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Samedi 20 juin, journée mondiale des réfugiés. Une journée de mobilisation est prévue à Calais comme dans plusieurs villes en Europe.

Alors que le gouvernement français s’embourbe dans la répression, que l’Europe s’érige de murs anti-voyageurs, des magistrats, des économistes, des sociologues et autres sérieuses personnalités tentent de faire entendre, avec preuves statistiques à l’appui, qu’une autre politique migratoire est nécessaire. L’ouverture des frontières, un accueil réel, le choix du pays, produiraient des richesses et du bien être social… Qui a dit que les Noborders étaient des utopistes?

Le HCR, le Haut-Commissariat des Nations Unis pour les réfugiés, à l’occasion de cette journée mondiale du 20 juin,lance une campagne de sensibilisation « pour mieux faire connaître le volet humain du drame vécu par ces personnes. ». N’y a t-il rien d’autre en son pouvoir? A quoi sert un HCR quand des réfugiés vivent dans la boue et la violence, et meurent à nos frontières?

A lire ci-dessous l’appel du MEDEL pour le 20 juin, un réseau de magistrats européens qui proposent en dix points des solutions pour sortir de l’urgence, construire une Europe sociale et solidaire. Leurs propositions sont d’un autre niveau que celles énoncées par les adeptes de « sauvons Calais », du parti de France ou du FN qui ne parlent que d’expulser ou détruire des êtres humains, réclamer une impossible fermeture des frontières.

APPEL pour le 20 JUIN 2015

ARRÊTONS IMMEDIATEMENT LE MASSACRE!

L’Europe naît ou meurt dans la Méditerranée

Paix, sécurité, bien-être social et économique peuvent être atteints seulement en respectant l’universalité des droits humains de chaque femme et de chaque homme.

La région de la Méditerranée est une poudrière et la mer est désormais un cimetière à ciel ouvert. Depuis le début de 2015 dans la Méditerranée sont mortes plus de 1700 personnes.

L’Europe, par son histoire, sa culture, sa géographie et son commerce, est une partie intégrante de cette région, mais elle semble en avoir perdu la mémoire.

Le drame de réfugiés et migrants, leur abandon aux mains d’organisations criminelles, le débat sur comment, où et qui frapper pour empêcher l’arrivée d’hommes et de femmes qui cherchent un refuge ou une vie décente en Europe, ne sont que le dernier acte qui témoigne du manque de vision politique de la part des gouvernements de l’UE.

Les responsabilités de cette situation dramatique sont précises : les choix politiques et les lois des gouvernements européens, qui ne permettent aucune voie d’accès sûre et légale au territoire de l’UE.

La réponse de l’UE, confirmée dans l’Ordre du jour Européen sur l’immigration, propose à nouveau des solutions qui ont déjà démontré qu’elles étaient myopes et produisaient des effets opposés aux objectifs déclarés.

Le fait d’augmenter les ressources pour avoir plus de contrôles et plus de moyens pour patrouiller aux frontières, au lieu de sauver des vies humaines, est erroné et il n’arrêtera pas les gens qui veulent partir pour l’Europe.

Les conflits non résolus et les guerres ont produit, jusqu’à présent, plus de 4 millions de réfugiés palestiniens, environ 200.000 sahraouis campant dans le désert algérien, 9 millions de syriens évacués et réfugiés, 2 millions d’iraquiens réfugiés. Depuis des années, il y a un flux d’hommes et de femmes venant de l’Afghanistan et de l’enfer de la Lybie, et s’enfuyant de la Somalie, de l’Erythrée, du Soudan et d’autres pays africains.

Derrière les histoires de ces personnes, il y a non seulement la pauvreté, les maladies, les dictatures et les guerres, mais aussi des intérêts politiques et économiques internationaux.

Guerres, pauvreté, pillage des ressources naturelles, exploitation économique et commerciale, dictatures, sont les causes des migrations contemporaines. Être libres de se déplacer, migrer, doivent être une conquête de l’humanité, non pas une contrainte.

L’Europe doit construire une réponse de paix, de coexistence, de démocratie, de bien-être social et économique, en s’inspirant des principes de solidarité et en abandonnant les politiques sécuritaires, de l’austérité, des accords commerciaux néolibéraux et de privatisation des biens communs. L’Europe doit investir dans le travail décent, dans la justice sociale, dans la démocratie et dans la souveraineté des peuples.

Nous sommes l’Europe. Nous devons faire l’Europe sociale solidaire.

Pour sortir de l’urgence et construire l’Europe du futur nous proposons dix priorités:

1) L’Union Européenne doit activer tout de suite un programme de recherche et de sauvetage dans la zone de la Méditerranée.

2) Il faut immédiatement retirer toute hypothèse d’intervention armée contre les bateaux, qui non seulement manque de toute légitimité, comme l’a confirmé le Secrétaire de l’ONU, M. Ban Ki-Moon, mais est aussi susceptible de produire seulement d’autres morts et de favoriser de nouveaux conflits. Il faut renoncer au énième outil d’une plus grande stratégie d’externalisation des frontières européennes.

3) Il faut ouvrir, tout de suite, les canaux humanitaires et les voies d’accès légales au territoire européen, seule façon réaliste d’éviter les voyages de la mort et de combattre les passeurs. Il faut simultanément activer la Directive 55/2001, en garantissant ainsi un outil européen de protection, lequel permettrait la gestion des flux extraordinaires et la circulation des réfugiés dans le territoire de l’Union Européenne.

4) Il faut suspendre le règlement de Dublin et permettre aux réfugiés de choisir le pays où aller, en soutenant économiquement, par un fonds européen «ad hoc», l’accueil dans ces pays sur la base de la répartition des réfugiés. Tout cela, dans la perspective d’arriver bientôt à un système européen unique d’asile et d’accueil partagé par tous les Ètats membres.

5) Dans l’attente d’un système européen unique, il faut réaliser, dans tous les Pays membres, un système stable d’accueil, unitaire et répandu, pour des petits groupes, en fermant définitivement la saison de l’urgence permanente et des grands centres d’accueil, qui a produit et produit de la corruption et de la malversation. Un système public mettant au centre la dignité des personnes, avec la participation des territoires, des municipalités, avec des personnes compétentes, des procédures transparentes et des contrôles indépendants.

6) Il faut intervenir dans les nombreuses zones de crises afin de trouver des solutions pour la paix, sans alimenter des guerres ultérieures ou soutenir des dictateurs anciens et nouveaux, en promouvant les processus de règlement des conflits et les transactions démocratiques, la défense civile et non-armée, les actions non-violentes, les corps de paix, le dialogue entre les différentes communautés.

7) Il faut suspendre les accords – comme les processus de Rabat et Khartoum – avec ces gouvernements qui ne respectent pas les droits humains et les libertés, en bloquant tout de suite les fournitures d’armes.

8) Il faut programmer des interventions de Coopération pour le développement local durable dans les zones les plus pauvres, où le dépeuplement et la migration sont endémiques et il ne faut pas permettre aux multinationales d’utiliser les programmes européens d’aide au développement pour des intérêts privés.

9) Il faut soutenir un grand plan d’investissements publics pour une économie de paix, pour le travail décent et pour la reconversion écologique.

10) Il faut soutenir la renégociation des dettes publiques et l’annulation des dettes publiques non exigibles ou produits par des accords ou des gestions de faveur ou de corruption.

Il faut sauver des vies humaines, protéger les personnes, non pas les frontières !

MEDEL, Magistrats Européens pour la Démocratie et les Libertés se joint aux organisations signataires de cet appel, invitant à participer à la journée de mobilisation internationale le 20 juin prochain.