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Coup de théâtre de la rentrée 2014 : la maire de Calais demande à l’État de créer un centre d’hébergement pour les exilés. Le ministre de l’intérieur (qui n’a théoriquement pas de compétences en matière d’hébergement et d’accueil des personnes sans abri) répond par la négative, mais annonce la création d’un accueil de jour. Les associations sont convoquées pour concertation.

En arrière-plan, un accord franco-britannique est signé prévoyant une participation financière britannique au renforcement des contrôles dans le port, une aggravation de la répression à l’encontre des exilés voulant franchir la frontière, et une coopération au niveau européen pour renforcer la fermeture des frontières européennes.

Puis plus rien. Plus nouvelles du projet de centre de jour, plus de concertation alors que l’hiver approche. Effet désastreux en terme d’image et de crédibilité.

Commence alors un feuilleton visant à reprendre la main, fait de visites ministérielles et préfectorales, et de micro-événements servant surtout de support au storytelling. La visite du futur centre par les associations, les travaux de plomberie à effectuer, les premiers repas distribués, la visite de la préfète à la distribution de repas, le transfert de l’accueil des femmes, jusqu’au bouclage des derniers travaux de plomberie et autres précédent l’ouverture complète, qui elle-même précède la prochaine visite du ministre.

http://www.liberation.fr/societe/2015/04/10/a-calais-le-centre-d-accueil-de-jour-pour-migrants-s-apprete-a-tourner-a-plein-regime_1238421

En arrière-plan de la mise en scène légèrement soviétique de l’action et de la bonté de l’État, le vidage des squats et campements se fait d’abord par une étrange porosité de la frontière, puis par l’intimidation policière et la menace d’expulsions violentes.

Et la concentration d’une population particulière, appelée « migrants », sur un terrain à l’écart de la ville, face au nouveau centre de jour. Des migrants parqués loin de la ville, mais à la vue des 10 millions de passagers passant chaque année par le port de Calais, puisque la rocade autoroutière offre une vue imprenable sur le bidonville.

Quadrillage policier dans et autour du camp, construction de grilles le long de l’autoroute en application de l’accord franco-britannique, l’édification du ghetto de Calais se poursuit en silence, tandis que les quelques exilés qui refusent de s’y faire enfermer se maintiennent dans les anciens squats et campements.

 

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