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COMMUNIQUÉ DE PRESSE

LA VISITE AUTHENTIQUE DE MANUEL VALLS À CALAIS

Lundi 31 août, le premier ministre Manuel Valls vient à Calais, accompagné du ministre de l’intérieur et deux commissaires européens. Une visite de ministre est un exercice de communication, montrer qu’on fait quelque chose alors qu’on ne répète que les mêmes recettes, et à défaut d’être cru au moins rendre d’autres discours moins audibles et la réalité moins visible.

Face à ce jeu de masques, un groupe de Calaisiennes, de Calaisiens et d’ami-e-s venu-e-s d’ailleurs propose l’authentique discours de Manuel Valls, celui qu’il devrait prononcer, ainsi que le programme qu’il devrait suivre.

Nous invitons les citoyennes et citoyens et l’ensemble de la presse à une lecture publique de « l’authentique allocution de Manuel Valls, celle que nous voudrions entendre » et à un moment festif

à partir de 12h30 place Foch, devant le parc Richelieu

https://goo.gl/maps/n8S0b

 

Vous pouvez télécharger :

Le communiqué ici

La note aux rédactions ici

L’authentique allocution de Manuel Valls celle que nous voudrions entendre ici

La mise en contexte ici

Déplacement du premier ministre Manuel Valls à Calais, lundi 31 août 2015.

Note aux rédactions du 29 août 2015 – celle que nous voulons.

Programme prévisionnel :

9h00 : le premier ministre fixe d’un regard satisfait les convois de CRS et de gendarmes mobiles quittant Calais.

10h00 : le premier ministre dépose une rose sur la tombe de Samir, mort une heure après sa naissance. Sa mère, enceinte de 22 mois, avait eu un accident lors d’une tentative de passage et avait accouché prématurément. Il rend hommage aux exilé-e-s mort-e-s à la frontière, et s’engage à ce que de pareils faits ne se reproduisent plus.

11h00 : le premier ministre boit le thé avec des exilé-e-s dans le bidonville. Il oublie l’heure et laisse passer le rendez-vous avec la maire de Calais.

12h30 : le premier ministre lit l’authentique allocution place Foch, devant le parc Richelieu, en présence d’exilé-e-s, de bénévoles, de militant-e-s, de citoyen-ne-s, de journalistes, de journalistes exilé-e-s, de bénévoles citoyen-ne-s, et d’une riveraine venue par curiosité.

14h00 : le premier ministre prend en stop un exilé qui s’est foulé les deux pieds lors d’une tentative de passage et qui va à pied à la permanence d’accès aux soins de santé, à une heure et demie de marche du bidonville pour une personne valide. Il s’engage à ce qu’une pareille situation ne se reproduise plus.

15h00 : le premier ministre boit un verre avec des Calaisiens solidaires. Il se dit que décidément cette ville a du potentiel. Il pense qu’améliorer la vie des Calaisiens et accueillir les touristes, voyageur-se-s de passage, exilé-e-s en quête d’Europe, créerait des emplois, donnerait une bonne image de la ville, et profiterait à tout le monde. Il décide que l’État apportera son soutien.

16h00 : le premier ministre rentre à Paris pour mettre en œuvre sa nouvelle politique.

L’AUTHENTIQUE ALLOCUTION DE MANUEL VALLS

CELLE QUE NOUS VOUDRIONS ENTENDRE

Mes chères concitoyennes,

Mes chers concitoyens,

Je suis venu à Calais aujourd’hui pour prendre acte de l’échec des politiques menées jusqu’ici. Elles mettent dans l’impasse non seulement les exilé-e-s présent-e-s sur ce territoire, mais aussi les habitant-e-s de ce territoire, ainsi que la France et le Royaume-uni. Il est temps de changer de cap. J’ai lu avec horreur la déclaration commune signée ici même le 20 août par Mme Theresa May et M. Bernard Cazeneuve. J’ai du reste envoyé celui-ci sans délais régler la circulation des pingouins en Terre Adélie*.

Ce nouveau cap, je le déclinerai selon trois axes : mettre en place en France une politique d’hospitalité, fonder la coopération franco-britannique sur d’autres bases, agir pour un changement des politiques européennes.

Pour ce qui est de la France :

– le pays assumera sa part de solidarité et offrira aux réfugié-e-s l’accueil qu’ils et elles sont en droit d’attendre. L’OFPRA sera dégagé de la tutelle du Ministère de l’intérieur et son indépendance sera restaurée de manière à ce qu’il examine les demandes d’asile avec la bienveillance nécessaire. Les demandeur-se-s d’asile ne seront plus considéré-e-s comme des suspects de fraude, mais comme des personnes ayant vocation à reconstruire leur vie en France. Nous mettrons en place des conditions d’accueil au moins égales aux exigences de la législation européenne.

– le gouvernement mettra en place avec les conseils généraux une politique permettant l’accueil et la protection de tous les mineurs isolés étrangers présents sur le territoire, quel que soit leur projet migratoire. Des solutions innovantes seront mises en place en direction des mineurs en transit.

– nous engagerons les moyens financiers nécessaires pour restaurer l’accueil inconditionnel de toutes les personnes à la rue, quelle que soit leur nationalité et leur situation administrative.

– concernant plus particulièrement le Calaisis, nous nous engagerons dans la rénovation écologique du bâti et du logement, pour mieux loger les Calaisien-ne-s et résorber le mal-logement, et pour créer des unités d’accueil à taille humaine pour les exilé-e-s en transit.

– j’ai confié aux préfets du Nord et du Pas-de-Calais la mission, en concertation avec les exilé-e-s et les associations, de résorber l’ensemble des squats et campements insalubres, et de mettre en place des solutions d’accueil dignes.

– j’ai donné instruction à l’ensemble des services de l’État de donner au Défenseur des droits tous les éléments dont il pourra avoir besoin pour établir les violations des droits qu’a pu occasionner la politique contre les exilé-e-s et en déterminer les responsabilités. Ceci inclut mes propres responsabilités en tant que ministre de l’intérieur puis premier ministre. À charge pour le Défenseur des droits de saisir la justice à chaque fois identifiera des violations de la loi.

– le nouveau ministre de l’intérieur, remplaçant M. Cazeneuve, a donné l’ordre que les effectifs policiers affectés au harcèlement contre les exilé-e-s et au blocage de leur sortie du pays, soient redéployés vers d’autres tâches et vers d’autres parties du territoire.

Pour ce qui est de la coopération franco-britannique, mon action sera guidée par la fermeté et par l’amitié.

Fermeté : la France cesse dès aujourd’hui d’être une république bananière, qui se fait payer pour accepter et perpétrer des violations des droits de l’homme. Nous dénonçons l’ensemble des dispositions des accords franco-britanniques de gestion de la frontière qui violent ces droits.

Nous convaincrons le gouvernement britannique de les remplacer par une politique de coopération entre deux États voisins et membres de l’Union européenne pour que les réfugié-e-s puissent accéder à une protection dans le pays où elles pensent avoir les meilleures chances d’intégration, où ils et elles souhaitent rejoindre des proches, où ils et elles veulent construire leur avenir.

Je plaiderai pour une politique d’ouverture à ces hommes et ces femmes qui partent en diaspora pour assurer leur avenir et celui de leurs proches, et qui sont une richesse tant pour leur pays d’accueil que pour leur pays d’origine.

Dans le cadre des institutions européennes, je travaillerai à une réorientation des politiques migratoires, dans le respect des principes suivants :

– l’Union européenne doit assumer sa part dans l’accueil des personnes cherchant refuge face aux crises du monde. Il est anormal et injuste que le Liban accueille un nombre de réfugiés équivalent à un tiers de sa population, et que la région la plus riche de la planète en accueille si peu. Pour cela, l’Union européenne doit permettre leur accès à son territoire, et ouvrir ses frontières. Les réfugiés doivent avoir le libre choix du pays où ils demandent l’asile.

– les migrations sont une respiration nécessaire tant aux pays de départ qu’aux pays d’accueil. L’Union européenne doit faciliter l’installation sur son sol des personnes qui le souhaitent et leur libre circulation.

– l’Union européenne doit contribuer à ce que les personnes souhaitant rester dans leur pays puissent le faire. Elle doit mener une politique basée sur la souveraineté alimentaire, la lutte contre le réchauffement climatique, la résolution des conflits armés, la fin des dictatures, l’accès des populations aux ressources de leur pays. Pour cela, elle doit réfréner les appétits des compagnies occidentales.

Parmi les exilé-e-s présent-e-s à Calais, il y a peut-être le père ou la mère d’une première ou d’un premier ministre de France ou du Royaume-uni. Par respect pour elles et pour eux, je me dois d’en finir avec cette politique de la honte qui a été menée jusqu’ici.

*On trouve là un de ces traits d’humour dont Manuel Valls nous a rendu familier : comme Bernard Cazeneuve a perdu le nord, il l’envoie au Pôle sud, où il n’y a que des manchots.

 

VALLS À CALAIS

OU PINOCCHIO À LA TÉLÉ

Une visite de ministre est un exercice de communication. S’agissant des « migrants de Calais », cette communication se base sur un discours compassionnel sur la situation des « migrants », qui ne conduit à changer leur situation, puisqu’il faut éviter « l’appel d’air » que provoqueraient des conditions dignes d’accueil, et un discours répressif qui se traduit par de nouvelles barrières et un renforcement des effectifs policiers. Ce discours vise officiellement les « passeurs criminels », mais dans les faits la répression s’exerce sur les exilé-e-s. La communication du ministre vise à faire croire qu’il fait quelque chose qui va résoudre le problème, alors qu’il ne répète que les mêmes phrases et les mêmes actions que ses prédécesseurs, et qu’il ne fait qu’aggraver le problème.

La visite de Manuel Valls se situe dans cette continuité. On peut la considérer dans une séquence qui débute avec le quinquennat de François Hollande et sa nomination au ministère de l’intérieur, et dans une séquence plus resserrée qui commence fin juillet cette année.

Mai 2012, élection de François Hollande : rien ne change

Élection présidentielle, nomination du gouvernement, élections législatives, l’été passe, rien de ne change. La même politique est appliquée avec la même violence. Novembre 2012, le Défenseur des droits publie une décision particulièrement ferme sur le harcèlement policier à Calais. Valls ministre de l’intérieur nie en bloc et en détail.

Décembre 2013 : Valls finit par venir à Calais

La venue du ministre de l’intérieur avait été annoncée dès juin 2013. Avaient suivi 6 mois d’atermoiements, d’annonces et de reports. Valls vient en amont des élections municipales, dont il est le chef de campagne officieux pour le PS. Il rencontre successivement différents interlocuteurs auxquels il dit ce qu’ils ont envie d’entendre : des commerçants auxquels il promet une amélioration économique ; les associations de soutien aux exilé-e-s auxquels il promet des diagnostics territoriaux pour résorber les bidonvilles et l’expérimentation de « maisons des migrants » ; les policiers, auxquels il promet des renforts. Dans la réalité, la situation des commerçants s’est aggravée, il n’y a eu ni diagnostics ni maisons des migrants, mais les renforts de police ont bien été envoyés. L’augmentation du nombre d’exilé-e-s à Calais avait déjà commencé, et il était prévisible que cela continuerait : il n’y a eu aucune anticipation.

Mai – juillet 2013 : retour des expulsions

Le 28 mai et le 2 juillet, les autorités répondent à l’augmentation du nombre d’exilé-e-s par des expulsions de squats et de campement. L’opération est négative en terme d’image, et les associations font bloc pour refuser cette politique. Le 12 juillet, une manifestation se termine par l’ouverture d’un grand squat sur un site industriel, le squat Galloo.

Pendant les mois qui vont suivre, les autorités vont mettre en scène la dangerosité des « migrants » et le rejet par la population calaisienne (surmédiatisation d’une bagarre en août, manifestation de Sauvons Calais devant l’hôtel de ville en septembre, manifestation anti-migrants organisée par un syndicat de policiers en octobre). En parallèle, elles essayent d’impliquer les associations dans une cogestion de leur politique.

Mars – avril 2015 : expulsions cachées et création du Sangatte du pingre

La police fait quotidiennement la tournée des squats et campements en menaçant les habitant-e-s d’une expulsion violente. Les premières personnes partent vers le lieu à la périphérie de Calais où les autorités ont dit qu’elles seraient tolérées, aidées par les associations. Le mouvement s’accélère rapidement. La plupart des exilé-e-s se retrouvent sur cette ancienne décharge, où se construit un vaste bidonville. À proximité, le centre Jules Ferry fournit quelques services et met à l’abri une partie des femmes et enfants. Comme le centre de Sangatte, il s’agit d’un regroupement à l’écart de la ville, mais sous forme de bidonville et avec des services insuffisant.

Mais l’expulsion de fait filtre dans les médias et les conditions dans le nouveau bidonville donnent à nouveau une mauvaise image de l’opération.

Fin juillet 2015 : mise en scène des « assauts de migrants » et décisions franco-britanniques

Le 28 juillet, la direction d’Eurotunnel lance aux médias des chiffres fantaisistes quant au nombre de « migrants » partant « à l’assaut » des navettes ferroviaires qui transportent les camions dans le Tunnel sous la Manche. Le même jour, Bernard Cazeneuve est à Londres pour rencontrer son homologue britannique Theresa May, qui annonce un chèque de 7 millions de livres (près de 10 millions d’euros) à Eurotunnel, pour compenser les pertes financières qui seraient dues aux tentatives de passage des exilé-e-s. La nouvelle déclenche un buzz médiatique sur plus de deux semaines. D’autres mesures sont annoncées dans la foulée par les autorités françaises et britanniques dans la foulée.

Mais les journalistes sur le terrain voient les conditions de vie dans le bidonville, les barrières hérissées de barbelés, les conditions réelles du passage, l’action de bénévoles, ils entendent parler des violences policières et des morts à la frontière.

La visite de Bernard Cazeneuve et Theresa May le 20 août à Calais vise à recadrer le champ de vision des médias, celle dans la foulée de Manuel Valls avec deux commissaires européens à saturer le champ médiatique.

Par ailleurs, la venue de Manuel Valls à Calais prend place dans un tour des régions qu’il effectue en amont des élections régionales, qui le place à nouveau comme chef de file de la campagne du PS. Et sa venue avec deux commissaires européens lui donne une stature internationale, utile pour la présidentielle. Ces enjeux d’image n’ont rien à voir avec Calais.

 

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