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Un petit rassemblement devant le parc Richelieu, l’appel « Nous Calaisien-ne-s qui refusons d’être séparé-e-s » distribué aux passants, ceux et celles qui le souhaitent photographié-e-s devant un panneau « vivre ensemble c’est possible » : montrer de manière improvisée que des Calaisien-ne-s refusent la relégation des voyageur-se-s bloqué-e-s à la frontière, appellé-e-s migrant-e-s ou exilé-e-s, dans un espace hors de la ville, et affirment leur volonté de vivre ensemble.

Le rassemblement s’est ensuite déplacé à proximité de la sous-préfecture, jusqu’au barrage de police. D’autres personnes prévoyaient de déployer banderoles et pancartes à l’occasion de la visite du ministre au centre Jules Ferry. Si les choses se sont faites au dernier moment et de manière dispersée, elle témoigne d’une indignation profonde devant la situation actuelle.

 

Téléchargez le communiqué de presse.

téléchargez l’argumentaire.

téléchargez l’appel « Nous Calaisien-ne-s qui refusons d’être séparé-e-s ».

 

Communiqué de presse :

Lundi 04 mars, une action symbolique aura lieu à partir de 12h devant le Parc Richelieu, en soutien aux exilés de Calais. Cette action menée par des Calaisien(ne)s a pour but à la fois de mettre en avant le vivre-ensemble et de revendiquer un «  droit à la ville » pour les exilés. De nombreux Calaisien(ne)s refusent la logique de ségrégation mise en place depuis plus d’un mois dans le cadre de l’ouverture du centre Jules Ferry. D’autres alternatives et solutions sont possibles et préférables !

Le Centre Jules Ferry, véritable trompe l’oeil :

Malgré tout ce que l’on peut dire, le centre Jules Ferry n’est qu’apparence. Oui oui on passe son temps à nous montrer un merveilleux décor mais il ne faut pas oublier d’en montrer les coulisses : condition de vie déplorable pour les exilés, absence d’eau, d’éclairage et de toilettes, risque d’incendies, contrôle et surveillance permante par les autorités, instrumentalisation des associations et construction de nouveaux murs. Précarité et encerclement font partie de leur quotidien. Au final, ce centre n’est qu’un mensonge, qu’un moyen de détourner la situation. Mettre à l’écart de la ville et tenir sous contrôle : voilà les vrais objectifs de la création du centre Jules Ferry.

La vérité a le goût amer de la désillusion. Pourtant, les Calaisiens ne sont pas dupes : ce bidonville prenant l’allure d’un nouveau village, devient en réalité un lieu d’enfermement, contrôlé et surveillé.

Les enjeux du centre Jules Ferry : Ségrégation & Vivre Ensemble :

Les exilés n’ont pas choisi de vivre à proximité du centre Jules Ferry. Ils y ont été poussés par la pression extérieure. En effet, afin de ne pas subir des expulsions forcées une fois de plus, ils ont  »déménagés » sur l’ancienne décharge, à 7km en dehors de la ville. Faut-il-rappeler la définition du mot « ségrégation » ? Ce concept nous renvoie bel et bien à la séparation physique de deux groupes distincts, institutionnalisée par les acteurs politiques et les autorités. Ici, on ne parle ni des Etats-unis ni de l’Apartheid en Afrique du Sud mais bien de Calais, ville du Nord de la France connue pour être une ville de migrations, de nouveaux venus. La municipalité et l’Etat viennent en aide et « protégent  » les exilés ou nous protégent des exilés ?…

Le centre Jules ferry s’inscrit dans un processus de mise à l’écart de la population migrante par rapport à la population locale. C’est une forme violente de territorialisation de l’autre.

De plus, cette situation laisse dans l’ombre les envies et ressenties de toutes les personnes concernées, Calaisiens de longue date comme Calaisiens de passage, lesquels ont construit ensemble des relations sociales et des échanges au coeur de la ville. Ces migrants venus d’ailleurs participent aujourd’hui pleinement à l’identité de la ville de Calais, en tant qu’acteurs sociaux et spatiaux. Il est donc essentiel de mettre au premier plan la question du vivre-ensemble entre les deux populations. Il est temps d’accepter la situation et d’arrêter de considérer les migrants comme des « indésirables ». Accepter permettrait de faire de Calais un véritable carrefour des cultures. L’immigration est un fait de société qui nous concerne tous et qui change considérablement notre façon de voir la société et le monde. Elle est un atout et une richesse extraordinaire pour les hommes. Le multiculturalisme, vous connaissez ?

Alors allons y ! Levons le voile des mensonges et faisons place à l’hospitalité !

 

NOUVELLE POLITIQUE À CALAIS :

PIÈGE POUR TOUT LE MONDE

DE LA SÉGRÉGATION DE FAIT À LA SÉGRÉGATION ORGANISÉE

Depuis la fermeture du centre de Sangatte en 2002, les exilé-e-s se sont logés dans les interstices urbains et périurbains, dans des abris précaires ou dans des lieux où ils ont pu organiser au fil du temps une vie collective. Ils et elles en ont été régulièrement chassé-e-s, allant ainsi s’installer dans d’autres interstices, pour en être à nouveau chassé-e-s.

Pour les expulsions de fait qui ont eu lieu fin mars – début avril 2015, les autorités ont choisi un autre régime : concentrer les exilé-e-s dans un lieu à l’écart de la ville, dont l’isolement va être renforcé par les nouvelles grilles le long de l’autoroute. Une plate-forme de services, le centre Jules Ferry, est sensée les fixer sur place.

La logique est celle d’un Sangatte du pingre. Les conditions de vie sont celles qui prévalent depuis 2002, dans la logique de dissuader les exilé-e-s de venir en leur rendant la vie invivable, comme si c’étaient les conditions à Calais qui déterminaient les parcours migratoires. Les services rendus sont a minima, un seul repas par jour, des douches limitées à 4 minutes d’eau par personne.

Les exilé-e-s qui ne sont pas parti-e-s dans le nouveau bidonville sous la pression policière ont pu jusqu’à présent se maintenir dans les anciens squats et campements. Peut-être une soupape de sécurité que se sont laissés les autorités face au chaos prévisible qu’engendrerait leur nouveau dispositif.

UNE VOIE SANS ISSUE

Les autorités tentent de faire de Calais une voie sans issue. D’un côté, les nouvelles grilles autour du port sont sensées empêcher les exilé-e-s d’atteindre le Royaume-Uni. Comme les nombreux dispositifs qui se sont accumulés depuis des années, elles rendront le passage plus difficile, plus risqué, plus coûteux, et entraîneront une adaptation des techniques de passage.

La demande d’asile, qui est présentée comme la solution, est largement un leurre. Depuis des années les autorités ont provoqué une forte dégradation du système d’asile français, qu’il s’agisse de l’accompagnement des demandeurs, des conditions matérielles d’accueil (notamment l’hébergement), ou du taux d’acceptation des demandes. La réforme en cours d’adoption vise à précariser encore davantage la situation des demandeurs et les conditions d’accès à leurs droits, ainsi qu’à renvoyer plus facilement les déboutés dans leur pays.

Les exilé-e-s risquent  donc de se trouver bloqué-e-s à Calais sans réelle solution pour se construire un avenir et accéder à leurs droits.

LES ASSOCIATIONS ENTRE INSTRUMENTALISATION ET RÉSISTANCE

Pour éviter les expulsions violentes, les associations de soutien aux exilé-e-s les ont aidé à déménager de manière préventive sur le terrain où les autorités avaient dit qu’ils et elles seraient toléré-e-s. Devant l’inhospitalité du terrain, elles ont participé à l’aménagement du bidonville (construction de cabanes, d’espaces collectifs, de toilettes sèches). Aujourd’hui, devant la montée des tensions et la multiplication des rixes, les autorités demandent aux associations de mettre en place des activités de médiation.

Elles se trouvent donc sollicitées pour gérer une situation crée par l’État et la municipalité. Une situation qu’elles dénoncent: des difficultés qu’elles ont fait part aux autorités, tentant de les dissuader de mettre en place un tel projet.

Les autorités verraient bien les associations cogestionnaires de cette politique qu’elles réprouvent, et dans les faits ces dernières dépensent une énergie importante à pallier les effets négatifs de ce qu’elles ont voulu éviter.

Si les autorités essayent d’attirer les associations sur ce terrain, elles jouent aussi de l’intimidation. On peut citer la multiplication des contraventions plus ou moins abusives distribuées aux bénévoles, ou les brutalités et menaces de poursuites à l’occasion de récentes manifestations. On pense à un retour du délit de solidarité sous d’autres formes.

UN DISPOSITIF DÉJÀ DÉPASSÉ

Effet retard des nouvelles arrivées en Italie et par les Balkans, effet à distance des crises qui persistent en Afrique et en Asie, le nombre d’exilé-e-s, après une forte baisse pendant l’hiver, augmente à nouveau. Le dispositif mis en place par l’État va très vite s’avérer insuffisant, les tensions risquent de s’accroître et la situation humanitaire de se dégrader encore plus.

Aucune vision ne semble guider l’action des autorités, et la situation pourrait devenir explosive.

ALORS : CHANGER DE PARADIGME

CALAISIEN-E-S D’ICI ET DE PASSAGE

Au fil des années, les exilé-e-s font partie de la vie calaisienne. Si des réactions de rejet existent, elles sont contrebalancées par des solidarités qui ont su résister aux années, et des liens humains se sont tissés.

Des solutions d’accueil intégrées à la ville sont donc tout-à-fait possibles. Calais ne manque pas de bâtiments et d’appartements vides, y compris dans le parc public, qui pourraient accueillir dans des lieux de taille humaine les voyageurs bloqués à la frontière britannique, dans une approche dédramatisée de la situation. Calais ville d’accueil y gagnerait en image.

Quand on voit les budgets consacrés à la répression, on peut se dire que la question n’est pas celle des moyens financiers, mais de leur utilisation.

DES SOLUTIONS POUR LES PERSONNES

Les exilé-e-s ne viennent pas à Calais pour y être hébergé-e-s quelles que soient les conditions. Ils continuent du reste à venir dans les conditions dégradées que nous connaissons actuellement. Ils viennent en Europe pour y (re)construire leur vie. Il n’y a donc pas de solution à la situation s’il n’y a pas de possibilité de se déplacer et de s’établir en Europe. Au vu du profil de la plupart des personnes présentes à Calais, ça devrait être possible dans le cadre du droit existant – ce qui suppose que les autorités le respectent – qu’il s’agisse de l’asile ou de la protection des mineurs. Mais il faut y ajouter la possibilité pour la personne de choisir le pays où elle veut demander protection, qui est généralement le pays où la personne pense avoir les meilleures chances d’intégration.

Au-delà, il est important que l’Europe, dont la France et le Royaume-Uni, repense les migrations comme un facteur d’échange, de développement et d’émancipation, dans leurs relations avec le reste du monde, et ouvrent de nouvelles possibilités d’immigrer.

PARTIR DU TERRAIN

La politique menée à Calais est une politique du paraître. Elle ne vise pas à faire évoluer la situation sur le terrain ni à apporter des solutions aux difficultés des personnes. Elle vise à constituer une image qui prend sens dans le jeu des postures dans le champs politico-médiatique.

Des solutions adaptées ne peuvent se construire qu’avec les intéressé-e-s, les exilé-e-s et leur soutien. Il ne s’agit plus d’instrumentaliser les associations, mais de remettre l’administration au service des habitant-e-s, sédentaires ou de passage.

ANTICIPER ET ACCOMPAGNER L’HOSPITALITÉ

Concrètement, aussi longtemps que la frontière britannique restera fermée à certaines populations, en fonction des situations de migration et de crise qui pourront pousser des personnes vers le Royaume-Uni, il y aura à Calais, principal lien entre le continent et la Grande-Bretagne, un nombre plus ou moins important de passagers bloqués.

Il s’agit de quelques centaines à quelques milliers de personnes, à la frontière de deux états qui ont aux alentours de 65 millions d’habitants. On est donc loin d’une crise humanitaire majeure et insurmontable. Il faut simplement mettre en place une capacité d’accueil modulable.

Même dans le chaos crée par les politiques migratoires restrictives de l’Union Européenne, il est possible d’anticiper les nouvelles arrivées et de mettre en place un accueil adéquat, d’urgence ou plus pérenne.

C’est ensuite au niveau franco-britannique que pourra se construire une politique commune d’hospitalité, permettant aux personnes de construire leur avenir dans le pays de leur choix.

Pentax Digital CameraDevant le parc Richelieu.

Pentax Digital CameraPrès de la sous-préfecture.