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Occupation Galou, fin de matinée. Un exilé soudanais pose son vélo contre un mur. Il dit en souriant :

– c’est bien, à la nouvelle jungle.

(La « nouvelle jungle » est le nouveau bidonville voulu par l’État et la municipalité sur une ancienne décharge et près du centre de jour Jules Ferry, à l’écart de la ville).

Silence.

– mmh hmm. C’est bien ?…

– oui, c’est bien là-bas…

Silence.

– … Les gens se bagarrent tout le temps.

– Oui, j’ai entendu dire, les Afghans et les Éthiopiens, ça ne se passe pas bien.

– Les Érythréens, les Soudanais, les Éthiopiens, les Afghans. Tout le monde se bat. C’est tout le temps la bagarre.

Aperçu ironique de la situation du bidonville voulu par les autorités par un de ses habitants désabusé – le rire est souvent un détour pudique pour parler de la situation dans toute sa dureté.

Les associations l’avaient dit aux autorités, entasser autant de personnes dans un espace aussi hostile et dans une telle précarité allait déboucher sur de la violence.

Nous y sommes, moins d’un mois après l’installation des premiers habitants, et alors que le ministre de l’intérieur viendrait la semaine prochaine pousser un cocorico triomphant sous le ciel calaisien.

Alors les autorités exploiteront peut-être ces bagarres pour dire que les exilés sont dangereux, qu’il faut les tenir à l’écart de la population et renforcer les contrôles de police. Ou bien ces tensions prévisibles signeront la faillite de leur politique de parquer les exilés dans un espace quadrillé par la police.

La solution Jules Ferry est déjà bout de souffle alors que de nouvelles personnes arrivent à Calais par l’Italie et les Balkans.

Peut-être serait-il temps de mettre en œuvre des solutions viables, adaptées à la réalité et construites avec les personnes concernées.

 

Pentax Digital CameraComme une annonce de l’avenir, un chaos de blocs provenant de la destruction de bâtiments dans l’ancienne décharge où se trouve aujourd’hui le « Ghetto Bernard Cazeneuve ».