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Une bénévole est inquiète. Elle a rencontré un homme, Afghan, avec un enfant kurde de trois ans. Le reste de la famille est passé en Angleterre, le gamin a été séparé des autres, il est resté derrière. L’homme est inquiet, lui aussi : comment aider cet enfant à arriver en Angleterre pour rejoindre sa famille.

Il y a bien un dispositif géré par France Terre d’Asile pour le compte de l’Aide Sociale à l’Enfance, mais il est conçu pour quelques dizaines de jeunes, quand il y en a quelques centaines il est aux abonnés absents.Alors trouver des conseils, savoir quoi faire, puis retrouver cet Afghan qui n’a pas de téléphone parmi les six mille habitants du bidonville de Calais.

Les enfants prennent cher dans la guerre que le gouvernement mène contre les exilé-e-s de Calais. Au moindre problème sur l’autoroute qui surplombe le bidonville – rappelons que le moyen privilégié qu’ont les exilé-e-s pour passer la frontière est de se glisser dans ou sous le camions qui embarquent sur les ferries ou sur les navettes ferroviaires qui traversent le Tunnel sous la Manche – la police bombarde le bidonville de grenades lacrymogènes. Aux premières loges, à un bout du bidonville les familles kurdes, à l’autre bout, juste sous l’autoroute, des familles érythréennes. Alors les pères ripostent avec ce qu’ils ont sous la main, des pierres, et s’interposent lorsque la police en tenue anti-émeute s’approche trop près des habitations, matraque et gazeuze à la main. On parle d’émeute, quand un incident avec quelques personnes qui tentent de ralentir les camions sur l’autoroute tourne à l’attaque en règle contre les habitations en contrebas et que les habitants ripostent.

Lorsque des familles veulent manifester pacifiquement pour dénoncer les conditions dans lesquelles elles sont contraintes à vivre, c’est encore la gazeuze qui entre en action, les policiers aspergeant enfants et adultes, comme une provocation, comme s’ils cherchaient la confrontation.

Lorsqu’un bénévole britannique craque et tente de faire passer la frontière à une gamine pour qu’elle rejoigne sa famille, il risque 5 ans de prison et 30 000 € d’amende. Une pétition de soutien peut être signée ici :

https://www.change.org/p/non-%C3%A0-l-emprisonnement-de-roblawrie-qui-a-voulu-sauver-une-enfant-de-calaisjungle

Lorsque les policiers trouvent des exilé-e-s dans les camions, ils trient au faciès les mineurs des adultes, relâchant les premiers arrêtant les seconds. Les mineurs se retrouvent alors seuls dans le bidonville. Les rafles qui ont suivi la dernière visite à Calais de Bernard Cazeneuve ont aggravé cette situation. D’où les messages que reçoivent les associations calaisiennes, pour retrouver un fils ou une fille, un petit frère ou une petite sœur, et veiller à sa sécurité.

Lors que le tribunal administratif condamne l’État à des mesures minimales pour assurer la salubrité du bidonville et à recenser les mineurs en danger pour saisir l’Aide Sociale à l’Enfance de la situation, l’État fait appel du jugement. Le Conseil d’État a confirmé la décision du tribunal administratif ce lundi. L’État avait 48h pour l’appliquer. Rien. Appliquer un jugement, se soumettre à la loi ? Aider l’enfance en danger ?

D’ailleurs, qui est un enfant ? Comment trier, comment exclure ? Toutes les instances scientifiques disent que les tests osseux ne sont pas fiables pour évaluer l’âge, en particulier chez les adolescents et les jeunes adultes. Bref, impossible de dire sur la base de cette méthode si quelqu’un a plus ou moins de 18 ans. Qu’importe, le parlement vient de consacrer dans la loi les expertises osseuses. La gazeuse pour celles et ceux qui habitent le bidonville, le couperet contre celles et ceux qui ont l’outrecuidance de demander la protection des autorités françaises.

https://www.youtube.com/watch?v=upyoX-MRsNk&feature=youtu.be

Ci-dessous le communiqué du Réseau Éducation Sans Frontières :

 

http://www.educationsansfrontieres.org/spip.php?article53315

« Tests d’âge osseux : la procédure Rossignol légalisée

Les événements dramatiques du 13 novembre et leurs suites nous ont dissuadés de commenter immédiatement la décision de l’assemblée nationale d’autoriser l’utilisation des tests d’âge osseux sur les mineurs isolés étrangers. Le gouvernement n’avait pas eu cette décence. L’émotion soulevée par les attentats de Paris et St-Denis ne l’a pas empêché de faire adopter par l’assemblée nationale ce qui s’appelle désormais la procédure Rossignol :le détournement d’un examen médical pour réaliser des économies en jetant des enfants à la rue.

Des amendements présentés par des députés de tous les groupes de gauche, communistes, écologistes, radicaux et socialistes demandaient que soit interdit le recours aux tests d’âge osseux pour attribuer un âge civil aux mineurs isolés étrangers. Ces tests comportent en effet, selon toutes les autorités médicales, scientifiques et éthiques, une marge d’erreur de 18 mois à deux ans qui les rend incapables de déterminer avec un minimum de fiabilité l’âge d’un individu entre 16 et 20 ans. Chacun le sait, Madame Rossignol compris. Mais la volonté de faire des économies au détriment d’une population sans défense (de très jeunes gens puisque mineurs, sans famille et sans relations puisqu’isolés et étrangers de surcroit) et une façon sournoise de s’opposer aux immigrés font qu’on ne s’embarrasse pas de ces détails. Au prétexte d’encadrer ces tests, on les inscrit dans la loi. Les prétendues garanties introduites dans le texte n’en sont évidemment pas. Le fait que le mineur doive donner son accord pour que ces examens soient pratiqués est une amère plaisanterie : les refuser est systématiquement interprété comme un aveu de mensonge et entraîne la mise à la rue immédiate. La ministre le sait, la ministre s’en fout. Les tests osseux ne peuvent être ordonnés que par un magistrat… ce qui était déjà le cas !

Ils ne peuvent être utilisés qu’en dernier recours, soutient Madame Rossignol. C’est faux, chacun le sait, elle la première. Dans les faits, en dehors de la production de documents d’identité, les tests d’âge osseux sont souvent la première et la seule « preuve » de la majorité d’un jeune. Pour la ministre, quand on n’a pas de réponse adaptée à un problème, il suffit d’avoir recours à une solution qu’on sait fausse et malfaisante !

La solution existe pourtant : que les jeunes soient pris en charge quelques mois avec les moyens d’entrer en relation avec leur pays d’origine pour en faire venir les documents établissant leur identité.

La procédure Rossignol est donc pour le moment entrée dans la loi. Des centaines de gamins vont la subir et en payer très cher les effets : mis à la rue avec leur sac du jour au lendemain puisque déclarés majeurs sans aucun secours. L’Aide sociale à l’enfance les chasse comme majeurs mais le 115 et le SAMU social ne les prennent pas plus en charge car leurs documents d’identité les disent mineurs !

Pour autant, la bataille n’est pas finie. De nouvelles actions destinées à dénoncer la procédure Rossignol seront lancées dans les prochains jours. »

 

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