Étiquettes

, , , , ,

La montée en violence que l’on constate à Calais en cette rentrée, avec l’expulsion des derniers campements du centre-ville (voir ici et ), la destruction au bulldozer d’une partie du bidonville d’État, les rafles et la dispersion dans des centres de rétention aux quatre coins de la France, se retrouve aussi ailleurs.

Comme en 2009, « l’année Besson », elle est précédée et accompagnée d’évacuations à Paris, et elle s’accompagne d’une montée en pression sur les autres campements du littoral et de l’intérieur des terres.

Paris et région parisienne :

Paris a été le lieu au début de l’été d’une opération de déguerpissement à partir de l’évacuation du campement de La Chapelle. Les exilé-e-s ont été chassé-e-s de lieu en lieu, avec des relogements plus ou moins précaires les dispersant aux quatre coins de la région parisienne. L’évacuation du campement du quai d’Austerlitz a été plus cadrée au moins en apparence en terme de relogement.

Cette politique semble sans fin, puisqu’au final tout le monde n’est pas relogé et que rien n’est prévu pour accueillir les nouveaux arrivants. Des campements et des squats se reforment donc au fur et à mesure, il y a simplement pression, violence, intimidation, dispersion. Et sans doute le pari que les nouveaux arrivants deviendront invisibles avec l’ouverture traditionnelle de lieux de mise à l’abri dans le cadre du plan hivernal – si la capacité d’accueil est suffisante.

Les personnes relogées manquent visiblement d’informations sur leurs droits et d’accompagnement pour y accéder. À défaut de possibilités pour construire un avenir, elles reprendront inévitablement la route. On reste dans le non-accueil, moins inacceptable parce que les personnes sont hébergées, mais non-accueil tout de même.

http://blogs.mediapart.fr/blog/la-chapelle-en-lutte

La pression s’exerce également sur les squats et campements de la périphérie parisienne, Montreuil, Saint-Denis, ou sur les Syriens de Saint-Ouen.

http://refugiesenlutte.wix.com/newsblog#!D%C3%A9mant%C3%A8lement-partiel-%C3%A0-SaintOuen-Une-honte/cjds/560a7f8f0cf25fa7fe1c97d6

Ce vendredi, le squat du lycée Jean Quarré a été évacué. Sa création était le résultat des évacuations précédentes, mais aussi des solidarités qui s’étaient nouées autour de La Chapelle et d’Austerlitz. Lieu précaire, impropre à accueillir des centaines personnes, la mobilisation citoyenne en avait fait une « maison des réfugiés », permettant de nouer du lien, de répondre aux besoins de base, d’informer, d’accompagner.

Ce sont aussi ces solidarités citoyennes que veulent casser les expulsions en série, à Paris comme à Calais.

http://refugiesenlutte.wix.com/newsblog#!L%C3%A9vacuation-du-Lyc%C3%A9e-Quarr%C3%A9-Maison-Des-R%C3%A9fugi%C3%A9s/cjds/562a3fc00cf201c73ae5c374

Angres :

Campement d’exilé-e-s vietnamien-ne-s, à proximité d’une aire d’autoroute, installé sur un terrain municipal depuis la destruction du campement précédent en 2009. Un nombre d’exilé-e-s très fluctuant, indépendamment de ce qui se passe dans les Balkans et en Méditerranée centrale. Pression accrue de la police, à laquelle résiste la municipalité d’Angres et les autres municipalités de l’agglomération de Lens qui apportent un soutien matériel.

https://goo.gl/maps/XoQJSyK7hgC2

Norrent-Fontes :

La aussi, le campement d’exilé-e-s, venant d’Afrique de l’est, est sur un terrain municipal. Mais le maire à changé l’an dernier. Depuis, le conflit larvé autour de l’approvisionnement en eau du campement s’est amplifié avec la convocation par la gendarmerie de bénévoles ayant commencé à reconstruire des cabanes détruites par un incendie accidentel. La réponse de l’association Terre d’errance a été la mobilisation solidaire.

Vous pouvez télécharger le communiqué de soutien ici.

https://goo.gl/maps/bzEnY4HhAV22

Téteghem :

Commune du nord – est de l’agglomération dunkerquoise. Devant l’augmentation du nombre d’exilé-e-s, le maire avait fait installer des containers aménagés, d’une capacité de 80 places. Ça n’a pas fait disparaître les exilé-e-s « surnuméraires », mais il a tout-au-moins été possible de faire semblant de les ignorer. Téteghem a eu son heure de gloire médiatique cet été avec toute une série de reportages sur les « passeurs », qui ont toujours été là, mais dont on ne se préoccupait pas trop jusque-là.

Suite à cette « découverte » des passeurs, les campements qui se sont installés à l’extérieur des containers sont peu-à-peu détruits par la police, sans bases légales visibles, et avec des arrestations. La mairie envisagerait d’enlever les containers. Les exilé-e-s ne disparaîtraient pas pour autant, mais seraient plus caché-e-s, moins accessibles aux associations, plus vulnérables au racket des passeurs et aux violences de la police.

http://www.lavoixdunord.fr/region/teteghem-franck-dhersin-veut-demanteler-la-jungle-ia17b47622n3050331

https://goo.gl/maps/Le4rGXGf9M92

Grande-Synthe :

Commune du sud – ouest de l’agglomération dunkerquoise. Le campement d’exilé-e-s est depuis 2006 sur un terrain municipal, ce qui a permis comme à Téteghem (avant les containers) la construction en 2012 de baraquements améliorant quelque peu les conditions de vie.

Le site où se trouve le campement fait l’objet d’un projet d’urbanisme, et la construction d’un éco-quartier doit débuter en 2016. L’idée de la municipalité était un déménagement du campement sur un nouveau terrain, entre l’autoroute, la voie ferrée et la station d’épuration, à proximité de l’aire d’accueil des gens du voyage, avec des installations plus confortables.

Mais le nombre d’exilé-e-s augmente de manière rapide et importante depuis cet été, notamment en raison de la violence qui règle à Calais. L’État répond par une opération cosmétique concernant l’asile en France (l’OFII – Office Français de l’Immigration et de l’Intégration – vient une heure par semaine faire une information à plusieurs centaines de personnes aux parcours très différents et souvent complexes, à Téteghem et à Grande-Synthe) et une pression policière plus forte.

La municipalité cherche une réponse humanitaire à la situation, avec l’installation de containers aménagés sur le site, mais peine à faire face. L’État laisse la situation pourrir.

http://www.lavoixdunord.fr/region/le-maire-de-grande-synthe-veut-fermer-le-camp-de-migrants-ia17b47594n3117341

https://goo.gl/maps/bH56KhTUdc22

Et ailleurs…

L’été 2014 avait vu une dispersion plus grande des exilé-e-s, sur le littoral comme à l’intérieur des terres, le long des autoroutes. C’est encore le cas cette année. Il est difficile d’avoir une vision précise du phénomène là où il n’y a pas d’association de soutien aux exilé-e-s. On voit parfois passer des articles de la presse locale. Calais n’est que le lieu le plus visible, là où la violence est la plus forte, là où se met en scène l’action des autorités.

 

Squat lycéeLe squat du lycée Jean Quarré, place des Fêtes à Paris, évacué vendredi matin.