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Mardi 2 juin, visite à l’Élaboratoire, squat artistique de Rennes, d’anciens entrepôts abandonnés transformés en lieux de création, et des camions, des caravanes et quelques cabanes sur les terrains environnants. C’était ainsi tout au moins il y a sept ou huit ans, lorsque les menaces d’expulsion ont commencé. Aujourd’hui, deux hangars ont été rasés, et les bulldozers nivellent le terrain, notamment ce qu’on appelait « La Villa », la plus grande partie de la zone habitée. Un petit terrain est encore habité, comme assiégé par les engins. Un kiosque vitré et des panneaux publicitaires vantent avec des slogans aguicheurs les futurs appartements de standing qui restent entièrement à construire.

On aurait pu imaginer un projet d’urbanisme intégrant le collectif d’artistes et leurs choix d’habitat et de mode de vie. Au lieu de cela, les bulldozers sont passés, et les habitants de « La Villa » ont été « relogés » dans d’anciens locaux municipaux prolongés par une cour dans le voisinage. Cour trop exiguë, moyen de limiter le nombre d’habitants, même en se serrant. Le même sort est promis aux habitants du « Terrain des Chaps », la partie subsistante.

Évacuation des indésirables d’une zone dédiée à une opération immobilière, symptôme d’une ville qui n’est plus un espace pour habiter mais pour faire de l’argent, et limitation de leur nombre par un « relogement » dans un espace trop petit.

On peut faire le parallèle avec le traitement des exilés à Téteghem, près de Dunkerque. Ceux-ci ont été transférés des baraquements existants dans des containers aménagés, en principe plus confortables, mais d’une capacité réduite, de manière à limiter leur nombre.

On peut aussi faire le parallèle avec des destructions de bidonvilles et de squats à Calais, justifiées par des projets immobiliers ou industriels réels ou fictifs. L’ancien hangar de la SOCARENAM, dont la destruction était nécessaire à l’activité de l’entreprise, et qui a laissé place à un terrain vague; les anciennes usines Pagniez et Noyons, rasées pour laisser place à un terrain vague; l’ancien squat Thélu, rasé devant l’urgence de construire un écoquartier dont les travaux peinent à avancer quatre ans plus tard; l’ancienne usine Darquer, dont la façade étayée attend depuis des années la construction de logements sociaux; l’ancienne « jungle » des Afghans dans la zone industrielle des Dunes, terrain indispensable à l’implantation de nouvelles entreprises, et sur lequel repoussent six ans après les arbrisseaux et les herbes folles.

Mardi 2 juin au matin, évacuation à Calais de ce qui reste du bidonville du fort Nieulay, derrière le supermarché Leader Price, où les bulldozers avaient déjà « nettoyé » l’espace entre les dernières cabanes habitées. Le terrain serait nécessaire à l’expansion de l’activité de l’entreprise de vente de caravanes voisine, qui plus que quintuplerait ainsi sa surface (à moins qu’il ne s’agisse d’une opération spéculative sur un terrain qui pourrait devenir constructible). Propositions de relogement des habitants : néant. Les policiers leur ont dit de rejoindre le nouveau bidonville d’État, déjà surpeuplé, à deux heures de marche.

Mardi 2 juin au matin, évacuation à Calais de l’Occupation Galou, ouverte le 12 juillet 2014 par No Border et les associations unies. Selon le propriétaire, le site serait rendu à sa vocation industrielle, alors que la nécessité de sa dépollution a servi à obtenir le jugement d’expulsion et que l’endroit était désert depuis plus d’un an. Propositions de relogement des habitants : néant. Les policiers leur ont dit de rejoindre le nouveau bidonville d’État, déjà surpeuplé, à deux heures de marche.

Mardi 2 juin comme par un fait exprès, évacuation à Paris du bidonville de La Chapelle, où des exilé-e-s s’abritaient depuis des mois (depuis qu’ils et elles avaient été chassé-e-s d’un autre lieu) sous le viaduc du métro, ligne 2. Après une semaine de lutte et d’évacuations violentes, les exilé-e-s ont obtenu enfin des solutions de relogement, grâce au soutiens d’associations, de voisins et d’élus. Voir ici la lettre ouverte des associations. Le Défenseur des Droits a été saisi des conditions de l’expulsion et des violences policières auxquelles elles a donné lieu.

Aujourd’hui, marche blanche à Lille à la mémoire d’un gosse de quatre ans dont la faute était d’être rrom ou considéré tel, mort suite à un incendie qui lui-même faisait suite à une série d’expulsions : « Suite à la mort lundi du petit David (4 ans) après l’incendie du camp de Rroms au rond-point Pasteur à Lille, le collectif de soutien aux Roms organise une marche blanche avec l’accord de la famille de David. Cette mort intervient juste après l’expulsion d’un camp à Hellemmes la semaine dernière, dans la banlieue lilloise. (témoignage : bonjour à tous,hier soir à 0h30 (nous y étions), les roms d’Hellemmes (entre 20 et 30 personnes) toujours  pourchassés par la police  , et n’ayant pas trouvé d’autre lieu pour s’installer,ont fini par dresser leur tente sous le métro « les près » où ils s’étaient réfugiés après avoir été expulsés du rond point voisin…après le chemin napoléon…le bd de tournai…et le terrain de ronchin … et le retour à la case départ : chemin napoléon..c’est un scandale! les roms sont véritablement pourchassés…il faut réagir !un des moyens est la marche blanche de samedi  matin RV 10h à la MEL..) » – (communiqué de RESF Nord – Pas-de-Calais).

La politique de gestion des indésirables passe aussi par la mort des plus vulnérables.

 

Pentax Digital CameraPentax Digital CameraLes reste du bidonville du Fort Nieulay après le passage des bulldozers le 8 avril.

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Pentax Digital CameraAprès l’évacuation le 2 juin.

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Pentax Digital CameraLe site a été soigneusement nettoyé, et il faut un regard d’archéologue pour y retrouver des traces de la vie passée.

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Pentax Digital CameraL’Occupation Galou avant l’évacuation.

Pentax Digital CameraLe nettoyage après évacuation.

Pentax Digital CameraGraffiti à gauche du portail.