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12 juillet 2014, une manifestation de protestation contre les deux vagues d’expulsions de squats et campements du 28 mai et du 2 juillet se termine par l’ouverture d’un vaste squat sur le site délaissé depuis plus d’un an d’une entreprise de récupération de métaux. Cette ouverture avait été concertée entre l’ensemble des associations et les militants qui concrètement l’ont préparée.

Pourtant une contradiction se fait jour dès la semaine suivante entre des personnes très diverses qui veulent faire de ce lieu une alternative aux « jungles », lieux de précarités, d’insécurité et de mise à l’écart, et la position traduite par un communiqué inter-associatif titré « Un lieu pour (sur)vivre » qui demande la création d’un camp de réfugié à Calais, géré par le HCR (Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies), qui fait de ce squat un simple moyen de pression sur les autorités. Des implications individuelles souvent spontanées dans la vie du lieu, qui tissent des liens avec la ville, et un soutien matériel pour rendre les  conditions moins précaires sans qu’elles deviennent vraiment différentes des autres squats et campements. Contradiction non résolue qu’on retrouve aujourd’hui par rapport au nouveau bidonville d’État et la plate-forme de services Jules Ferry, et qui traverse les différentes organisations et parfois les individus eux-mêmes.

Il n’en reste pas moins que l’occupation Galou (du nom de la dernière entreprise exploitante du site, Galloo) a été pendant tout un été un fantastique lieu de rencontre, de brassage, de créativité. Un lieu d’espoir aussi. Les murs de béton et de fer qui entourent le site en témoignent, qui se sont rapidement couverts de peintures et d’inscriptions. Des militant-e-s y habitent, des Calaisien-ne-s y passent en voisin-e-s, pour apporter quelque chose, pour partager un moment, pour participer à une fête. Des exilé-e-s des autres lieux y viennent, notamment pour profiter d’un bien inestimable dans les conditions d’extrême précarité où les autorités les maintiennent : l’eau courante. Pour profiter aussi d’un peu de sécurité, puisque la police, respectant exceptionnellement le domicile des habitants, n’y entre pas.

Une vie collective s’organise avec la préparation en commun des repas, des assemblées pour prendre les décisions en commun, un comité des habitant-e-s, des cours de français et d’anglais, des débats, des fêtes.

Le lieu reste pourtant fragile. L’expulsion était crainte dès le délais de flagrance de 48h après l’ouverture, mais elle devient rapidement possible par un jugement confirmé en appel. Une procédure est alors entamée pour obtenir un délais d’exécution, mais elle n’est pas suspensive d’une éventuelle expulsion. Pour finir, une décision de la cour d’appel de Douai rend celle-ci possible même pendant la trêve hivernale.

Avec l’automne, la pluie et le froid, les conditions qui restaient précaires se font plus dures. Le lieu est moins fréquenté par des personnes extérieures, tandis que le nombre d’habitants augmente fortement. L’alcool et la violence fragilisent dans certains moments la vie collective autogérée. Le squat vit ainsi des moments très contrastés en fonction des personnes qui l’habitent.

Fin mars et début avril 2015, le lieu se vide de la majorité de ses habitants devant la menace répétée par la préfète d’une expulsion violentes. Mais une partie des habitant-e-s choisit de rester en attendant la venue de la police.

L’artiste calaisienne Loup Blaster a peint sur les hauts murs de la cour sud un arbre, peu après l’ouverture. Elle a en a peint un deuxième dans la cour nord alors que l’expulsion menace. Elle retrace au début du mois d’avril la vie du lieu, d’un arbre à l’autre :

http://audioblog.arteradio.com/post/3064320/louise_-_occupation_galou/

L’occupation Galou a été évacuée le 2 juin 2015. Elle aura vécu 11 mois moins 10 jours.

 

Pentax Digital Camera

Pentax Digital CameraLes deux arbres, de part et d’autre de l’espace et de la durée de l’Occupation Galou.