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Début d’après-midi, chemin du Pont-Trouille et rue des Garennes. Des matelas, bâches, couvertures, tentes, palettes, poutres, et sacs s’entassent devant les campements du bois Dubrulle et de Tioxide. Les bénévoles des associations qui ont répondu à l’appel du préfet et de la maire de Calais de déménager les exilés sur le terrain à proximité du camp Jules Ferry sont là avec leurs véhicules.

https://goo.gl/maps/mDFy2

Au centre de ce qui reste du campement de Tioxide, sur le terrain de football, un groupe vêtu de blanc, Afghans et Britanniques, s’affaire à installer le terrain de cricket pour le tournoi organisé par l’UKHIP (UK Humanitarian Intervention Party), venu pour la seconde fois du Royaume-uni. Des habitants du campement et des soutiens aux exilés sont regroupés autour du terrain. Une enceinte diffuse de la musique venant des téléphones portables.

Le terrain installé, le tournoi de cricket commence, comme en-dehors des circonstances extérieures.

Imran, un exilé afghan qui vit au bois Dubrulle, nous donne son point de vue sur la situation :

en anglais :

http://audioblog.arteradio.com/post/3064225/avant_les_expulsions_-_imran/

en français :

http://audioblog.arteradio.com/post/3064233/vf_avant_les_expulsions_-_imran/

David nous parle de l’UKHIP et de ce tournoi de cricket :

en anglais :

http://audioblog.arteradio.com/post/3064227/ukhip_et_jungle_cricket/

en français :

http://audioblog.arteradio.com/post/3064245/vf_ukhip_et_jungle_cricket/


Milieu d’après-midi. Tour de ce qui reste du campement pour en photographier les vestiges. Des hommes et des femmes portent leurs quelques affaires et des pièces de leurs abris, pour reconstruire là-bas, de l’autre côté de l’autoroute, où il n’y a rien pour construire.

Insalubre, indigne, précaire, ce lieu a aussi été le lieu de vie de plusieurs centaines de personnes, le lieu qu’elles ont aménagé au fil du temps, avec sa vie sociale, religieuse, économique (avec ses coiffeurs, ses épiceries, ses restaurants, certaines et certains, valorisant leurs savoirs ou les services qu’ils rendent comme aller acheter de la nourriture et la cuisiner).

Un peu plus loin, dans le décor désolé du camp démonté, on silhouette et un visage aperçus à l’intérieur d’une cabane encore debout, comme ceux du dernier homme.

On rase des villages en Palestine, Des hommes et des femmes fuient la guerre en Irak où au Soudan, emportant avec eux ce qu’ils peuvent et quand ils peuvent. Des réfugié-e-s fuient la police à Calais, emportant ce qu’ils et elles peuvent quand ils et elles le peuvent. Leur habitat sera rasé bientôt. Quelle guerre étrange leur menons-nous ? Une guerre où en principe nous ne les tuons pas – quoiqu’on meure beaucoup aux frontières européennes – mais une guerre où on détruit, dépouille, jette à la rue, frappe, humilie.

Dans ce qui est presque un autre quartier de ce qui fut presque un village, un jeune Érythréen : « je suis partie d’Érythrée, je suis allé en Éthiopie, Soudan, Libye, Italie, Autriche, Allemagne, maintenant Calais. Il y a deux endroits dont je me souviendrai, la Libye et Calais. En Libye, il y a beaucoup de violence. À Benghazi, quand tu entends un coup de feu, tu te fais tout petit. » Il n’en a pas dit plus sur Calais.


Fin d’après-midi. Les joueurs de cricket partent. La patronne d’un des restaurant du bidonville, dont toiture et cloisons ont été démontées, nous demande de garder les affaires – mobilier, vaisselle, réserve de nourriture – pendant qu’elle fait des aller-retours pour les porter jusqu’à la rue, de peur que quelqu’un les vole. Les bénévoles se sont fait rares pour aider au transport, qui se fait à dos d’homme ou en caddie.

Des feux s’allument, montrant les groupes clairsemés de ceux qui restent là pour quelques jours encore. À l’intérieur du hangar quelques groupes, dont des femmes.


Les Blancs sont vraiment cons. Nous avions quitté le campement avec à l’esprit des images de désolation, laissant des copains soudanais boire bière sur bière, une amie nous avait téléphoné pour nous dire qu’ils n’avaient sans doute pas à manger. Nous raflons ce que nous pouvons dans notre buffet et nous partons les rejoindre dans la nuit. Comme nous les avions prévenus, les copains avaient en fait préparé un délicieux repas. Dans le grand hangar à moitié vide et bousculé par un vent de tempête, nous avons passé une partie de la nuit à discuter, à rire et à chanter.

 

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Pentax Digital CameraC’était l’école du bidonville

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Pentax Digital CameraUn des restaurants, en cours d’évacuation, après démontage de la cabane qui l’abritait

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