les thèmes anti-migrants se sont propagés. C’est le préfet qui reprend l’affirmation d’une augmentation de la délinquance due aux exilés – alors que les statistiques ethniques sont interdites, justement pour éviter ce type de stigmatisation. C’est le député de Calais qui attribue aux exilés la responsabilité des difficultés économiques du Calaisis.

Marine Le Pen fait dans la foulée une visite à Calais.

S’ensuivent les élections départementales.

En 2011, sur quatre cantons du Calaisis, il y a eu au deuxième tour deux face-à-faces entre le Parti socialiste et le Front national, et un entre le centre-droit et le Parti communiste.

En 2015, le deuxième tour oppose dans deux cantons la droite et le Front national, le Parti socialiste au Front national dans le troisième, tandis que le quatrième voit la possibilité d’une triangulaire entre la droite, l’extrême-droite et le Parti socialiste.

La violence à l’encontre des exilés a tout d’abord reposé sur l’action des autorités. La violence d’extrême-droite s’est développée et organisée récemment, instrumentalisée au passage par les autorités qui y voient un moyen de mobiliser la population contre les exilés et leurs soutiens, et de justifier ainsi sa politique par un soutien populaire.

L’instrument n’est-il pas en passe de maîtriser celui qui prétendait s’en servir ?