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Le bidonville qui s’est mis en place à partir de la fin du mois de mars 2015 sous la pression des autorités a beau être à 7 km du centre de Calais, il est tout sauf invisible. Il s’étend au pied de l’autoroute d’accès au port, par laquelle passent quelques 10 millions de passagers chaque année. Le bidonville se donne donc à voir. Des grilles ayant été construites des deux côtés de l’autoroute, il se donne à voir à travers ces grillages surmontés de barbelés.

À travers cette image, les autorités donnent à voir deux choses. La misère du monde, à travers ce vaste bidonville, qui serait massée au cœur de l’Europe, à la frontière du Royaume-uni. Et l’action des États pour contenir cette misère et en protéger les populations, qui est représentée par les grilles.

Mais cette image montre pour cacher.

Elle cache que ce n’est pas la misère du monde qui habite ce bidonville. La misère du monde n’a pas les moyens d’arriver jusqu’à nous au cœur de l’Europe. On pense à ce Soudanais, ancien haut fonctionnaire, parlant des fermes dont il était propriétaire et où il aimait aller. Ils et elles sont professeur, médecin, ingénieur, commerçant, ou issus des classes moyennes. Ils et elles n’ont jamais vécu dans un bidonville avant d’avoir pris la route de l’exil.

Le bidonville est la condition dans laquelle nous les recevons en France, c’est une construction de nos politiques.

Elle cache que ce bidonville est grossi de demandeurs d’asile en attente d’hébergement, parfois de réfugiés, de mineurs, et qu’il est le reflet du fait que l’État ne remplit pas ses obligations.

Elle cache que 3000 personnes font un gros bidonville, mais que ce nombre est ridiculement petit à l’échelle des deux États à la frontière desquels il se situe, puisqu’ils ont chacun plus de 60 millions d’habitants. Et plus encore à l’échelle de l’Europe.

Elle cache en focalisant le regard sur Calais la diversité des lieux et des méthodes de passage. Les autres bidonvilles situés près d’autres lieux de passage. Mais aussi ceux et celles qui ont plus d’argent, et passent par des moyens moins risqués et moins inconfortables que d’essayer de se cacher dans ou sous un camion.

Elle cache que de toute façon ceux et celles qui persistent arriveront au Royaume-uni. Ce n’est pas une barrière de plus qui arrêtera ces personnes qui ont traversé le Sahara et la Méditerranée, ou qui ont passé à pied les montagnes du Kurdistan et des Balkans.

 

IMG_0533Au-dessus du bidonville, l’achèvement des grilles le long de l’autoroute d’accès au port.