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De manière générale, il n’y a pas de solution policières aux questions de société. C’est le cas des questions migratoires. On peut multiplier les moyens policier, on déplace, on rend moins visible, on ne résout rien.

Or dans un gouvernement, le ministre de l’intérieur est celui qui assure, qui fait peur aux méchants et rassure les gentils. Et qui se trouve dans la posture difficile de devoir montrer qu’il fait quelque chose alors qu’en fait son action est inefficace. C’est le cas des ministres de l’intérieur qui se succèdent à Calais. Les effectifs policiers augmentent, les barrières s’élèvent, les exilé-e-s sont toujours là et passent toujours la frontière un jour ou l’autre. Ça peut être plus dangereux, plus coûteux, les méthodes et les lieux changent, la question reste.

Pour sa quatrième venue à Calais, le ministre français a une nouvelle trouvaille pour relancer l’attention, la venue de son homologue britannique, et la conclusion d’un nouvel accord – qui s’ajoute aux autres.

Deux ministres, un accord, mais ce qui est annoncé ne fait que répéter ce que les ministres disent depuis quinze ans.

« Sécurisation » de la frontière, ici du site d’Eurotunnel, des grillages, des renforts policiers et des renforts de chiens renifleurs ont déjà été annoncés, qui s’ajouteront aux policiers, grillages et chiens déjà présents. Comme pour la « sécurisation » du port, les exilé-e-s s’adapteront, plus de risques, plus d’accidents, plus de morts, de nouveaux marchés pour les passeurs qui sont traditionnellement peu présents dans ce qui est surtout un zone de passage gratuite.

Lutte contre les passeurs, mais c’est parce que la frontière leur est fermée que les exilé-e-s ont recours à eux, et plus le passage est difficile, plus ils et elles ont besoin de passeurs et plus les prix augmentent.

« Dispositif humanitaire », mais c’est la politique de non-accueil qui crée la situation humanitaire difficile que connaît Calais depuis des années. La présence de quelques centaines ou milliers de personnes à la frontière de deux États riches n’a rien à voir avec une crise humanitaire, il suffit de mettre en place une politique d’accueil, qui coûterait sans doute moins cher que la politique répressive actuelle.

Un changement néanmoins depuis l’an dernier, l’implication financière britannique. C’est la même politique, mais financée autrement. La contrepartie du financement britannique semble devoir être une répression aggravée, avec notamment des expulsions du territoire vers des pays comme le Soudan.

Deux ministres et un accord, suite logique de la séquence médiatique ouverte par les chiffres fantaisistes lancés par la direction d’Eurotunnel sur les « assauts de migrants ».

 

Tract 23-05 verso v3Calais mitée et entourée de barrières et de dispositifs anti-migrant-e-s.