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Le squat des Égyptiens, avenue Blériot, était une petite maison habitée par quarante à cinquante personnes, dont dix quinze mineurs, certains ayant à peine douze ans – de ces enfants dont l’Aide Sociale à l’Enfance ne se préoccupe pas parce qu’ils n’auraient pas de projet en France.

Devant la menace d’expulsion violente et l’ultimatum préfectoral de quitter les lieux avant le 31 mars, la plupart d’entre eux sont partis au nouveau bidonville voulu par les autorités de l’autre côté de l’autoroute.

Le 8 avril, lorsque les services municipaux ont vandalisé la maison, les six dernières personnes qui y dormaient ont à leur tour déguerpi. La cour a de nouveau été vandalisée et les issues bouchées pur empêcher tout retour.

Une militante qui a bien connu le squat témoigne des relations qui s’étaient nouées avec certains voisins :

« Des relations très chouettes, même, s’étaient nouées avec des voisins ultra bienveillants qui ont aidé et apporté, même, un certain confort : 200 litres d’eau pour remplir la citerne qu’avait donnée une Belge qui vient de temps en temps sur Calais, de l’eau chaude même  pour qu’ils se lavent les cheveux ! La dame apportait même parfois un petit café au gars qui sortait le 1′ et se gelait sur le banc en face du squat…

Ils avaient offert un buffet froid aux gars dans leur garage, pour Noël, partageaient parfois un repas dans le squat. Ils les amenaient à l’hôpital quand c’était nécessaire, ou soignaient les « bobos » sur place…

Ils faisaient même, dans les derniers temps, « tampons » avec la police pour préciser, s’il était besoin que les gars ne posaient absolument pas problème et que ce couple leur chargeait leurs téléphones et leur rendait d’autres menus services… Pas si menus que ça, d’ailleurs, parce que les gars arrivaient souvent les uns après les autres pour brancher leur téléphone si précieux pour joindre la famille ou écouter de la musique!
Le monsieur remettait parfois « les pendules à l’heure  » avec les gars  quand le voisin direct se plaignait  de bruit trop gênant la nuit, ou quand ils commettaient quelques bévues ou sottises dans la rue, ou en sonnant trop souvent à la maison pour demander chacun un peu trop de présence ou d’aide matérielle, ou en sonnant trop tard.
D’autres personnes toutes aussi « modestes et géniales » apportaient aussi leur soutien, par des dons en vêtements ou quelques denrées, comme cette vieille dame qui ne semblait pas du tout effrayée… Les habitants de la rue ne montraient pas beaucoup d’opposition à leur présence, exprimant parfois quand même leurs récriminations auprès des voisins aidants, mais sans leur reprocher ce soutien inconditionnel.
Le couple venait au squat quand des personnes en nombre venaient visiter les gars sans que ceux-ci n’aient été prévenus ou quand la police s’introduisait dans la cour.
Des liens très forts se sont donc  noués : la dame voulant aller en Angleterre pour revoir certains jeunes et souhaitant être initiée pour utiliser facebook pour avoir de leurs nouvelles!

Ils sont allés aider à monter la cabane au terrain jouxtant le centre J. Ferry, atterrés par les conditions de vie imposées… Ils y vont encore pour soutenir les gars… Ils vont aussi donner des coups de main aux voisins Soudanais.

Des gars viennent encore leur dire bonjour, boire un thé, se faire réconforter suite à des violences policières…
Voilà comment peuvent naître de belles expériences, de belles rencontres dans Calais ville cosmopolite qui pourrait tellement ressortir enrichie, embellie, enthousiaste de relations d’amitié, d’aide et d’échanges !

Les affiches qui sont collées en ce moment, avec des belles photos de visages et des propos simples comme  » je vis ici »… proposent un autre point de vue sur le vivre ensemble et font un bien fou !!! d’ailleurs, et même si ça ne peut pas convaincre simplement par le choc des photos et le poids des mots (c’est comme ça que disaient les journalistes de Paris-Match ?) eh bien les gens voient au moins quotidiennement de belles idées aux antipodes de celles des élus de tout bord, qu’ils empruntent pour soi-disant aller dans le sens que « les électeurs » souhaitent ! »

 

Pentax Digital CameraLe 8 avril, la palissage avait été arrachée et l’entrée endommagée par les services municipaux. Là, c’est le muret de la cour qui a été détruit, ultime violence après le départ des derniers habitants.