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« Chez moi j’avais une maison, une voiture, je vivais bien, j’ai dû partir à cause de la guerre. Ici, je vis comme un animal, dans la « jungle » » : c’est une phrase qu’on entend souvent de la part des exilé-e-s. Généralement issu-e-s des classes moyennes – les plus riches ont les moyens de ne pas se cacher dans des camions pour passer les frontières, les plus pauvres n’ont pas les moyens de partir aussi loin de chez eux et elles – les exilé-e-s n’ont pas « vocation » (pour utiliser un terme ressassé par Manuel Valls) à devenir demandeuse-r-s d’asile, ou sans-papiers, ou à être renvoyé-e-s au pays. Ce sont des personnes qui ont quitté leur pays, ont pris la route de l’exil, pour des raisons diverses, qui n’ont parfois rien à voir avec les précieux sésames qui vont leur donner accès ou non à un titre de séjour en Europe, mais qui peuvent par ailleurs entrer dans les critères correspondant à ces sésames définis de manière extérieure.

Mais dans tous les cas la situation de dénuement matérielle dans laquelle ils et elles se trouvent à Calais et ailleurs en Europe ne leur est pas naturelle, et ne correspond pas à la situation qu’ils et elles connaissaient dans leur pays d’origine (qui serait en quelque sorte voué à la sauvagerie ? Cette question en dit plus sur nos représentations du reste du monde que sur la réalité du monde).

C’est une situation qui est politiquement construite, à partir du refus par les autorités que ces personnes aient un endroit légitime pour se poser ici en Europe – qu’elles aient une légitimité à se poser ici en Europe.

Sans feu ni lieu, elles sont réellement là, mais les autorités ne leur reconnaissent pas la légitimité, la « vocation » à être là où elles sont, et les chassent de lieu en lieu – ce sont les expulsions de squats et de campements qui entretiennent la précarité matérielle et le sentiment d’insécurité – et les chassent parfois du territoire – individuellement ou par charter selon les pays, proches ou lointains, en respectant ou en violant le droit international, mais qui entretiennent le sentiment de n’avoir pas le droit d’être ici.

Le dénuement matériel dans lequel se trouvent les exilé-e-s à Calais n’est pas dû à un tremblement de terre, aux intempéries, à une guerre classique, mais à une volonté constante des autorités de les maintenir dans cette situation. En faisant appel à tout un imaginaire, totalement déshumanisant, fait d’appel d’air et de gestion des flux, pour vendre les choses.

Alors effectivement, comme ce qui vient au premier plan concernant le nouveau bidonville d’État, il est mieux d’avoir des WC et un accès à l’eau, et des cabanes dans lesquelles on peut se tenir debout. Mais il s’agit aussi d’un puits sans fond pour des associations reposant essentiellement sur des dons et du bénévolat, et dont l’effort est sans cesse détruit par les pouvoirs publics, à coup d’expulsions et de destructions.

Ce qu’il faut construire c’est une politique d’hospitalité, qui permette aux exilé-e-s de trouver une place dans le territoire, qu’ils et elles ne fassent que passer ou qu’ils et elles veuillent rester. Et à défaut des autorités dont on peut se demander aujourd’hui si elles sont récupérables, cette hospitalité doit se tisser avec la partie de la population qui y est prête, qu’elle soit minoritaire ou majoritaire.

Les autorités ne s’y trompent pas, qui augmentent la pression sur les personnes solidaires.

Ne nous y trompons pas, pour affirmer cette solidarité il faut à la fois mettre en place autre chose, à partir de ce qu’on peut faire et de ce que nous sommes, et gueuler et proposer, gueuler parce que ce qui se passe est intolérable, et proposer pour que les politiques changent.

Et lutter, avec tous les instruments qui sont à notre portée.