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Calais semble s’installer dans une situation paradoxale. La très grande majorité des exilés se sont auto-expulsés sous la menace d’une expulsion violente, mais les lieux où certains d’entre eux se sont maintenus, refusant de bouger, sont toujours là près d’un mois après la fin de l’ultimatum préfectoral. L’ouverture de la plate-forme de service Jules Ferry a été feuilletonisée pour les médias, mais l’ouverture complète s’est faite sans temps officiel d’inauguration. La visite annoncée du ministre de l’intérieur cette semaine n’aura pas lieu. De nouvelles grilles s’élèvent autour du port, conformément au dernier accord franco-britannique, mais dans la discrétion, presque en cachette.

Tout se passe comme si les autorités choisissaient d’éviter toute aspérité, tout ce qui pourrait à la fois attirer l’attention des médias sur le processus en cours et cristalliser une opposition. Éliminer donc tout ce qui pourrait faire des vagues.

Cette stratégie n’a pas tout-à-fait fonctionné, puisqu’à la fois le processus d’auto-expulsion sous pression policière et la constitution d’un bidonville d’État ont été relevés par les médias, et dénoncés par les associations.

Mais l’attention baisse de manière sensible, faute d’événements. Alors mêmes que de nouveaux murs s’élèvent à Calais, ces « murs de la honte » dénoncés par les associations. Et alors surtout que la concentration d’une population donnée dans un espace à l’écart de la ville annonce un nouveau mode de gestion des indésirables, non plus en les chassant de lieu en lieu, mais ressuscitant une forme qu’on aurait voulu enfouie dans l’histoire : le ghetto. Évolution qui questionne lourdement l’évolution politique du pays dans lequel nous vivons.