Étiquettes

, , ,

D’un point de vue simplement pratique, il serait possible de mobiliser en quelques heures les moyens de la protection civile pour faire face à l’urgence de la situation des exilés. Et de construire progressivement des réponses de long terme en utilisant les nombreux bâtiments et appartements vides à Calais. On voit que des millions d’euros peuvent être mobilisés pour des réponses sécuritaires inefficaces, de même que des centaines de fonctionnaires de police et de gendarmes peuvent être mobilisées : l’argent existe donc, qui pourrait être employé pour mettre en place des conditions d’accueil dignes. Le blocage est donc bien politique.

Le 1er septembre dernier, le député (Parti socialiste) de Calais, Yann Capet, poste sur son journal facebook (il tient donc à en faire la publicité) une lettre qu’il vient d’adresser au ministre de l’intérieur demandant de « délocaliser » les bureaux d’un service public, l’OFII (Office Français de l’Immigration et de l’Intégration) en raison du voisinage indésirable entre les usagers de ce service, des demandeurs d’asile, et un établissement scolaire situé à proximité (voir la lettre ici et ).

Le député n’en est pas à son coup d’essai. Il avait déjà accusé les exilé-e-s vivant dans un bidonville sur un terrain de l’usine Tioxide, à la périphérie de Calais, d’être la cause des difficultés de l’entreprise qui allaient provoquer des licenciements. Dans les faits, l’usine a été rachetée il y a plusieurs années par une multinationale dont la politique est actuellement de supprimer des activités et des emplois dans ses implantations en Europe. Rien à voir avec les exilé-e-s.

Le lendemain, la sénatrice et maire de Calais (Les Républicains) réplique en publiant sur son propre journal facebook la lettre qu’elle-même a adressé au ministre de l’intérieur de le 2 juillet concernant le même voisinage jugé indésirable entre un service public s’adressant aux demandeurs d’asiles, appelés « migrants », et le service public de l’Éducation nationale (voir ici et ). Elle demande que l’OFII déménage à proximité du bidonville créé sous pression policière en marge de la ville, où sont concentré-e-s la majorité des exilé-e-s à Calais.

Elle n’en est pas non plus à son coup d’essai : interdiction d’un festival multiculturel, appel à dénoncer les squats sur facebook, refus de mise à disposition de tout local dépendant de la mairie pour des activités liées à la solidarité avec les exilé-e-s, refus systématique du ramassage des déchets devant les squats et campements, expulsions de squats et campements souvent sous prétexte d’insalubrité…

Dans sa réponse, l’OFII dit à être à « disposition pour envisager toute relocalisation de l’antenne de l’Office » (voir ici). Le deuxième « I » de OFII signifie « intégration ».

Parlementaires calaisiens des deux bords se retrouvent dans la même logique de ségrégation, une population étant identifiée et concentrée dans un ghetto à l’écart de la ville. Un service public, parmi d’autres, se met au service de cette politique, à l’opposé de sa vocation affichée.

Face à cette logique de ségrégation partagée par le Parti socialiste, Les Républicains et l’extrême-droite, d’autres partis politiques comme le Parti communiste ou Europe Écologie Les Verts montrent leur soutien aux associations. Mais au-delà de ce soutien, aucun n’a de réelle proposition concernant la place des exilé-e-s dans le territoire, alors qu’il s’agit d’une question ancienne et durable.

On pourrait imaginer une politique de l’habitat, permettant de résoudre les questions de mal-logement auxquelles sont confronté-e-s de nombreux-ses calaisien-ne-s et de penser l’accueil des exilé-e-s dans de petites unités de logement intégrées au tissu urbain. On pourrait imaginer une politique d’accessibilité des services publics bénéficiant aussi bien aux personnes de passage et touristes non francophones qu’aux exilé-e-s, aux populations marginalisées comme aux personnes venues d’ailleurs.

Cette réflexion est absente, et au jour d’aujourd’hui aucune vision de ce que peut être vivre ensemble à Calais n’émerge, pour faire face à la logique de ségrégation mise en œuvre par les autorités locales et nationales.

 

unfe_image_198_full