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Jeudi. Dougar sur la rocade d’accès au tunnel sous la Manche. Un exilé érythréen suffoque dans un camion de compost :

http://www.lavoixdunord.fr/region/a16-la-situation-s-ameliore-mais-trafic-toujours-ia33b48581n2826103

« D’importants moyens de secours ont été déployés ce jeudi vers midi après la découverte d’un migrant inanimé dans un camion transportant du compost organique, et qui s’apprêtait à prendre le tunnel sous la Manche. L’homme de nationalité érythréenne a été transporté à l’hôpital de Calais : d’après la préfecture du Pas-de-Calais, son pronostic vital n’est pas engagé, mais il se trouvait dans un état d’« urgence relative ».

Ce sont des « témoins », selon la préfecture, qui ont donné l’alerte, après avoir vu quatre migrants sortir d’une benne à compost organique en signalant qu’une cinquième personne était restée coincée à l’intérieur. Ces quatre migrants n’étaient plus sur place à l’arrivée des secours. Les pompiers de Calais ont pris en charge la victime et procédé à une vérification de l’intérieur du poids lourd à l’aide de caméras techniques, afin de s’assurer qu’aucune autre personne ne se trouvait dans la benne. Celles-ci étant insuffisantes au vu de la densité du compost, le camion est passé au contrôle scanner d’Eurotunnel pour une seconde vérification : des points chauds ont été détectés mais ils étaient probablement dus à l’état de décomposition du compost organique. Les pompiers ont donc décidé de vider complètement la benne pour lever tout doute. Aucun corps n’a été retrouvé à l’intérieur. L’intervention s’est terminée vers 15 h. »

La presse locale en rend compte, apparemment d’après un communiqué de la préfecture, qui décrit minutieusement l’opération de sauvetage – et la gêne occasionnée – montrant tout ce que les autorités mettent en œuvre pour sauver la vie d’un « migrant ». Selon la préfecture, les quatre autres « migrants » qui étaient dans le camion n’ont pas attendu de savoir le sort de leur camarade pour décamper, tandis que de sont « des témoins » qui ont prévenu les secours (il y avait donc d’autres personnes dans cette benne à compost ?). Petit coup de patte préfectoral pour déshumaniser l’image des « migrants » incapables de solidarité quand l’État fait tant pour le sauvetage. Juste pour la petite histoire, il y avait sur le parking derrière Leaderprice en fin d’après-midi un groupe d’Érythréens et d’Érythréennes qui demandaient qu’on téléphone à l’hôpital pour savoir si leur camarade était mort ou vivant.

Le communiqué préfectoral multiplie les détails techniques, comme le pyromane qui décrirait par le menu l’opération des pompiers, mais passe étrangement sur la question la plus énorme : qu’est-ce que des êtres humains peuvent bien aller foutre à risquer leur peau dans une benne à compost pour passer une frontière ? Comment en arrive-t-on là ? Comment les exilé-e-s se retrouvent-ils et elles dans ce type de situation, et comment notre société a-t-elle pu produire « ça » ? Est-ce que c’est vraiment dans ce monde-là que nous voulons vivre ?

Et puisqu’il faut parler technique, dans un camion frigorifique on échappe au scanner et aux détecteurs de gaz carbonique, dans une benne à compost on peut espérer ne pas être reniflé par les chiens. On risque juste de mourir.

 

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