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Il temps d’introduire un nouveau personnage qui pèse sur les politiques migratoires britanniques, le « British taxpayer », le « contribuable anglais ». Par définition, le « British taxpayer » est hostile à toute dépense d’argent public qui lui parait injustifiée. La notion repose sans doute sur un état d’esprit présent dans l’opinion publique, mais c’est avant tout une catégorie du débat public, une construction politique et médiatique. Comme équivalent dans le débat public français, on a le « riverain », par définition hostile à la présence de populations présentées comme allogènes, comme les « Rroms » et les « migrants ».

Quel rapport entre le « British taxpayer » et l’annonce de chiffres spectaculaires concernant l’augmentation du nombre de tentatives de passage par le Tunnel sous la Manche, 2000 dans la nuit de lundi à mardi (2200 selon le Figaro), que rien ne vient corroborer sur le terrain ?

La réponse semble ici :

http://www.telegraph.co.uk/news/uknews/immigration/11769123/Calais-crisis-New-deal-to-send-migrants-home-to-Africa.html

Le gouvernement britannique va payer l’intégralité des 7 millions de livres (9,7 millions d’euros) réclamées par Eurotunnel aux deux gouvernements français et britanniques pour le manque à gagner dû aux tentatives de passages des exilé-e-s et pour les dépenses de sécurisation. À mettre en relation avec l’accusation récurrente faite aux autorités françaises, de la part de politiques et de médias britanniques, de ne pas faire leur travail de surveillance de la frontière.

Le surgissement de chiffres spectaculaires lancés aux médias vient dans ce contexte.

Autre annonce faite hier par les ministres français et britanniques, qui donne également le ton : la volonté d’augmenter les renvois vers les pays d’origine, principalement des exilé-e-s venant d’Afrique de l’ouest. Or il n’y a que très peu d’Africains de l’ouest à Calais, les personnes venant des pays francophones sont peu attirées par le Royaume-uni, sinon on rencontre quelques Ghanéens et Nigérians. L’annonce est donc complètement décalée par rapport au contexte. On peut penser que les ministres de l’intérieur le savent.

Ce lien entre médiatisation et participation britannique aux dépenses faites du côté français se retrouve à d’autres moments importants de ces dernières années. Il est à noter que ces participation financière porte uniquement sur le renforcement des obstacles pour entrer au Royaume-uni, rien pour trouver une solution à la situation des personnes se trouvant là.

Entre la fermeture du Centre de Sangatte fin 2002 et l’automne 2008, le nombre d’exilé-e-s présent-e-s à Calais oscille entre 150 et 400 personnes. Tous les témoins de cette période disent que lorsque le nombre passe le seuil des 400, une grosse opération de police démantèle les campements et disperse les exilés. Or, à partir de l’automne 2008 jusqu’à juillet 2009, le nombre d’exilé-e-s, principalement afghans, augmente jusqu’à se situer aux alentours de 1400 personnes.

Le gouvernement français met en place une séquence médiatique tout au long de l’année 2009, articulée autour des visites à Calais du ministre de l’immigration Éric Besson, qui culmine le 22 septembre avec la « fermeture de la Jungle de Calais » devant les caméras du monde entier.

Dans le même temps, un arrangement franco-britannique est conclu le 7 juin. Il inclus et détaille la participation financière britannique à la création d’un centre de coordination conjoint à Calais et à la mise en place d’infrastructures et de technologies de détection à Calais, qui pourront dans une deuxième phase être mises en œuvre dans d’autres ports en liaison avec le Royaume-uni.

Vous pouvez télécharger l’arrangement franco-britannique ici.

Au cours de l’été 2014, on assiste à une forte médiatisation des tentatives de passage sur la rocade conduisant au port de Calais à l’occasion d’embouteillages (qui d’exceptionnels jusqu’à un an plus tôt sont devenus réguliers, plusieurs jours par semaine) et dans le port lui-même, ainsi que de bagarres entre exilés (qui s’étaient déjà produite à cette échelle dans le passé, sans provoquer une telle attention médiatique).

Le 20 septembre 2014, une déclaration commune des ministres de l’intérieur français et britannique prévoit la création d’un « fonds d’intervention commun », abondé à hauteur de 5 millions d’euros par le gouvernement du Royaume-uni pendant trois ans, soit 15 millions d’euros.

Vous pouvez télécharger la déclaration franco-britannique ici.

Le gouvernement français utilise les mêmes techniques vis-à-vis du gouvernement britannique que feu Mouammar Kadhafi vis-à-vis de l’Italie et de l’Union européenne, dans un même contexte d’externalisation des politiques migratoires sur le territoire d’un État voisin, avec un certain succès semble-t-il.

 

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