Étiquettes

, , , ,

La nuit dernière, quatre exilés ont été brûlés par un arc électrique au niveau des caténaires en se hissant sur une des navettes qui empruntent le Tunnel sous la Manche. Ils ont été hospitalisés, deux d’entre eux dans un état grave.

Ce nouvel accident illustre l’aggravation des risques que prennent les exilés lors des tentatives de passages, qui s’est aussi traduite par quatre décès en un peu plus d’un mois.

Malgré les aménagements tardifs réalisés par les autorités, les conditions de vie empirent dans le bidonville d’État, où le nombre d’abris est insuffisant pour les nouveaux arrivants. Deux des campements subsistant en centre-ville sont sous la menace d’une expulsion, tandis que les expulsions du 2 juin ont elles-mêmes laissé des traces dans le sentiment de précarité de leurs anciens habitants. Il y a une pression à partir, à quitter ces conditions à tout prix.

Les nouvelles grilles à l’est du port et le long de l’autoroute d’accès rendent le passage plus difficile de ce côté, de nouvelles mesures pour résorber les embouteillages du côté du Tunnel sous la Manche réduisent les possibilités de monter dans les camions et de s’y cacher à ces occasions. Les exilé-e-s entrent donc de plus en plus souvent dans le périmètre du Tunnel pour essayer de monter directement dans les navettes. Monter dessus, monter en marche, s’accrocher à l’extérieur alors les trains vont aller à 140 km/h dans le Tunnel, les risques sont importants, et l’appréciation des risques différente de ce qu’est se glisser dans ou sous un camion.

La réponse d’Eurotunnel est de dresser de nouvelles grilles autour des quais d’embarquement sur les navettes. Cela entraînera une évolution des méthodes de passage, avec probablement plus de prise de risque.

Et les affichettes qui sont distribuées ne figurent pas les facteurs de risque suffisamment précisément pour apprendre à les éviter. Dire que c’est dangereux, les gens le savent. Mais ces risques sont faibles par rapport à ce qu’ils ont connu dans leur pays et sur la route pour arriver jusqu’ici. Et c’est peut-être difficile à comprendre pour nous qu’une voix avertit qu’il faut faire attention à l’écart entre le marche-pied et le quai à chaque fois que nous descendons d’un train, dans un pays où on ferme les parcs publics au moindre vent de peur que nous ne recevions une branche sur la tête, à la moindre neige de peur que nous tombions. Ces hommes, ces femmes et parfois ces enfants sont prêt-e-s à risquer leur vie pour accéder à une vie digne, et l’ont déjà risquée pour arriver jusqu’à Calais.

Et les conditions qu’ils rencontrent à Calais sont faites pour les convaincre que ce n’est pas ici qu’ils et elles pourront construire leur vie et être reconnu-e-s dans leur dignité. Alors ils et elles continuent leur chemin, en prenant les risquent que ça suppose.