Étiquettes

, , , ,

L’un des points d’eau nouvellement installés, avec retard et sous la pression des associations, dans le bidonville où les autorités ont regroupé la plupart des exilé-e-s à Calais. Une demie-douzaine de robinets branchés sur un tuyau à une cinquantaine de centimètres du sol. On vient là se laver ou prendre de l’eau dans les contenants les plus divers, bouteilles, bidons, jerricans. On les transporte à la main, dans des caddies, sur des vélos, dans des poussettes. Se croisent là des hommes et des femmes de nationalités diverses. Trois boutiques, dans des cabanes, se sont implantées là – le lieu est fréquenté – pour vendre des boissons, des cigarettes, des conserves. On échange quelques mots, dans la langue commune que l’on trouve. Le tout a des allures de bidonville du Tiers-Monde – milieu qui n’est pas familier aux exilé-e-s qui habitent là, généralement issu-e-s des classes moyennes de leur pays.

À Norrent-Fontes, petite bourgade de l’intérieur des terres, près d’une aire d’autoroute ou les exilé-e-s montent dans les camions en partance pour le Royaume-uni, la municipalité élue en 2014 rationne l’eau qu’elle apporte dans le bidonville, pour éviter l’appel d’air (plus d’eau, plus d’air, moins d’eau moins de migrant-e-s – sans doute).

Nan Suel, présidente de l’association Terre d’Errance, explique la situation :

« Ces jours-ci, la théorie de l’appel d’air est totalement démentie pas les faits sur le camp de Norrent-Fontes.

Il y a presque deux mois, le maire de Norrent-Fontes et du sous-préfet expliquaient leur refus d’acheminer suffisamment d’eau pour les exilés qui survivent à Norrent-Fontes par la crainte du désormais célèbre appel d’air.

Tous deux craignaient que si un litre supplémentaire était amené aux personnes migrantes, alors celles et ceux qui sont actuellement à Paris, Calais, en Italie ou ailleurs, se précipiteraient à Norrent-Fontes, irrésistiblement attirés par ce litre d’eau.

Depuis mercredi dernier (1er juillet), le maire, soucieux de ne pas être tenu pour responsable d’une mort par déshydratation en cette période de fortes chaleurs, fait acheminer plus d’eau au camp.

Or, depuis le lundi 29 juin dernier, le trafic des camions est très perturbé par les mouvements de grèves liés à l’actualité de la SCOP Sea France.

Traversant la mer du Nord plus difficilement, les camions sont beaucoup plus nombreux que d’habitude sur la côte.

Les migrants en transit sont-ils plus nombreux à Norrent-Fontes à cause du supplément d’eau qui y est amené ?

Non. Au contraire, les membres de l’association Terre d’Errance ont remarqué que, depuis le début de la semaine et plus encore ces deux derniers jours, les exilés sont beaucoup moins nombreux au camp de Norrent-Fontes.

De plus de 120 personnes la semaine dernière, le nombre est passé à moins de 50 personnes en quelques jours.

Il n’y a pas plus d’eau ou de confort à Calais qu’à Norrent-Fontes.

Les droits fondamentaux n’y sont toujours pas respectés, tout comme à Norrent-Fontes. Pire, les exilés qui y survivent sont en plus victimes de violences physiques.

Pourtant, les exilés eux-mêmes affirment quitter le camp de Norrent-Fontes pour tenter de passer la frontière en partant directement de Calais où le trafic routier est actuellement plus dense que d’habitude.

S’il fallait apporter la preuve que les exilés en transit ne sont pas « attirés » à Norrent-Fontes par une eau insuffisante ou d’une malheureuse douche collective par semaine, la voilà sur un plateau:

Alors qu’exceptionnellement les exilés pourraient bénéficier d’un peu plus de « confort » selon les autorités (en réalité, moins du minimum vital), la grande majorité de ces hommes et femmes préfère aller à Calais pour essayer de passer la frontière.

Certains exilés ont des raisons personnelles d’aller précisément en Grande Bretagne (famille, équivalence de diplômes,etc…), la plupart des autres qui essayent de passer veulent simplement partir à la recherche d’un asile qu’ils ne trouvent pas en France où leur droits fondamentaux ne sont pas respectés.

Pour rappel: actuellement et hors mis cette période de chaleur, les exilés ont accès à moins de trois litres d’eau par personne et par jour à Norrent-Fontes. La consommation moyenne d’eau en France est de 137 litres d’eau par personne et par jour (*). L’OMS et le ministère de la santé recommandent un minimum de 20litres d’eau par personne et par jour.

(*) voir Eau France, le service public d’information sur l’eau :
http://www.eaufrance.fr/groupes-de-chiffres-cles/consommation-d-eau-par-foyer-en »

 

Pentax Digital CameraOccupation Galou, mars 2015, un précieux bidon d’eau transfiguré par la lumière. Luxe inouï, ce squat bénéficiait de l’eau courante, et les habitants des autres bidonvilles venaient s’y laver, nettoyer leur linge et s’y ravitailler.